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Installée
à Lyon depuis 1997 dans le cadre de la délocalisation
des institutions, l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et
Techniques du Théâtre s'est rapidement inscrite dans
le paysage local et régional. Chaque année, une cinquantaine
de comédiens, techniciens son ou lumière, administrateurs,
scénographes et costumiers en sortent et engagent leur carrière
A Paris ou à Londres, mais aussi à Lyon ou Valence,
dans la Drôme. Le point sur une implantation plutôt réussie
alors que l'école ouvre un département d'écriture
dramatique (voir encadré), un an avant la création d'un
huitième département dédié, lui, à
la mise en scène.
Loteries, spectacle écrit par Sarah Fourage et mis en scène
par Marie-Sophie Ferdane, sera présenté en novembre
au Toboggan, à Décines, après sa création
l'hiver dernier au Théâtre du Point du Jour. En novembre
également, Architruc, de Robert Pinget, mis en scène
par Fabrice Lebert, sera créé au Théâtre
de la Croix-Rousse. Le lien entre ces deux spectacles ? A part Robert
Pinget, écrivain reconnu de longue date, ceux qui ont contribué
à leur fabrication sont pratiquement tous sortis récemment
de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre
(Ensatt). Ils ont été formés à Lyon et
continuent, en partie, à y travailler
Comme de nombreux
autres de leurs collègues, comédiens, créateurs
son et lumière, costumiers, scénographes ou administrateurs
Nombreux ? "Du fait de l'intermittence, notamment, nous ne disposons
pas de données statistiques sur le devenir des élèves
qui sortent de l'école, remarque Gérard Schembri, responsable
des enseignements à l'Ensatt. Mais on peut estimer qu'environ
25 % d'entre eux sont installés sur le lyonnais ou continuent
à travailler ici. A de nombreux points de vue, l'implantation
à Lyon est une vraie réussite pour l'école."
Une réussite, notamment quand on songe à l'opposition
d'une majorité des élèves et professeurs avant
1997, lorsque Patrice Bourgeois, directeur de l'Ensatt, a enfin accompli
la délocalisation qu'il avait lancée. En quittant la
rue Blanche, l'Ecole Nationale a d'abord gagné en cohérence
géographique et pédagogique, quittant ses onze lieux
de travail différents pour le magnifique écrin de plusieurs
milliers de mètres carrés qu'elle occupe à Saint-Irénée,
dans le cinquième arrondissement de Lyon. Un outil plutôt
luxueux pour les quelques 150 élèves (ils sont une quarantaine
par an, pour un cursus de trois années) de sept départements
différents (les arts dramatiques, l'administration de spectacles
vivants, la création lumière, la réalisation
son, la scénographie, les costumes et, cette année,
les écritures dramatiques)
Si Gérard Schembri
reconnaît que c'est aussi un cocon protecteur, il préfère
le terme de "fabrique de théâtre", un espace
de formation globale qui commence dans les salles de classe mais prend
corps sur scène, plus particulièrement la troisième
année : "C'est une des grandes vertus de l'école
et un atout pour les élèves. On leur demande beaucoup.
Ils passent en moyenne plus de 50 heures hebdomadaires dans l'école
qui est ouverte jusqu'à 23 heures
Mais ils ont vraiment
la chance de travailler en équipe avec pratiquement tous les
corps de métiers du spectacle vivant, en apprenant à
se respecter les uns les autres."
Une autre chance, peut-être, pour les Ensattiens lyonnais :
en s'installant dans la capitale des Gaules, leur école est
sortie d'un certain anonymat parisien. Pour Gérard Schembri,
"les liens avec les professionnels existent bien plus qu'à
Paris et les liens avec les structures cent fois plus ! Nous avons
vraiment gagné en proximité". Cette proximité
se traduit bien sûr par la participation des professionnels
locaux à l'enseignement, plus particulièrement en art
dramatique. Chaque année, notamment, des metteurs en scène
de la région, comme Philippe Delaigue ou Christophe Perton,
de la Comédie de Valence, ou Christian Schiaretti, directeur
du TNP, montent un spectacle avec les élèves de troisième
année
C'est bien sûr pour eux l'occasion de repérer
un comédien ou une comédienne, mais aussi un créateur
son, un costumier ou une administratrice. Ils sont des employeurs
potentiels, comme les professionnels invités aux présentations
de ces mêmes spectacles. Mais les liens avec "le milieu
lyonnais" (ou valentinois) passent aussi, comme dans toutes les
écoles, par les stages obligatoires qu'effectuent les élèves
(sauf les comédiens) ou par les formations continues qui amènent
à l'Ensatt des professionnels aguerris.
Depuis deux ans, l'Ensatt dispose également d'une ligne spécifique
dédiée à l'insertion, de l'ordre de 150 000 €
par an, sur un budget global d'environ 3 M€. On est loin du million
d'euros (à peu près) dont disposent, dans le cadre du
Jeune Théâtre National (JTN) créé il y
a 20 ans, les comédiens du Conservatoire de Paris ou de l'école
du Théâtre National de Strasbourg
Mais grâce
à cette somme tout de même conséquente, les élèves
de l'école lyonnaise peuvent être aidés dans la
réalisation de leur book, dans la concrétisation d'un
projet ou, plus directement, soutenu dans une embauche
Le recrutement
de plusieurs d'entre eux dans la compagnie de la Comédie de
Valence a ainsi été aidé par l'école grâce
à ce fonds d'insertion. "Ce n'est pas cette aide qui a
déclenché les recrutements, note Gérard Schembri,
mais elle a certainement favorisé leur réalisation."
Avec ou sans aide, les liens se développent d'une manière
générale, surtout avec les grosses institutions (même
si, au gré des rencontres et des affinités, certains
Ensattiens travaillent et créent dans certaines petites salles
-comme l'Elysée- ou avec de jeunes compagnies - comme le Théâtre
du Grabuge, deux exemples parmi d'autres). Michel Raskine, directeur
au théâtre du Point du Jour, engage régulièrement
d'anciens élèves. Christian Schiaretti, directeur du
TNP, élabore actuellement des projets pour développer
l'accueil des jeunes formés à l'Ensatt
Enfin,
il serait difficile -et plutôt fastidieux- d'établir
une liste exhaustive des professionnels intéressés par
la proximité de l'école nationale. Pour Gilles Chavassieux,
directeur du théâtre des Ateliers, qui a passé,
la saison dernière, près de 20 contrats avec des professionnels
issus de l'Ensatt, "l'école représente un vrai
renouvellement. J'apprécie particulièrement de travailler
avec ces jeunes comédiens qui ont une grande maîtrise
du travail. Comme ils ont une solide formation, nous sommes plus d'emblée
dans une vraie collaboration, dans le dialogue et plus dans une relation
de maître à élève"
Selon Philippe
Faure, directeur du théâtre de la Croix-Rousse, "l'arrivée
de l'Ensatt à Lyon a été une révolution.
C'est un vrai plaisir de travailler avec de jeunes comédiens
qui ont une technique, une culture générale et une connaissance
des textes si importantes . Et il y a un autre phénomène
qui se crée : des jeunes issus de l'Ensatt créent ici
des compagnies"
Aline Présumey, ancienne ensattienne,
chargée de production aux Célestins, est justement administratrice
de la compagnie du Bonhomme qui a monté Loteries : "D'autres
compagnies issues de l'Ensatt commencent à apparaître.
Lyon est une ville bien placée au niveau culturel, pas gigantesque
comme Paris, mais où il se passe plein de choses". Et
où, depuis quelques années, il faut compter avec l'Ensatt,
une fabrique de théâtre par des gens de théâtre.
Florence
Roux
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