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Juste
quelques cordes... justes, et encore pas toujours. Frappées,
vocales ou vibrantes. Tout ce qu'on peut imaginer entendre de ces
quelques cordes et plus encore, Les Diaboliques : Irène Schweizer,
Maggie Nicols et Joëlle Léandre. Piano, voix, et contrebasse.
Alors, quelles musiques ne seraient pas dans leurs cordes ?
C'est une vraie question tant leur registre impressionne. On passe
avec une élégance qui fascine de Kurt Weil à
Arnold Schoenberg, de Broadway au Gospel, d'un folklore oublié
au bestiaire le plus fou. Un concert des Diaboliques se déguste
autant avec les oreilles, qu'avec les yeux (ceux qui connaissent déjà
Joëlle Léandre savent comme elle "joue" quand
elle joue). Invitation au voyage, au dépaysement total. Sans
forcément comprendre la langue parlée, chantée,
susurrée, voire criée par Maggie Nicols. Est-ce de l'anglais,
de l'allemand, une création de l'instant ? Le sens des mots
nous échappe mais le son fait sens, les histoires se succèdent
en scène. Pas le temps de s'ennuyer, de dire ouf, leurs concerts
captivent, si bien qu'on ne se demande plus si tout cela est écrit
ou improvisé, sans doute un peu des deux, peu importe, tellement
cette musique semble évidente. Avec tout ce qui fait un spectacle,
des moments d'une beauté rare, à en trembler d'émotion,
mais aussi quelques touches d'humour, de folie pure.
Justement, le miracle tient dans cet équilibre constant entre
rigueur et explosion. Je ne connais pas de musique plus solide, plus
maîtrisée que celle de ces trois guerrières. Et
si ça tourne à ce point c'est notamment grâce
à Irène Schweizer : digne représentante de ces
quelques rares pianistes européens trop méconnus (Georg
Gräwe, Fred Van Hove) qui ont appris autant de Cecil Taylor que
d'Erik Satie, des musiciens qui ont l'histoire de leur instrument
dans leurs mains. Elle impose en douceur une assise rythmique parfaite
au groupe (idéalement épaulée par les basses
de Joëlle Léandre, même si celle-ci ne s'interdit
aucun aigu à l'archet et à la voix) capable de passer
en trois notes d'une petite valse viennoise à un groove digne
de Keith Jarrett.
Alors oui, tout ça n'est pas vraiment catholique. Une telle
entente a quelque chose de démoniaque : ces trois-là
ont bien dû passer quelque contrat louche pour mériter
leur nom et pour avoir le droit, surtout, de nous faire profiter d'un
tel talent.
Vincent
Domeyne
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