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2003

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NOVEMBRE N°87
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  AVRIL N°81  


Aurélie Haberey©

 

Les Diaboliques

Juste quelques cordes... justes, et encore pas toujours. Frappées, vocales ou vibrantes. Tout ce qu'on peut imaginer entendre de ces quelques cordes et plus encore, Les Diaboliques : Irène Schweizer, Maggie Nicols et Joëlle Léandre. Piano, voix, et contrebasse.
Alors, quelles musiques ne seraient pas dans leurs cordes ?
C'est une vraie question tant leur registre impressionne. On passe avec une élégance qui fascine de Kurt Weil à Arnold Schoenberg, de Broadway au Gospel, d'un folklore oublié au bestiaire le plus fou. Un concert des Diaboliques se déguste autant avec les oreilles, qu'avec les yeux (ceux qui connaissent déjà Joëlle Léandre savent comme elle "joue" quand elle joue). Invitation au voyage, au dépaysement total. Sans forcément comprendre la langue parlée, chantée, susurrée, voire criée par Maggie Nicols. Est-ce de l'anglais, de l'allemand, une création de l'instant ? Le sens des mots nous échappe mais le son fait sens, les histoires se succèdent en scène. Pas le temps de s'ennuyer, de dire ouf, leurs concerts captivent, si bien qu'on ne se demande plus si tout cela est écrit ou improvisé, sans doute un peu des deux, peu importe, tellement cette musique semble évidente. Avec tout ce qui fait un spectacle, des moments d'une beauté rare, à en trembler d'émotion, mais aussi quelques touches d'humour, de folie pure.
Justement, le miracle tient dans cet équilibre constant entre rigueur et explosion. Je ne connais pas de musique plus solide, plus maîtrisée que celle de ces trois guerrières. Et si ça tourne à ce point c'est notamment grâce à Irène Schweizer : digne représentante de ces quelques rares pianistes européens trop méconnus (Georg Gräwe, Fred Van Hove) qui ont appris autant de Cecil Taylor que d'Erik Satie, des musiciens qui ont l'histoire de leur instrument dans leurs mains. Elle impose en douceur une assise rythmique parfaite au groupe (idéalement épaulée par les basses de Joëlle Léandre, même si celle-ci ne s'interdit aucun aigu à l'archet et à la voix) capable de passer en trois notes d'une petite valse viennoise à un groove digne de Keith Jarrett.
Alors oui, tout ça n'est pas vraiment catholique. Une telle entente a quelque chose de démoniaque : ces trois-là ont bien dû passer quelque contrat louche pour mériter leur nom et pour avoir le droit, surtout, de nous faire profiter d'un tel talent.

Vincent Domeyne