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L'Ensatt
ouvre en septembre 2003 un département d'écriture dramatique.
En trois années d´études, le programme des jeunes
auteurs sélectionnés sur concours est conséquent
et varié : accompagnement critique de leurs écrits en
cours, "grands entretiens" avec des auteurs vivants, atelier
de traduction et correspondances avec de jeunes auteurs étrangers,
stages, productions, enseignements généraux divers (depuis
des cours sur l'histoire de la littérature dramatique jusqu'à
des ateliers de lecture, en passant par des informations sur l'édition,
la diffusion ou les droits d'auteurs
).
Enzo Cormann, coordonnateur du département et auteur de théâtre,
donne le ton.
L'Ensatt ouvre aujourd´hui un département d'écriture
dramatique unique en France. Pourquoi sommes-nous si en retard par
rapport à d´autres pays ?
Cela tient, je pense, principalement, à un tabou touchant à
la création littéraire : le petit Arthur n'est pas censé
avoir appris à devenir Rimbaud à l'école publique
(on oublie bien commodément son premier prix de versification
latine...). Et d'autre part, nous avons une vision étriquée
des "études supérieures" : très peu
de gens (et en particulier, très peu de gens de théâtre)
imaginent que ce puisse être autre chose que de s'asseoir dans
une salle de cours et de gober d'interminables topos théoriques.
Or nous proposons un parcours de recherche, d'expérimentation
et de travail critique. Une véritable insertion dans le collectif
artistique - ce que j'appelle une "reterritorialisation"
de l'écrivain dans l'espace théâtral.
Quel sens cette ouverture a-t-elle par rapport à l'actualité
des écritures dramatiques en France?
On parle d'un "retour de l'auteur", comme on a pu parler
d'un "retour de l'acteur". Mais, que je sache, on n'a jamais
cessé de faire jouer des pièces neuves par des comédiens
vivants. Ni les uns ni les autres n'ont jamais quitté le théâtre.
Ce qui est en cause, c'est davantage le mode de production, la réification
des rôles : on dit "le texte", "le jeu"
(et même, de plus en plus, "le plateau", "le
son", "la lumière", etc...) au lieu de parler
des êtres vivants qui participent de l'invention collective.
De ce point de vue, l'écrivain est doublement déshumanisé
: présent sous la forme d'une liasse de papier brochée,
absent physiquement du lieu de composition. Le verrou qui persiste
est l'idée reçue d'une nécessaire position de
centralité démiurgique du metteur en scène. Il
nous faut uvrer à la recomposition du collectif artistique.
La présence de jeunes écrivains dans une école
supérieure de théâtre participe (bien modestement)
de cette nécessaire refondation.
L'attention aux textes contemporains est-elle plus grande et la
figure de l'auteur plus exposée ?
Toute réponse générale ferait injure à
celles et ceux qui ont consacré la plus grande part de leur
existence d'artiste à étudier et à jouer les
pièces écrites par leurs contemporains. Par ailleurs,
le déplacement du "show" vers un certain cinéma
et les applications ludiques du numérique, libère le
théâtre (devrait du moins le libérer...) de ses
anciennes obligations spectaculaires. Je ne présume nullement
de la forme que revêtiront les pièces d'après-demain.
Pour ma part, je m'oriente vers une forme de "colloque singulier".
Combien d'auteurs ont été choisis pour entrer dans
le département et d´où viennent-ils ?
Le nombre maximum d'étudiants par promotion a été
fixé à six. Ils sont engagés dans une démarche
d'écriture. Certains depuis peu, d'autres, comme on le dit
un peu vite, "depuis toujours"... Tous n'ont pas une expérience
concrète du théâtre. Quelques-uns, cependant,
sont également acteurs.
Quel sera l'orientation majeure de l'enseignement ?
La pièce centrale du dispositif pédagogique est un collectif
d'accompagnement critique les écrits en cours, que j'appelle
"Le Studio". On lit, on discute. "On", c'est-à-dire
les jeunes écrivains du département et, outre moi-même,
quatre écrivains de théâtre : Vincent Bady, Fabrice
Melquiot, Jean-Pierre Siméon, Pauline Sales. Ça m'étonnerait
qu'on s'ennuie...
Qu'est-ce qu'un texte dramatique ?
La meilleure réponse que je connaisse à cette vaste
question a été fournie par le philosophe et homme de
théâtre Denis Guénoun, dans son ouvrage Le Théâtre
est-il nécessaire ? : "Un texte dramatique est un texte
destiné à être "donné à voir"".
Je n'en sais pas beaucoup plus que ça.
Florence
Roux
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