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Le
monde est à la limite de l'implosion, et c'est quasiment absurde
de le rappeler au regard la récente Busherie en Irak après
12 ans d'embargo, mais aussi des derniers crashs boursiers, des faillites
d'états avec effet domino, du saccage généralisé
de l'environnement ou du non-respect endémique des droits de
l'homme aux quatre coins de la planète
Sur ce, les huit
chefs d'état des pays les plus industrialisés se réuniront
à Evian début juin (sommet du G8), pour décider
ensemble du non-avenir de ce monde qu'ils dirigent à la baguette
selon les lois (de la jungle ?) a priori dictées par la globalisation
des marchés, où visiblement tous les coups sont permis.
Depuis le sommet de Seattle en 1999, une large partie de la population
du globe a simplement décidé de dire non ! (avec force
et utopie
), non à la sauvagerie économique et
à la lente agonie programmée de cette superbe (sic)
planète bleue. Un collectif Non au G8 s'est formé dans
le Rhône comme un peu partout ailleurs, regroupant associations,
partis et individus alter-mondialistes de différentes sensibilités.
En son nom, Jean-Luc Cipière, membre d'ATTAC, répond
ici à nos questions.
Dire
Non au G8, qu'est-ce que cela veut dire exactement ?
Cela veut dire considérer que le G8 est une instance illégitime,
particulièrement au regard du résultat des politiques
qu'elle a impulsé pendant ces vingt-huit dernières années,
qui engagent la totalité de la planète, y compris les
quelques 189 autres pays non invités à en débattre.
Concernant ces politiques impulsées, vous pouvez préciser
Le G8 a été le 1er promoteur des politiques néo-libérales
en matière économique et financière jusqu'au
fiasco que l'on connaît aujourd'hui, et spécialement
depuis'98 : crash boursier en Asie, faillite en Argentine, endettement
massif des USA, scandales financiers en pagaille ou effondrement des
systèmes de retraites etc. Le G8 a été également
l'instigateur avec la banque mondiale et le FMI, des politiques dites
d'ajustement structurel concernant le surendettement des pays du sud,
actuellement au bord de l'asphyxie. On pourrait aussi parler des orientations
prises en matière de santé, d'environnement, de paradis
fiscaux
Il y a de fait un décalage flagrant entre les
déclarations d'intentions clôturant chaque sommet, et
les décisions qui sont prises en réalité; à
ce niveau, la question de l'allègement de la dette des pays
les moins avancés est aujourd'hui emblématique, puisque
rien n'est encore véritablement réglé.
Certains "bien-penseurs" argumentent avec facilité
que les dirigeants du G8 sont liés au niveau décisionnel
par les lois du marché économique mondialisé
et ne font qu'appliquer une sorte de politique du moins pire
Ils se sont liés les mains eux-mêmes ! Et avec cette
problématique, on touche à la "moelle du politique"
: ces dirigeants sont sensés représenter des populations
qui les ont élus pour engager des politiques. La question essentielle
est bien de savoir qui décide ? du politique ou de l'économique.
Pour l'instant, c'est visiblement toujours le marché selon
une logique néo-libérale; ainsi nous réclamons
que le politique reprenne tous ses droits.
Si l'on considère le phénomène associatif comme
un bon baromètre de la prise en charge de nos concitoyens;
y a-t-il aujourd'hui selon vous des raisons d'être optimiste
ou au contraire, n'est-ce pas plutôt l'abandon de citoyenneté
qui devient le pendant des différentes populations de nos chères
"démocraties occidentales" ?
Il y a une désaffection évidente du champ politique,
qui se matérialise d'emblée par une abstention battant
des records à chaque élection
mais cette "démission"
a ses raisons avec en 1er lieu celle qui recoupe ce que l'on vient
d'évoquer : comment peut-on se convaincre qu'il est finalement
utile de voter, à partir du moment où l'on constate
que les élections servent à changer les têtes
mais pas les politiques ? C'est un peu simpliste mais cela correspond
néanmoins à certaines réalités. Cette
désaffection se manifeste ensuite au jour le jour par un déclin
du militantisme politique dans le cadre traditionnel des partis et
des syndicats.
Il semblerait justement que les gens militent de plus en plus dans
les associations et ONG pour soutenir des causes environnementalistes
et humanitaires, au détriment des partis et des syndicats;
n'est-ce pas là aussi le signe d'une désillusion en
ce qui concerne le combat politique ?
Il y eu en effet dès les années '80 un engagement massif
autour de causes humanitaires mais je crois que la tendance est maintenant
au reflux avec un réinvestissement total du champ politique.
Et la vague va grandissant au fil des forums sociaux (régionaux
ou mondiaux) dans lesquels interviennent de plus en plus d'hommes
et de femmes, émanant de nouvelles structures qui innovent
en matière de fonctionnement et/ou de pratique militante. Mais
ce regain d'intérêt pour le politique (au sens noble
du terme) a aussi des répercutions au sein du cadre plus traditionnel
des partis, investis également dans ce que l'on nomme aujourd'hui
Le mouvement social. Ce qui change en définitive, c'est la
façon de faire de la politique.
Ce regain d'intérêt pour le politique est-il significatif
en terme d'impact ? considérant par exemple le nombre de personnes
prêtes à fouler le pavé pour leurs idées
A l'évidence, depuis le G8 de Lyon en '96 jusqu'à celui
de Gênes, le mouvement de contestation est allé en s'amplifiant,
et cela vaut pour tous les rendez-vous internationaux hors G8 !
Les forces unies du refus de cette mondialisation peuvent-elles devenir
les forces unies proposant une autre mondialisation, et avec quelles
solutions alternatives ? Comment dépasser finalement le stade
du refus ?
Toute la difficulté est là. S'il y a effectivement un
consensus de plus en plus vaste autour du refus (et on le voit bien
avec ce collectif Non au G8), il n'y a pas encore d'unité criante
en tant que telle autour d'une solution alternative, véritable
et crédible, à ce type de mondialisation. Il existe
néanmoins des consensus "techniques" autour d'un
certain nombre de questions précises comme la suppression de
la dette du Sud, la taxation de la spéculation, les politiques
environnementales etc. C'est aussi en ce sens que l'action et le combat
politique ont changés : on est donc passé d'une époque
où à un système donné on en opposait un
autre (années 60-70), à une époque où
les combats sont portés par des coalitions et se mènent
désormais autour de problèmes particuliers. En juxtaposant
l'ensemble des revendications inhérentes à ces combats,
on commence pourtant à voir se dessiner quelque chose de plus
ambitieux
Et nous sommes véritablement arrivés
dans les forums sociaux du monde entier à partager des valeurs
communes qui concernent avant tout la conquête et la protection
des droits (sociaux, civils, culturels, politiques
) partout
sur cette planète. Se pose ensuite la question de la stratégie
: comment faire pour aller plus loin, pour que ces revendications
s'imposent aux partis politiques, qui eux visent la conquête
du pouvoir.
Lorsque vous évoquiez l'opposition des années 70
entre deux modèles d'organisation politique, je me demandais
si le problème n'est pas justement de manquer aujourd'hui de
modèle ?
Il nous faut sans doute réinventer un modèle ou du moins
avoir en tête un autre projet de civilisation. Et a fortiori
en ce moment sous la lumière de l'actualité tragique
(ndlr : Bagdad pilonnée); dire stop à la guerre ne suffit
pas, il faut également réaffirmer les valeurs d'un monde
métissé en refusant l'opposition systématique,
visiblement prônée par monsieur Bush, entre l'occident
et le monde arabe, entre l'occident et bientôt tout le reste
du globe.
Croyez-vous à une sorte "d'état providence"
qui imposerait sa loi aux entreprises transnationales ? Peut-on au
niveau national, puis européen et même mondial
échapper au diktat des marchés de façon législative
?
Il n'y a pas de secret. Soit nous serons en capacité d'établir
un rapport de force suffisamment significatif avec les gouvernants,
pour pouvoir bloquer voire inverser un certain nombre de processus,
soit non, et c'est tout le travail qu'il nous reste à faire
: construire ce rapport de force avec l'opinion publique comme seul
bras de levier. A nous de convaincre cette opinion publique nationale
et internationale que le politique peut reprendre sa marge de manuvre
! qu'il est possible d'infléchir la fuite en avant du monde.
Quels sont vos rapports avec les médias et comment analysez-vous
le traitement médiatique habituel de ce genre d'événement
(G8) puisque a priori, "L'opinion, ça se travaille"
et pas forcément dans le sens que vous souhaiterez ?
Les médias sont ce qu'ils sont, hétérogènes
comme nous le sommes également. Il se trouve en revanche que
ceux qui ont le plus de poids, ont assurément certains liens
avec les entreprises transnationales dont vous parliez, et qu'ils
s'intéressent plus particulièrement à cette société
sous l'angle de l'image, de la forme, du sensationnel et de l'éphémère
ce qui est plutôt éloigné de nos préoccupations
qui touchent au fond, au long terme ou à la pédagogie
etc. Concernant le G8, le traitement de l'information se résume
souvent à : est-ce qu'il y a eu de la bagarre ou pas lors des
manifestations ? Il est de surcroît souvent difficile pour nous
d'avoir un discours attractif, percutant, didactique, compréhensif
et pour les médias de se faire le relais de ce genre de discours.
Heureusement, certains le font et surtout au sein de la presse écrite,
des journaux alternatifs et/ou en réseau qui émergent
actuellement.
En s'inscrivant dans une démarche légaliste et pacifique,
imagine-t-on pouvoir faire la guerre à la guerre, qu'elle soit
économique ou militaire ?
Il faut se méfier de ce mot "guerre" au niveau sémantique
Quoi qu'il en soit, nous sommes totalement déterminés
mais nos moyens d'action sont en effet pacifiques et non-violents.
La marge de manuvre que l'on a, est surtout en rapport avec
le nombre et nous sommes les plus nombreux ! L'idée étant
toujours d'essayer d'asseoir un rapport de force en notre faveur,
quand bien même nous aurions admis que la réponse aux
problèmes mondiaux n'est pas forcement au bout des baïonnettes
et des fusils. Légaliste oui, car il nous faut ensuite intervenir
auprès des législateurs et des élus pour proposer
autre chose.
L'objectif de ce concert du 22 mai au C.C.O ? (avec Meï Teï
Shô, Monsieur 13 et Pacino Blast)
Evidemment ramener des fonds afin d'affréter des bus pour Evian,
mais aussi essayer de sensibiliser un autre public, qui ne va pas
forcément aux meetings
Quant à l'enjeu de la manifestation unitaire du 1er juin
? (à Genève et Annemasse)
Qu'il y ait un maximum de monde et que cela se passe bien, cad pas
comme à Gênes. Alors on fait ce qu'il faut pour en terme
de négociation avec les pouvoirs publics, en affichant à
la fois notre détermination et notre responsabilité
L'idéal, c'est la dissolution du G8 ! Imposer ensuite la transparence
démocratique à toutes les instances de régulation
internationales.
"Un autre monde est possible
"Ou bien" A l'impossible
nous sommes tenus ?"
Les deux ! nous utopistes et nous le revendiquons.
+ d'info sur www.nonaug8rhone.eu.org
Laurent
Zine
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