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La
découverte de la calligraphie a donné au chorégraphe
Mourad Merzouki l'envie de travailler sur le graphisme des corps,
des objets, des lettres et des mots. Sa dernière création
Corps est graphique est dans cette recherche-là. Si l'originalité
de la danse de Käfig est souvent faite d'esthétisme et
de ludique, elle sera marquée également par la présence
de 4 filles aux côtés de 4 garçons... Une rencontre
nécessaire pour le chorégraphe, qui espère amener
le public vers une nouvelle façon d'aborder la gestuelle et
l'univers du hip-hop !
Vous ouvrez la saison danse avec Corps est graphique, une nouvelle
création qui est passée par plusieurs étapes
de conception !
Au début, il y a eu cette rencontre avec le calligraphe Hachmi
Mokrane et la manière qu'il a d'approcher la calligraphie.
Je me suis rendu compte qu'il y avait un vrai lien avec la danse et
la question du mouvement. Quelque chose est montré et même
si on ne comprend pas, on peut aimer l'uvre, en apprécier
la beauté. C'est ce que j'ai ressenti quand j'ai regardé
pour la première fois ses calligraphies. Puis je me suis intéressé
à d'autres calligraphies qui n'étaient pas en langue
arabe, en m'interrogeant sur deux étapes importantes qui sont
la manière dont elles étaient créées et
le résultat final. Malheureusement, pour des raisons essentiellement
pratiques, je n'ai pu continuer à échanger comme je
l'aurais souhaité avec Hachmi qui lui vit en Algérie.
Du coup, j'ai décidé de continuer à travailler
autour de la calligraphie, en créant un lien avec la vidéo
de façon à ce qu'elle renforce et diversifie le travail
sur le graphisme. Des mots, des formes seront projetées en
vidéo pour instaurer un dialogue avec la danse. Bien sûr,
le graphisme sera présent avec d'autres matières comme
les objets et surtout le corps humain que par moments je décompose,
justement pour mettre en évidence cet aspect-là. J'ai
cherché à faire des allers-retours entre le graphique
apporté par la vidéo et le corps, mais il y a aussi
des moments où la vidéo est capable de faire vivre et
danser un corps.
Et la scénographie, vous l'avez conçue de quelle
manière ?
Je suis parti d'un cube, un peu comme une boîte que j'ouvre
et de laquelle je sors des lettres, un corps, toutes sortes d'éléments
graphiques. J'ai imaginé comme une espèce de chantier,
avec une grosse machine qui tout d'un coup se met en route et déballe
à la chaîne. Au niveau de l'espace, je travaille toujours
sur la notion d'apparition, de disparition et la scénographie
prend tout le plateau. Un plan en hauteur permet des effets de passages
de danseurs qui circulent sur des niveaux différents en jouant
sur la hauteur et la profondeur de l'espace.
En dehors de lutter contre le machisme du hip-hop, quel est l'intérêt
d'intégrer volontairement des filles à ce spectacle
?
Je pense que si aujourd'hui, il y a sur le plateau 4 filles et 4 garçons
c'est qu'il y a une volonté de faire passer la danse aussi
par la technique des filles. Elles amènent une autre gestuelle,
d'autres formes dans la chorégraphie. Les garçons sont
tout de suite plus physiques, plus dans le spectaculaire. Avec l'arrivée
des filles, il n'y a pas forcément des tours sur la tête
ou cette dynamique de lignes très droites avec une énergie
très tranchante. On a sûrement plus d'ondulations, plus
de subtilité dans les mouvements, leur présence modifie
cet univers masculin et j'espère que le public verra une évolution
au niveau de la gestuelle et de la danse en elle-même. Mais
je ne souhaite pas que l'on focalise sur leur présence. Ce
que je souhaite, c'est que l'on regarde une danse proposée
par des corps différents qui renvoient au public des techniques
de danse différentes. Il ne s'agit pas de dire que la danseuse
va être présente avec sa manière de danser, le
danseur avec sa manière de danser, mais plutôt de dire
que le corps évolue, qu'il montre une danse qui peut être
graphique par moments, féminine ou masculine à d'autres.
Depuis Récital et Dix versions, votre compagnie est une
de celles, toutes danses confondues, qui tournent le plus en France
et à l'étranger, est-ce que ce succès a pour
autant modifié vos conditions de travail ?
Non. J'ai l'impression qu'il y a deux regards sur cette culture, sur
ce que je fais ou sur ce que font les compagnies hip-hop. Il y a ceux
qui nous soutiennent en se demandant malgré tout combien de
temps on va encore durer, et puis il y a ceux qui n'y croient pas
du tout, qui parlent de mode avec le même discours depuis 15
ans. Aujourd'hui, je n'ai toujours pas de lieu pour travailler et
je n'attends plus rien. Bien sûr des portes se sont ouvertes,
mais au regard du travail considérable que nous menons depuis
plusieurs années, ça n'est plus suffisant. Je me dis
qu'il faudra certainement encore de nombreuses années pour
que l'on parle de cette culture sans forcément y mettre une
étiquette. J'espère que ce seront les autres générations
qui bénéficieront de ce que nous faisons actuellement.
Mais aujourd'hui, quand je parle de mon rythme de travail auprès
de certains décideurs politiques, on me félicite, on
me dit c'est intéressant, certains me disent même qu'ils
financent 4 fois plus que nous des compagnies qui font 6 dates dans
l'année, et rien ne bouge pour nous aider un peu mieux.
Martine
Pullara
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