ARCHIVES
2003

JANVIER N°78
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FEVRIER N°79
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MAI N°82
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JUIN N°83/84
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SEPTEMBRE N°85
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OCTOBRE N°86
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Chili, Luis Sepulveda

NOVEMBRE N°87
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Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov

  NOVEMBRE N°87  



 

Récits de la Kolyma
de Varlam Chalamov

Des livres comme cela, il y en a peu, heureusement d'ailleurs, car dans ce cas précis, l'enfer terrestre est entre ces pages, la barbarie concentrationnaire comme permanence couvrent ces pages. La Kolyma c'est un lieu en parfaite mouvance, (un fleuve porte ce nom) c'est dans la steppe que Staline et ses potes ont mis en place un système pour broyer l'être humain. Une terre immense, tout au bout, dans un froid terrible. Imaginez l'homme mal nourri, mal vêtu, vraiment mal, pas dans l'à peu près, mais dans un terrible dépouillement physique et mental, donc imaginez l'homme devant travailler 16 heures dans une température de moins 50, même un cheval n'y résisterait pas.
C'est la première fois que sortent ces Récits de la Kolyma dans leur intégralité, une somme, 1500 pages pour découvrir l'univers des camps, aussi assourdissant que ceux de Buchenwald ou Auschwitz écrit par la plume sans fioriture de Varlam Chalamov qui connut la vie des camps dès 1929 (pour deux années), puis en 1937 c'est la Kolyma pour une longue période entrecoupée des moments de liberté. Il sortira définitivement de la Kolyma en 1953, et entreprendra l'écrit de ces Récits. "L'ivresse que donne le pouvoir sur autrui, l'impunité, le sadisme, l'art de manier la carotte et le bâton, voilà l'échelle morale d'une carrière de chef."
En homme poussé par la désobéissance, Varlam Chalamov va construire sa vie autour de cet acte, et son écriture nous pousse de plain-pied dans ce travail de la mémoire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, garder la mémoire des horreurs et des aberrations. "Si l'on se rappelle l'épidémie d'automutilations, d'auto amputations. si l'on tient compte de l'immense accablement moral et de l'absence de tout espoir, on voit facilement à quel point "l'air pur" était plus dangereux que la prison pour la santé."
Ce livre est composé d'une suite de textes courts, on découvre des centaines de personnages, des portraits, des êtres oubliés, anéantis, face à une mort presque certaine. Et l'Entreprise soviétique veille au grain pour frapper l'homme, cette matière première, cette main d'œuvre gratuite que l'on presse, "Il est impossible de se souvenir de toutes les beignes mais je me rappelle très bien le premier coup" la souffrance du froid, de la faim, de la fatigue, "c'est alors que survint une sorte de bonheur… l'aumône d'un repos indu". Terrible et indispensable.

Récits de la Kolyma, Éditions Verdier,1515 pages


Bruno Pin