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2003

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NOVEMBRE N°87
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Avatarium
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  MARS N°80  



 

Jean-Marc Adolphe,
instance 1

Mirth

L'Espace des Arts de Chalon sur Saône crée Instance 1, une première manifestation qui invite des artistes, issus pour la plupart de la danse, et œuvrant tous dans l'interdisciplinarité. Installations, performances, spectacles pétris d'univers sonores, visuels et de danse rendent compte des nouvelles formes artistiques émergentes où le corps se met en jeu, se retire du langage chorégraphique et où la charge poétique va à la rencontre du public. Préfiguration d'un bouleversement artistique et chorégraphique ? Pourquoi pas ! Chalon sur Saône n'est pas loin de Lyon et s'y permettre des détours en vaut vraiment la peine !

Rencontre, passionnante, avec Jean-Marc Adolphe, directeur artistique d'Instance 1 et rédacteur en chef de la revue Mouvement.


Cette première édition d'Instance ne parle pas véritablement de danse mais plutôt de créations hybrides et inhabituelles qui mélangent plusieurs disciplines artistiques, d'où en vient l'idée ?
En fait, la forme de cette manifestation vient d'un constat très simple : beaucoup de spectacles, beaucoup d'artistes contemporains sont dans une démarche de création interdisciplinaire. Les champs, les territoires sont déplacés, bousculés et je souhaitais par cette manifestation rendre compte d'une réalité de la création contemporaine qui renouvelle la relation au public. C'est aussi pour cela que je ne souhaitais pas que le mot danse apparaisse, même si effectivement, la plupart des artistes présents viennent du champ chorégraphique.
Qu'est-ce que cela signifie renouveler la relation au public ?
Le renouvellement de la relation au public signifie que l'on n'est plus dans la relation au spectacle et à l'écriture chorégraphique des années 80, même si bien sûr cela subsiste encore dans certaines œuvres présentées ici, comme Cantieri de Catherine Diverres ou noBody de Sasha Waltz. On peut citer, Arco Renz, qui a travaillé avec Anne Teresa de Keersmaeker, puis avec Bob Wilson. Sa pièce Mirth expérimente des états émotionnels entre danse, lumière, installation sonore et vidéo. L'Américaine Jennifer Lacey qui travaille sur la performance, en développant fortement le lien scénographie/son. A l'extrême, on a la pièce de Boris Charmatz héâtre / élévision qui se joue pour un spectateur à la fois et qui est réduite à un dispositif vidéo. Le souci commun de tous ces créateurs est de trouver des modes de relation avec le public qui existent autrement que par la fascination de l'écriture chorégraphique ou la virtuosité. Dans les années 80, c'est le langage chorégraphique qui a conquis le public, aujourd'hui on est dans des modes plus intimes de perception des œuvres.
Mais comprendre, par exemple, le travail de Boris Charmatz implique une réflexion particulière sur la danse, sur la notion de lecture d'un spectacle. Vous n'avez pas peur qu'il y ait incompréhension et rejet de la part du public pour ce type de création et d'artiste ?
De toute façon, l'ensemble de cette programmation est un pari et moi c'est sur l'intelligence du public que je parie. Si on ne le prend pas pour un imbécile, il est capable de reconnaître ce qu'il ne connaît pas encore. Dans les années 80, les programmateurs étaient frileux par rapport à la danse contemporaine, ils se disaient que le public n'allait pas comprendre, hors l'initiation est importante, fondamentale. Je voyage beaucoup et je constate que ce type de spectacles attire un nouveau public, plus jeune. Je suis persuadé que le renouvellement du public passe aussi par le renouvellement des formes artistiques. Bien sûr, il m'arrive d'être décontenancé par certaines propositions chorégraphiques. Mais à chaque fois, je demeure intrigué, dans le bon sens du terme. Dans les années 80, on était intrigué par Dominique Bagouet, Trisha Brown. On pourrait se contenter de rester intrigué, non concerné par ces nouvelles formes artistiques. Je pense au contraire qu'il faut essayer de comprendre pourquoi ça nous parle, pourquoi ça nous touche malgré tout.
Précisément, qu'est-ce qui vous touche dans ces formes artistiques ?
Ce qui me touche, c'est qu'elles parlent à la fois d'un état du monde et d'un état intime de la personne. Pendant longtemps la danse s'est située par rapport à des courants de danse, de fortes personnalités comme Merce Cunningham; aujourd'hui ça n'est plus le cas. Dans notre vie sociale, économique, politique, on n'a plus de repères, on est en attente de stabilité, de tangible. Les choses sont en train de se décomposer alors que d'autres sont en train d'émerger avant de se cristalliser, avant que cela soit plus net, plus précis et c'est ce qui se passe dans la ces formes artistiques. Plutôt que de se dissimuler derrière une forme qui trouve sa dynamique dans un langage chorégraphique, beaucoup de ces spectacles parlent de fragilité. De quel corps parle-t-on ? à partir de quel corps agit-on ? est-ce que l'on met en œuvre un corps conquérant ou bien est-ce que l'on met en avant un corps fragmenté qui cherche à se reconstruire ? Ce qui me touche par-dessus tout, c'est la part de poésie que chacun de ces spectacles transporte. Celle de Christian Rizzo, par exemple. Lui, il vient de Toulouse, d'abord du rock et de la mode puis de la danse. Il présente deux spectacles. Un dans une grande salle et sur un grand espace. C'est très visuel, très contemplatif, il n'y a aucun mouvement de danse tel qu'on peut l’attendre, et pourtant on a l'impression d'avoir devant soi des tableaux en mouvement. Le deuxième est une installation avec des robes suspendues à des cintres qui bougent grâce à des ventilateurs. C'est magique, il n'y a pas de corps et pourtant la danse existe. Même si on n'est pas un spectateur averti, on ne peut pas échapper à toute cette poésie extraordinaire.
Instance signifie que quelque chose est en train de se faire, de se mettre en mouvements, mais vous avez ajouté un sous-titre : "Corps/images", pour quelles raisons ?
Il m'a toujours semblé que la danse est un objet précieux, fragile, qui ne se suffit pas à lui-même. La danse ouvre des espaces, la danse est autre chose, on danse avec quelqu'un ou pour quelqu'un. Tous les spectacles présentés jouent des rapports entre corps et images. Images extérieures, images projetées, images scéniques, images cristallisées. C'est le cas du merveilleux travail de Catherine Diverres, mis en forme à son retour de Palerme. La danse est profondément marquée par des images, à la fois concrètes et oniriques, puisées dans la vie et la mémoire de la Sicile. A cela, se mêlent les images de petits films réalisés par ses danseurs à Palerme ou encore celles composées sur scène avec des marionnettes à fils siciliennes. Wayn Traub aussi nous parle de corps et d'images avec Maria-Dolores. Un film est projeté sur écran en même temps qu'une histoire se déroule sur le plateau. Une histoire mystérieuse se crée ainsi entre ce qui se passe sur scène et sur l'écran. Mais ce sous-titre ne signifie pas qu'Instance met un accent particulier sur les nouvelles technologies. Il s'agit simplement de dire que le corps et l'image sont intimement liés et qu'il s'en dégage la force majeure de tous ces spectacles, la poésie
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Martine Pullara