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2002

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DECEMBRE N°77
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  OCTOBRE N°75  



 

Will Self

Double rencontre, double lecture à la Villa Gillet avec deux auteurs anglais et non des moindres, puisque Jonathan Coe et Will Self seront là en chair et en os pour une lecture en anglais dans leurs textes et une rencontre animée par Bertrand Leclair, critique littéraire. L'occasion de frôler de près ces deux grands écrivains.
En attendant le 17 octobre, Will Self a bien voulu répondre à nos questions.

Vous venez de publier en Angleterre un livre basé sur un roman de Wilde, Dorian Gray
Le roman de Wilde était tout ça à la fois. Richard Ellman l'a qualifié de tragédie de l'esthétisme mais bien sûr, il prend la forme d'un mélodrame parsemé de dialogues quasi platoniciens. A mon avis, Wilde a fait la chose la plus rare qui soit : il a créé un mythe. Les faiblesses mêmes du roman, son manque de maîtrise et son langage strict et excessivement élaboré ne font que confirmer cela. La principale prétention du roman, cette quête de l'éternelle jeunesse au prix même de notre âme, n'est, à mon avis, qu'un truisme. Qui s'est confirmé au cours du vingtième siècle, davantage qu'à aucun autre.
Dans ma version de Dorian Grey, je resitue l'action à l'époque du sida et ainsi, je crée une confirmation de l'original qui, lui-même, ne nécessite pas de confirmation. Pour Wilde (cela a été controversé), l'idée du portrait de Gray était une projection de sa propre syphilis et de toute l'hostilité qui en découlait. Dans ma version, la syphilis devient le sida et la métaphore est confirmée dans son statut non métaphorique.
Que représente pour vous Oscar Wilde ?
Il a lui-même décrit l'Angleterre comme étant "le pays natal des hypocrites" et je pense que ce qui lui est arrivé a confirmé sa théorie et que, par la suite, l'institutionnalisation de l'homophobie qui a suivi n'a fait que confirmer sa conviction davantage encore. Je pense que Wilde, en tant que grand écrivain, bon orateur et pionnier socio-sexuel, était un précurseur pour son époque, un peu comme si son œuvre était maintenant devenue classique. Il est pour moi une source constante d×inspiration et tous les soirs pour m'endormir je me berce de son image.
Que pensez-vous de cette possibilité d'un naturalisme littéraire duquel on vous rapproche ?
A vrai dire, je suis un écrivain anti-naturaliste. Je pense que toutes les tentatives d×écriture naturaliste sont conventionnelles et vouées à l×échec et que l'écrivain parvient mieux à faire une description "exacte" de la réalité en étant obstinément et par esprit de contradiction irréel et anti-naturel.
Depuis vos études de philosophie, vous semblez avoir tourné le dos à la pensée occidentale ?
Je n'ai jamais vraiment beaucoup adhéré à la pensée occidentale, donc il n'y a pas lieu de dire que je lui ai tourné le dos. Quand j'étudiais la philosophie à Oxford, la faculté était dominée par la philosophie analytique la plus sèche et la plus hors de propos ce n'était pas seulement facile de la rejeter, c'était essentiel de le faire si vous vouliez rester sain d'esprit.
Vous venez en octobre à la Villa Gillet aux côtés de Jonathan Coe, vous sentez-vous proche de sa littérature ?
Non, pas particulièrement, mais je l'apprécie.

Vous êtes né à Londres il y a quarante ans, le rock et la pop musique font-ils encore partie de votre vie ?
J'aime assez le nouvel album d'Alabam Three, j'ai une certaine nostalgie pour la musique pop (qui elle-même est déjà nostalgique dans sa forme) mais je ne m'y intéresse pas spécialement.

Bruno Pin
Remerciements à Fabienne Pont pour sa traduction