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Mâcon
un samedi matin. Une fine silhouette apparaît. Un sourire illumine
un visage angélique. Alexandre Varlet est à Mâcon
depuis quelques heures à peine. Au terme d'une résidence
de trois semaines, il présentera sur scène le 4 octobre
prochain son nouvel album au cours d'un co-récital avec H.
F. Thiefaine. Retrouver le contact avec le public, Varlet l'attend
avec impatience. Non sans un brin d'anxiété : "Il
y a longtemps que je ne suis pas monté sur scène. Ces
4 années ont été dures pour moi psychologiquement".
Retour en arrière. En 1998, à 23 ans, ce jeune Rochelais
étudiant en Lettres sort son premier album, Naïf comme
le couteau. L'accueil critique est tout de suite excellent. "Tout
a été extrêmement rapide et simple. Aucune galère".
La presse s'empare de ce nouveau talent et le présente déjà
comme l'un des futurs auteurs de Bliss, dernier album de Vanessa Paradis.
Stupéfaction de l'intéressé : "Cette histoire
est incroyable. C'est une des grandes énigmes de mon premier
album. Je ne comprends pas que ça ait pris une telle ampleur".
Alexandre Varlet multiplie alors les premières parties avec
M., Miossec, Tiersen, les Têtes Raides, Les Hurleurs, Boogaert
Le jeune homme se révèle sur scène, s'impose
par son charisme, ses chansons y prennent de l'ampleur. Le charme
opère. Les choses vont alors vite, trop vite. Les premières
fausses notes ne se font pas attendre. "Faire des premières
parties, c'est très éprouvant. Les gens qui sont dans
la salle ne sont pas là pour toi. Il faut se battre".
Alexandre Varlet persévère malgré tout. Il planque
sa fragilité derrière des provocations et un cynisme
de façade. Fort de ces expériences et gonflé
par l'encouragement de ses pairs, ses ambitions fleurissent. Alexandre
Varlet annonce dès 1999 comme imminente la sortie de son second
album. Ses envies vont cependant être stoppées net. Le
label indépendant au sein de BMG avec lequel il a signé
ferme ses portes. Il se fait rendre son contrat. La jeune étoile
de la chanson française risque alors fort d'être filante.
Il rentre dans un mauvais tourbillon. "Omnubilé par l'idée
de re-signer, j'en oubliais le plaisir de jouer". La galère
commence. Avec elle, la remise en question. Sur scène, il lance
des appels à des producteurs. Mais toujours aucune lueur à
l'horizon. Suivent des années de silence. Quand on lui demande
comment il a géré cette absence, le sourire se fige.
Le regard dans le vide, il avoue dans un souffle : "j'ai fait
une bonne grosse déprime. Ce sont des moments extrêmement
inquiétants".
De retour aujourd'hui avec un second album, Alexandre Varlet semble
plus apaisé. Peut-être plus fragile aussi. Plus touchant
donc. Il n'a rien perdu de sa fougue. Ce nouvel opus, Dragueuse de
fond a été enregistré en janvier 2002 et va sortir
en janvier 2003 chez BMG -ironie du sort. Cette fois-ci, il a voulu
calmer les choses, prendre son temps. Chanteur avant tout à
textes, son rapport à l'écriture est très important.
"Avant d'écrire des chansons, j'évoluais dans un
milieu littéraire. J'hésitais même à écrire
des livres".
Varlet aime jouer avec les mots et se jouer d'eux. La poésie
des textes de ce nouvel opus plonge dans un univers onirique. Elliptique.
Les mélodies envoûtantes enveloppent l'auditeur. Dans
le petit monde de la chanson française, Varlet reste inclassable.
Et le revendique : "On entend des tas d'ersatz. Un tel chante
comme un tel, ça me fatigue ! Libre à tous ces gens
d'exister et tant mieux si ça marche. Je pense en particulier
à Vincent Delerm qui chante comme Miossec. Toutes ces veines
néo-réalistes, avec de l'accordéon, ça
me fait chier. J'ai envie de modernité. Avec ce second disque,
pour ne pas être affilié à titre gratuit à
tous ces gens-là, je me suis naturellement démarqué
de cette vague. Je m'affirme vraiment dans ma différence. Je
prends des risques !"
L'ange blond joue de son charme. Toujours derrière un sourire
enjôleur, une pointe de cynisme désarçonne, nous
laisse subrepticement entrevoir un personnage plus inquiétant,
tout en tensions et contradictions. Cette ambivalence, Varlet la cultive.
"Dans ma vie, j'aime bien le côté ambigu sexuellement,
érotique". D'où le titre Dragueuse de fond. Titre
qui renvoie aussi à ces quatre années d'intense introspection
et de doute. Il nous révèle qu'il a fini cet album dans
un état de joie pure. "Ça a été une
espèce d'exutoire. J'ai purgé la bête, j'ai purgé
ces années sombres. Pour me venger de ces quatre années
d'absence, de silence et de frustration, j'ai maintenant envie de
m'amuser, de prendre du plaisir et d'être très présent.
Et puis, il va falloir que je gère le mieux possible le fait
de passer à la télé et à la radio (rires)".
La carte de la provocation, Varlet aime cela. Nous aussi d'ailleurs.
Il la joue à fond sur scène et fort heureusement ça
ne va pas changer, "les gens aiment l'amour violent".
Le futur, Varlet, qui a gagné en maturité, l'envisage
avec une certaine sérénité. Une grosse tournée
à travers la France est prévue après la sortie
de l'album. Il a même quelques projets avec une certaine Christine
Angot. Mais chut !, il ne dévoilera rien de plus
.
Léonore
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