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Enfin,
on aurait pu désespérer, attendre longtemps, car les mois
d'hiver furent pénibles, froids et d'une rigoureuse absence de
musique; ça planait pas vraiment.
On était à même de se poser des questions.
Les musiciens seraient-ils trop frileux ou les programmateurs des salles
de concerts auraient-ils un manque d'imagination qui frôlait la
catalepsie ?
On en aurait vu certains hurler à la mort autour des montagnes
de Fourvière, cherchant quelques restes des charmantes festivités
d'été, entre rock sucré et guimauve acoustique. Ah
ce que la chaleur peut rendre perméable aux moindres efforts.
Toujours est-il que l'arrivée des New-Yorkais annonce déjà
quelques bruitalités sonores (mais sans plus), ah les coquins !
Je ne m'avancerai point sur le nombre de spectateurs susceptibles d'être
présents ce soir-là, on connaît la curiosité
du public lyonnais, et en général il suit le mouvement de
l'hexagone et des modes. Brigitte Fontaine il y a cinq années en
concert gratuit, presque personne et en l'espace de huit mois elle ne
se produira pas moins de trois fois dans notre proche région (deux
fois à Lyon et une fois à Saint-Priest), Thiéfaine
bientôt chaque trimestre, Noah qui fait deux Transbordeur (ça
tient de la fiction) et les moutons au bord des routes regardent toujours
dans le sens opposé au bitume. Finalement.
Alors serez-vous Strokes cette année ?
Qu'importe puisque la musique l'emportera et vous serez gré de
la consommer avec avidité.
Donc les Strokes à Lyon ! On les attend de pieds fermes, il faut
dire que la légende est déjà là, bien présente,
pas des branques avec leur gueule au minois charmant qui fait se pâmer
les indolentes créatures. Annoncé comme phénomènes
dans le milieu rock, on modère un peu, malgré tout.
Du live direct avec ce qu'il faut d'émotion "Il n'est pas
donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de
la foule est un art
" dixit Charles Baudelaire. On pourrait
s'amuser à situer la musique des Strokes du côté du
Velvet, (c'est facile c'était écrit dans tous les articles)
évidemment New York, les sapes, la cravates et les baskets, la
voix du sieur Casabancas proche d'un Lou Reed sans amphé, plus
énergique et la musique qui ne pêche pas à la ligne,
évite les modes et n'oublie pas son passé historique. Le
rock n'est pas mort, qui l'eu cru d'ailleurs, si ce ne sont quelques bidouilleurs
de sons qui produisent de la musique pour les centrales d'achats et de
consommations, sûr qu'on n'entendra pas les Strokes dans ces endroits-là.
Ce n'est pas fait pour cela.
La bonne nouvelle, c'est qu'il est encore possible d'écouter du
rock en ces temps de frustrations sonores et c'est plutôt jouissif,
via New York qui en a enfanté de ces jeunes musiciens au bord de
la crise de nerfs, guitares et chants portés par l'électricité
maîtrisée. Du Velvet à Television, ah qu'il est bon
d'écouter encore Sister Ray ou Venus de Milo en version live pour
ces derniers. La musique des Strokes, d'un premier disque que certains
auraient rêvé, c'est nourri aux volutes musicales des années
60 à 80, celles qui mirent à nu un certain rock, névrotique,
tendu, hypnotique. Et c'est une des réussites de l'année
2001 en la matière.
On écoute avec une certaine satisfaction et si certains hurlent
au scandale, (ah pauvres indélicats) il n'y a aucune raison pour
se passer de ce plaisir-là. Musique binaire, sans matière
grasse, The Strokes alignent les hits sans complexes dans cet album de
Is this it à Barely legal sans oublier Alone, together et l'inévitable
single Hard to explain, chaque titre de ce disque contient suffisamment
de puissance mélodique pour renvoyer certains groupes du "moment"
réviser leurs copies.
Nous, nous attendons THE STROKES avec une réelle impatience, et
il se pourrait bien que le Transbordeur retrouve (enfin) un peu de cette
saveur musicale qui lui a tant manqué ces derniers mois, un peu
de sueur et de décibels bon sang !
Bruno
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