ARCHIVES
2002

JANVIER N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
Noam Chomsky

FEVRIER N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
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MARS N°69
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The Strokes
Femi Kuti
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Dominique A
Michel Del Castillo
Compagnie Käfig
Yorgos Loukos
Les Trois-huit
Philippe Mangenot
Noam Chomsky
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AVRIL N°70
Patrick Eudeline
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MAI N°71
Tarmac
High Tone
Le Tigre
Christian Bourigault
The Jon Spencer
Blues Explosion

JUIN N°72/73
Bruno Meillier
Sonic Youth
Le Peuple de l'Herbe
Lo'Jo
Lionel Hoche
Jo Lansley & Helen Bendon

SEPTEMBRE N°74
Pierre Astier
Guy Darmet
Party A Ground Zero
Sayag Jazz Machine

OCTOBRE N°75
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NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  JUIN N°72/73  



 

Sonic Youth
Sonic fields of love

Avec une réputation forgée pendant les années 80, période pendant laquelle Sonic Youth a développé ce jeu de guitares si caractéristique et par la suite si influent, nos quatre New-Yorkais reviennent une nouvelle fois à Lyon nous faire goûter cette musique aux digressions savamment terroristes et par-dessus tout empreinte d'une charge émotionnelle rarement atteinte depuis. Le mythe Sonic Youth -totalement justifié- a la vie dure mais cela n'est pas sans contradictions car pendant toute la période héroïque du groupe -de 1983 à 1988, de Confusion is sex à Daydream nation- il est resté un groupe souterrain et il a fallu attendre sa signature sur une major pour le voir un peu plus régulièrement en France et donc à Lyon, habituelle lanterne rouge. Sonic Youth a entre temps perdu sa jeunesse, perdu provisoirement ses pouvoirs ultrasoniques et les musiciens qui se présenteront sur la scène du Transbordeur le 19 juin reviennent de très loin, sont en quelque sorte des miraculés.
Après les assauts conformistes de Dirty (1992) et le souffle court de Experimental, Jet set, Trash and no stars (1994), il faut bien avouer que l'avenir du groupe semblait bien compromis avec Washing machine, album du fond du trou tristement illustré par un concert particulièrement affligeant (déjà au Transbordeur), notamment ces fausses envolées expérimentales sagement exécutées et pour le coup absolument jamais envoûtantes. Triste constat que celui d'une musique fatiguée et rabâchée (l'insupportable Diamond sea). Triste de se sentir tourner le dos à un groupe (trop ?) longtemps admiré. A Thousand leaves (1998) et la sortie des albums parallèles sur leur propre label -dont le point culminant est l'incroyable et captivant Goodbye 20th century qui regroupe des œuvres de Wolff, Cage, Feldman, Oliveros, Reich, Tenney ou Cardew- marque un certain retour de Sonic Youth aux choses sérieuses : l'édulcoration et la lassitude cèdent le pas à un regain de la force poétique et sonique du groupe. D'ailleurs, le concert à Lyon illustrant cet album fut réjouissant -titres nouveaux et anciens se correspondant parfaitement dans un ensemble cohérent avec un Death valley 69 survolté et salvateur en guise de rappel. Où donc faut-il chercher les causes du retour en grâce -peut-être encore timide et incertain- de ce groupe, retour confirmé par la sortie en 2000 de NYC ghosts & flowers ? Dans la multiplication des collaborations avec d'autres musiciens ? Ces collaborations au sein même du groupe ou à l'extérieur (pêle-mêle : avec William Hooker, Matts Gustaffson, Branca, The Ex, Jean-Marc Montérat, Ikue Mori, William Winant, Jim O'Rourke, Yoshimi, DJ Olive et bien d'autres encore) ont pourtant toujours été une des caractéristiques de Sonic Youth depuis fort longtemps. Faut-il donner à Jim O'Rourke -invité de marque sur le SYR n03, producteur avisé de NYC ghosts & flowers, promu cinquième et nouveau membre du groupe pour la sortie du nouvel album- le rôle si envié du petit lutin rebouteux ? Peu importe : avec leur sens habituel du décalage soigneusement arrogant et fatalement arty, les membres de Sonic Youth cultivent les contradictions sur leur nom, leur musique et de leur âge. L'avenir s'ouvre encore à eux avec Murray street, album dont la sortie est prévue en France pour le 11 juin. Devraient suivre la bande originale -musique et bruitages- de Demonlover, nouveau film d'Assayas en compétition officielle cette année à Cannes et un disque enregistré lors d'un concert au Centre Georges Pompidou avec Brigitte Fontaine comprenant également quelques sessions en studio.
Il n'y a pas grand chose à dire sur Murray street dont seulement quelques extraits ont pu être entendus ici ou là : l'adjonction d'un cinquième membre (Jim O'Rourke donc, dont les récentes incursions du côté de la pop sur le label Drag City peuvent laisser quelque peu perplexe) ne fait pencher la balance ni dans un sens ni dans l'autre, les parties chantées sont toujours aussi faussement distanciées, les guitares toujours aussi modelées et rageuses. L'information la plus intéressante concernant ces enregistrements est la présence sur le titre Radical adults lick Godhead style des deux saxophonistes extrémistes Jim Sauter et Don Dietrich du groupe Borbetomagus, spécialistes hors pair du bruitisme et de la saturation. L'autre information -dont on ne saurait abuser dans ces colonnes- concerne le titre de cet album : Murray street est le nom de la rue où se trouve le home studio de Sonic Youth à Manhattan, rue où a atterri un réacteur d'avion le 11 septembre dernier, dévastant partiellement le block et interrompant les sessions de l'album. Derrière le choix de ce nom ne se cache en aucun cas ce sentiment écœurant propre à Bush Junior et ses petits camarades bardés de flingues et d'exemplaires de la Bible, hurlant à la vengeance et au rétablissement de l'hégémonie américaine honteusement bafouée. Murray street est juste un témoignage sur la mort et le désastre, une ouverture sur la vie qui continue à l'image de la pochette du disque montrant deux fillettes cueillant des fraises dans un champ.

Guillaume