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Avec
une réputation forgée pendant les années 80,
période pendant laquelle Sonic Youth a développé
ce jeu de guitares si caractéristique et par la suite si influent,
nos quatre New-Yorkais reviennent une nouvelle fois à Lyon
nous faire goûter cette musique aux digressions savamment terroristes
et par-dessus tout empreinte d'une charge émotionnelle rarement
atteinte depuis. Le mythe Sonic Youth -totalement justifié-
a la vie dure mais cela n'est pas sans contradictions car pendant
toute la période héroïque du groupe -de 1983 à
1988, de Confusion is sex à Daydream nation- il est resté
un groupe souterrain et il a fallu attendre sa signature sur une major
pour le voir un peu plus régulièrement en France et
donc à Lyon, habituelle lanterne rouge. Sonic Youth a entre
temps perdu sa jeunesse, perdu provisoirement ses pouvoirs ultrasoniques
et les musiciens qui se présenteront sur la scène du
Transbordeur le 19 juin reviennent de très loin, sont en quelque
sorte des miraculés.
Après les assauts conformistes de Dirty (1992) et le souffle
court de Experimental, Jet set, Trash and no stars (1994), il faut
bien avouer que l'avenir du groupe semblait bien compromis avec Washing
machine, album du fond du trou tristement illustré par un concert
particulièrement affligeant (déjà au Transbordeur),
notamment ces fausses envolées expérimentales sagement
exécutées et pour le coup absolument jamais envoûtantes.
Triste constat que celui d'une musique fatiguée et rabâchée
(l'insupportable Diamond sea). Triste de se sentir tourner le dos
à un groupe (trop ?) longtemps admiré. A Thousand leaves
(1998) et la sortie des albums parallèles sur leur propre label
-dont le point culminant est l'incroyable et captivant Goodbye 20th
century qui regroupe des uvres de Wolff, Cage, Feldman, Oliveros,
Reich, Tenney ou Cardew- marque un certain retour de Sonic Youth aux
choses sérieuses : l'édulcoration et la lassitude cèdent
le pas à un regain de la force poétique et sonique du
groupe. D'ailleurs, le concert à Lyon illustrant cet album
fut réjouissant -titres nouveaux et anciens se correspondant
parfaitement dans un ensemble cohérent avec un Death valley
69 survolté et salvateur en guise de rappel. Où donc
faut-il chercher les causes du retour en grâce -peut-être
encore timide et incertain- de ce groupe, retour confirmé par
la sortie en 2000 de NYC ghosts & flowers ? Dans la multiplication
des collaborations avec d'autres musiciens ? Ces collaborations au
sein même du groupe ou à l'extérieur (pêle-mêle
: avec William Hooker, Matts Gustaffson, Branca, The Ex, Jean-Marc
Montérat, Ikue Mori, William Winant, Jim O'Rourke, Yoshimi,
DJ Olive et bien d'autres encore) ont pourtant toujours été
une des caractéristiques de Sonic Youth depuis fort longtemps.
Faut-il donner à Jim O'Rourke -invité de marque sur
le SYR n03, producteur avisé de NYC ghosts & flowers, promu
cinquième et nouveau membre du groupe pour la sortie du nouvel
album- le rôle si envié du petit lutin rebouteux ? Peu
importe : avec leur sens habituel du décalage soigneusement
arrogant et fatalement arty, les membres de Sonic Youth cultivent
les contradictions sur leur nom, leur musique et de leur âge.
L'avenir s'ouvre encore à eux avec Murray street, album dont
la sortie est prévue en France pour le 11 juin. Devraient suivre
la bande originale -musique et bruitages- de Demonlover, nouveau film
d'Assayas en compétition officielle cette année à
Cannes et un disque enregistré lors d'un concert au Centre
Georges Pompidou avec Brigitte Fontaine comprenant également
quelques sessions en studio.
Il n'y a pas grand chose à dire sur Murray street dont seulement
quelques extraits ont pu être entendus ici ou là : l'adjonction
d'un cinquième membre (Jim O'Rourke donc, dont les récentes
incursions du côté de la pop sur le label Drag City peuvent
laisser quelque peu perplexe) ne fait pencher la balance ni dans un
sens ni dans l'autre, les parties chantées sont toujours aussi
faussement distanciées, les guitares toujours aussi modelées
et rageuses. L'information la plus intéressante concernant
ces enregistrements est la présence sur le titre Radical adults
lick Godhead style des deux saxophonistes extrémistes Jim Sauter
et Don Dietrich du groupe Borbetomagus, spécialistes hors pair
du bruitisme et de la saturation. L'autre information -dont on ne
saurait abuser dans ces colonnes- concerne le titre de cet album :
Murray street est le nom de la rue où se trouve le home studio
de Sonic Youth à Manhattan, rue où a atterri un réacteur
d'avion le 11 septembre dernier, dévastant partiellement le
block et interrompant les sessions de l'album. Derrière le
choix de ce nom ne se cache en aucun cas ce sentiment écurant
propre à Bush Junior et ses petits camarades bardés
de flingues et d'exemplaires de la Bible, hurlant à la vengeance
et au rétablissement de l'hégémonie américaine
honteusement bafouée. Murray street est juste un témoignage
sur la mort et le désastre, une ouverture sur la vie qui continue
à l'image de la pochette du disque montrant deux fillettes
cueillant des fraises dans un champ.
Guillaume
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