ARCHIVES
2002

JANVIER N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
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FEVRIER N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
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Les Trois-huit
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Noam Chomsky
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AVRIL N°70
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MAI N°71
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JUIN N°72/73
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SEPTEMBRE N°74
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NOVEMBRE N°76
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The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
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CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  JANVIER N°67  



 

Denis Plassard

Après une série de spectacles qui exploraient le texte comme le point de départ d'une chorégraphie, Denis Plassard revient à la danse, celle qui est essentielle à la découverte de l'être humain, accompagné de Michel Laubu du "Turak Théâtre d'Objets" qui lui, cherche la vérité de l'objet derrière son image... Une rencontre inédite, autour du L.O.U.P, pleine d'humour et d'imagination à ne rater sous aucun prétexte !

Ce spectacle part d'une rencontre avec Michel Laubu, comment s'est-elle faite ?
On se connaissait depuis longtemps sans n’avoir rien fait ensemble et c'est au moment où j'ai commencé à travailler sur le défilé de la biennale pour la ville de Décines que je me suis dit qu'il y avait là un moyen d'entamer une collaboration. Michel n'avait pas beaucoup de temps, on a travaillé surtout sur la conception car pour la réalisation il a été moins disponible. Mais c'était une première tentative de rencontre entre nos deux univers et cela a très bien fonctionné. Nos images, nos idées se rejoignaient, cela rebondissait sans arrêt entre nous et nous n'avions pas besoin de négocier, on se motivait mutuellement. Depuis Ondes de choc, je savais que je ne voulais plus travailler sur le texte. Guy Darmet m'a proposé une co-production et j'ai pensé que c'était le moment de véritablement travailler avec Michel.
Avec cette création, vous renoncez au texte mais pas à la problématique sens et mouvement !
C'est exact. Dans mon travail je me pose toujours la même question : quelles relations entretiennent le mouvement et le sens, est-ce que le mouvement veut dire quelque chose ?, est-ce qu'on peut lui faire dire quelque chose ?. C'est la question que je tourne dans tous les sens. Quand j'ai commencé la danse classique, je croyais que la danse voulait dire quelque chose, que c'était comme des phrases qu'on assemblait, que l'assemblage des pas faisait sens. Par la suite, j'ai été très déçu de comprendre que cela n'avait aucun sens. La danse c'est toujours l'art du mouvement et pas du sens contrairement au théâtre. Je continue à réfléchir là-dessus, sur la relation entre le corps réel de la personne qui est le danseur, et le corps du danseur quand il est sur scène; un corps qui porte le mouvement. En fait, ce qui m'intéresse c'est la relation entre le vrai corps, celui qu'on ballade tous les jours, avec lequel on va acheter le pain et le corps qui porte le mouvement. Aujourd'hui encore dès qu'il se met à bouger, le danseur a une sensation du corps qui est abstraite, quand il bouge, il pense essentiellement énergie, qualité. Ma réflexion aujourd'hui s'articule autour de ces deux questions : qu'est-ce que veut dire le mouvement, qu'est-ce qu'il raconte ? et qu'est-ce que le corps qui porte le mouvement ?, la personne qui est là-dedans. Ces questions, je me les suis posées en travaillant avec les comédiens. Quand un comédien fait un mouvement, c'est lui qui fait le mouvement ou le personnage qu'il joue, il n'est pas le mouvement. Le danseur, il est assez facilement le mouvement et rien d'autre. Le geste du comédien a un sens même quand il n'en a pas, pour le danseur ça n'est jamais le cas et quand son geste a véritablement un sens on ne pense pas que cela soit possible. C'est à cause de ce questionnement que le travail avec Michel m'intéressait. On est tous les deux hors-champ. Lui, il fait du théâtre où l'on ne parle pas et travaille sur l'image. Hors l'image c'est plutôt le domaine de la danse, inversement moi je fais de la danse et je travaille sur du texte. C'est donc assez surprenant que l'on travaille ensemble.
Pour arriver au L.O.U.P, vous êtes partis de Carmen !
Oui, et c'est assez rocambolesque. Quand on a commencé à parler avec Michel d'une création commune, lui avait le désir de monter Carmen mais uniquement avec des objets. A ce moment-là, il m'a proposé de faire un parallèle avec Carmen et Le Petit chaperon rouge. J'ai trouvé cela drôle et l'on a imaginé quel rôle tiendrait chaque protagoniste du Petit chaperon rouge dans Carmen : la grand-mère serait le toréador, ou le loup serait le toréador, le loup serait le taureau, le petit chaperon rouge serait Carmen ou bien le taureau, on a imaginé beaucoup de scénarios mais la conclusion c'est qu'on a fait chacun un spectacle à partir de Carmen et que l'on est parti en tournée. Avec nos créations, le personnage de Carmen était définitivement évacué et il nous restait donc le petit chaperon rouge. Mais comme je ne voulais plus travailler sur le texte, ni l'histoire trop écrite du Chaperon rouge, on a finalement gardé le loup, un thème large qui nous permettait de nombreuses entrées.
Le spectacle est construit sur quatre parties.
En fait, il s'agit de quatre histoires différentes, avec un fil conducteur au niveau de la scénographie et qui sont les seize frigos, une forêt de frigos. C'est dans cette forêt du petit chaperon rouge que se situe la première histoire avec une chorégraphie qui glisse du music-hall à une suite de corps à corps pour loups et chaperons... dans la deuxième histoire, appelée Les Jeunes loups, les frigos font une espèce de cloître tout autour de la scène et à l'intérieur se trouvent des jeunes cadres venus en séminaire de motivation. Ils vont faire une partie de petits cochons, ils ont les dents longues, ils sont beaux, ils bougent vite, ils prennent la place des grands-mères et vont faire leur marché boursier avec des cabas... dans la troisième histoire La Chasse, les frigos font une espèce de labyrinthe, pour une grande partie de cache-cache et dix danseurs/chasseurs vont disparaître mystérieusement… la quatrième histoire est une surprise, les danseurs jouent au loup devenu par moment un ange... On s'est raconté beaucoup d'histoires pour cette création et pourtant c'est ma chorégraphie la plus dansée, avec un côté toujours aussi ludique et une présence des danseurs que je veux humaine. Avant tout je veux voir des gens et ça n'est pas facile. Ici l'humour permet la distance pour mieux voir l'humain et moins le mouvement. Non, la danse pour la danse ne m'intéresse pas, ce qui m'intéresse c'est de confronter la connaissance que j'en ai à d'autres choses, cela a été le texte, maintenant c'est l'univers théâtral, l'univers des objets, la réalité des objets et par dessus-tout l'humanité des corps...

Martine Pullara