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Après
une série de spectacles qui exploraient le texte comme le point
de départ d'une chorégraphie, Denis Plassard revient à
la danse, celle qui est essentielle à la découverte de
l'être humain, accompagné de Michel Laubu du "Turak
Théâtre d'Objets" qui lui, cherche la vérité
de l'objet derrière son image... Une rencontre inédite,
autour du L.O.U.P, pleine d'humour et d'imagination à ne rater
sous aucun prétexte !
Ce spectacle part d'une rencontre avec Michel Laubu, comment s'est-elle
faite ?
On se connaissait depuis longtemps sans navoir rien fait ensemble
et c'est au moment où j'ai commencé à travailler
sur le défilé de la biennale pour la ville de Décines
que je me suis dit qu'il y avait là un moyen d'entamer une collaboration.
Michel n'avait pas beaucoup de temps, on a travaillé surtout
sur la conception car pour la réalisation il a été
moins disponible. Mais c'était une première tentative
de rencontre entre nos deux univers et cela a très bien fonctionné.
Nos images, nos idées se rejoignaient, cela rebondissait sans
arrêt entre nous et nous n'avions pas besoin de négocier,
on se motivait mutuellement. Depuis Ondes de choc, je savais que je
ne voulais plus travailler sur le texte. Guy Darmet m'a proposé
une co-production et j'ai pensé que c'était le moment
de véritablement travailler avec Michel.
Avec cette création, vous renoncez au texte mais pas à
la problématique sens et mouvement !
C'est exact. Dans mon travail je me pose toujours la même question
: quelles relations entretiennent le mouvement et le sens, est-ce que
le mouvement veut dire quelque chose ?, est-ce qu'on peut lui faire
dire quelque chose ?. C'est la question que je tourne dans tous les
sens. Quand j'ai commencé la danse classique, je croyais que
la danse voulait dire quelque chose, que c'était comme des phrases
qu'on assemblait, que l'assemblage des pas faisait sens. Par la suite,
j'ai été très déçu de comprendre
que cela n'avait aucun sens. La danse c'est toujours l'art du mouvement
et pas du sens contrairement au théâtre. Je continue à
réfléchir là-dessus, sur la relation entre le corps
réel de la personne qui est le danseur, et le corps du danseur
quand il est sur scène; un corps qui porte le mouvement. En fait,
ce qui m'intéresse c'est la relation entre le vrai corps, celui
qu'on ballade tous les jours, avec lequel on va acheter le pain et le
corps qui porte le mouvement. Aujourd'hui encore dès qu'il se
met à bouger, le danseur a une sensation du corps qui est abstraite,
quand il bouge, il pense essentiellement énergie, qualité.
Ma réflexion aujourd'hui s'articule autour de ces deux questions
: qu'est-ce que veut dire le mouvement, qu'est-ce qu'il raconte ? et
qu'est-ce que le corps qui porte le mouvement ?, la personne qui est
là-dedans. Ces questions, je me les suis posées en travaillant
avec les comédiens. Quand un comédien fait un mouvement,
c'est lui qui fait le mouvement ou le personnage qu'il joue, il n'est
pas le mouvement. Le danseur, il est assez facilement le mouvement et
rien d'autre. Le geste du comédien a un sens même quand
il n'en a pas, pour le danseur ça n'est jamais le cas et quand
son geste a véritablement un sens on ne pense pas que cela soit
possible. C'est à cause de ce questionnement que le travail avec
Michel m'intéressait. On est tous les deux hors-champ. Lui, il
fait du théâtre où l'on ne parle pas et travaille
sur l'image. Hors l'image c'est plutôt le domaine de la danse,
inversement moi je fais de la danse et je travaille sur du texte. C'est
donc assez surprenant que l'on travaille ensemble.
Pour arriver au L.O.U.P, vous êtes partis de Carmen !
Oui, et c'est assez rocambolesque. Quand on a commencé à
parler avec Michel d'une création commune, lui avait le désir
de monter Carmen mais uniquement avec des objets. A ce moment-là,
il m'a proposé de faire un parallèle avec Carmen et Le
Petit chaperon rouge. J'ai trouvé cela drôle et l'on a
imaginé quel rôle tiendrait chaque protagoniste du Petit
chaperon rouge dans Carmen : la grand-mère serait le toréador,
ou le loup serait le toréador, le loup serait le taureau, le
petit chaperon rouge serait Carmen ou bien le taureau, on a imaginé
beaucoup de scénarios mais la conclusion c'est qu'on a fait chacun
un spectacle à partir de Carmen et que l'on est parti en tournée.
Avec nos créations, le personnage de Carmen était définitivement
évacué et il nous restait donc le petit chaperon rouge.
Mais comme je ne voulais plus travailler sur le texte, ni l'histoire
trop écrite du Chaperon rouge, on a finalement gardé le
loup, un thème large qui nous permettait de nombreuses entrées.
Le spectacle est construit sur quatre parties.
En fait, il s'agit de quatre histoires différentes, avec un fil
conducteur au niveau de la scénographie et qui sont les seize
frigos, une forêt de frigos. C'est dans cette forêt du petit
chaperon rouge que se situe la première histoire avec une chorégraphie
qui glisse du music-hall à une suite de corps à corps
pour loups et chaperons... dans la deuxième histoire, appelée
Les Jeunes loups, les frigos font une espèce de cloître
tout autour de la scène et à l'intérieur se trouvent
des jeunes cadres venus en séminaire de motivation. Ils vont
faire une partie de petits cochons, ils ont les dents longues, ils sont
beaux, ils bougent vite, ils prennent la place des grands-mères
et vont faire leur marché boursier avec des cabas... dans la
troisième histoire La Chasse, les frigos font une espèce
de labyrinthe, pour une grande partie de cache-cache et dix danseurs/chasseurs
vont disparaître mystérieusement
la quatrième
histoire est une surprise, les danseurs jouent au loup devenu par moment
un ange... On s'est raconté beaucoup d'histoires pour cette création
et pourtant c'est ma chorégraphie la plus dansée, avec
un côté toujours aussi ludique et une présence des
danseurs que je veux humaine. Avant tout je veux voir des gens et ça
n'est pas facile. Ici l'humour permet la distance pour mieux voir l'humain
et moins le mouvement. Non, la danse pour la danse ne m'intéresse
pas, ce qui m'intéresse c'est de confronter la connaissance que
j'en ai à d'autres choses, cela a été le texte,
maintenant c'est l'univers théâtral, l'univers des objets,
la réalité des objets et par dessus-tout l'humanité
des corps...
Martine
Pullara
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