|
"Il
va sans dire que Le Serpent à Plumes, qui s'est clairement engagé
dans le dialogue des cultures, n'aurait pas même songé
à publier un auteur cultivant la moindre ambiguïté
à ce sujet" .
Si Noam Chomsky, en sa qualité de linguiste, a effectivement
été par le passé au centre de dangereuses polémiques,
cette note de l'éditeur en préambule clôt ici même
pour nous le sujet, qui n'est du reste pas celui de ce livre.
En dehors d'une véritable "autopsie des terrorismes",
Chomsky revient "à chaud" (à travers une série
d'entretiens avec différents journalistes européens) sur
les "abominables attentats du 11 septembre", qu'il condamne
donc fermement tout en essayant d'énoncer les causes le plus
souvent cachées à la face du monde (dans les médias
de masse), et les possibles conséquences. Dès lors, il
n'oublie pas de rappeler qu'après un siècle d'impérialisme
occidental sauvage, "pour la première fois, les fusils ont
été braqués dans l'autre sens", c'est-à-dire
que le 11 septembre caractérise la première attaque d'un
ennemi de l'Amérique et ce, directement sur son sol (considérant
que l'attaque de Pearl Harbor était dirigée vers des colonies
et non sur le territoire national).
On aurait vite fait de taxer Chomsky d'anti-américanisme primaire
et de clôturer le débat alors qu'il est lui-même...
citoyen américain, professeur de son état. Laissons à
d'autres ce raccourci et disons simplement qu'il émet quelques
"réserves" quant à la politique étrangère
de son pays, grâce au nécessaire recul historique et à
l'étude des conjonctures économiques et stratégiques,
forcément intimement liées de par le monde, et largement
instructives quant aux "événements du 11 septembre"
et leurs répercussions jusqu'à aujourd'hui.
La réponse qu'il donne à la question - "Pouvons-nous
parler d'un choc entre deux civilisations ?"- me semble assez symptomatique
: "Il est de bon ton de parler ainsi mais cela n'a pas beaucoup
de sens... l'état islamique le plus peuplé est l'Indonésie,
un pays qu'adorent les Etats-Unis depuis que Suharto y a pris le pouvoir
en 1965, tandis que des massacres perpétrés par l'armée
faisaient des milliers de morts... l'état islamique le plus extrême
et le plus fondamentaliste, en dehors des talibans, est l'Arabie Saoudite,
client des Etats-Unis depuis sa création... Dans les années
80, les Etats-Unis, en collaboration avec les services de renseignements
du Pakistan... ont recruté, armés et entraîné
les fondamentalistes islamistes les plus durs dans le but de causer
le maximum de dégâts chez les Soviétiques en Afghanistan...".
Et la liste est encore longue en ce qui concerne le "rapprochement
des civilisations" à des fins stratégiques peu avouables
actuellement.
Aussi parce qu'"il est beaucoup plus facile de personnifier un
ennemi (Ben Laden) qui devient ainsi le symbole du mal suprême
que de chercher à comprendre qui est à la source de crimes
terribles - Et il est naturellement très tentant d'ignorer son
propre rôle... Il existe une foule de Ben Laden, dans les deux
camps. Comme d'habitude.".
Eclairant pour les uns, grinçant pour les autres, ce type de
pensée n'en est pas moins à méditer.
En cela, le premier objectif de Chomsky sera atteint, lui qui "rêve"
d'un recours systématique aux institutions internationales et
spécialement à sa cour de justice, dont les décisions
sont rarement ne serait-ce que respectées - notamment pour les
Etats-Unis...
11/9 autopsie des terrorismes de Noam Chomsky, Le Serpent à Plumes,
155 pages
Laurent
Zine
|