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Après
les mille et une versions de Cendrillon, la Nième compagnie présente
les mille et une façons d'en finir avec la nuit de noces, c'est-à-dire
d'étrenner le lit nuptial, loin derrière le happy end
de rigueur, où derrière le générique du
conte de fées les choses se compliquent pour le gentil couple.
La mise en scène de Jean-Philippe Salério met les pleins
feux sur l'objet du délit (ou plutôt de l'absence de délit),
LE LIT, personnage encombrant et dévorant.
Mais sur lequel les personnages misent beaucoup pour sauver leur vie,
sexuelle du moins, le reste on n'en saura rien, pas de chien, pas d'enfant,
un travail qu'on parle de quitter le temps de l'expérience. Le
lit est immense, entouré comme il se doit des imprécations
chiffrées (ses mensurations, véritable nombre d'or) nécessaires
à l'envoûtement, et la cérémonie incantatoire
du désir commence dans le désordre, on l'entoure, on circule,
on y pose le bout des fesses, et l'on voit bien qu'ils tiennent à
quatre sur cet engin maudit.
Ce lit-alibi devient l'épouvantable symbole d'une vacuité
du désir, il emplit la scène de son vide, paradoxe ou
ironie, il dérange les personnages autant que les acteurs, refoulés
à ses côtés comme pourraient l'être leurs
frustrations réciproques.
Le tout présenté chirurgicalement, tant dans la construction
du texte que dans sa mise en scène, on dépèce scène
par scène, geste par geste, intonation par intonation.
La précision des scènes accentuée par leurs répétitions
et les cuts systématiques de la première partie met en
valeur cette absence de chair, de lien, de don, sans doute inhérente
à ce texte mort, mais qui rend parfois le spectateur plus inquiet
du montage et de ses rouages que du sort des personnages.
Finalement on s'attache peu à ces gens-là et à
leurs affres du rien, on n'a que peu de temps pour les connaître,
une sorte de destin les a déjà pris en charge, on est
spectateurs d'une histoire déjà écrite, qui n'évoluera
pas.
Pour souligner peut-être l'inhumanité de ces personnages,
ils sont interprétés avec une hystérie notoire,
non qu'ils se jettent par terre en hurlant, mais que leurs voix prennent
des rythmes et des intonations que l'on ne peut que qualifier de tels,
le texte est pris en plein dans un cri dénué de fièvre;
et bienfaitrices sont les ruptures telles que peuvent les pratiquer
les comédiennes, quand leur voix reviennent là, devant
nous, incarnées. Le parti pris d'interprétation n'en serait
pas faussé si ces ruptures étaient moins rares, il équilibrerait
l'oreille de nuances; Claire Semet excelle à ce jeu-là,
sachant garder de la douceur dans les excès, une distance essentielle
qui fait que tout à coup on s'approche; et Jessica Pognant a
un passage virtuose où l'on pourrait presque rire.
Mais de la "drôlerie", non.
Un pincement. Un titillement.
Et c'est assez rassurant en fin de compte cette froideur de zoo pour
une histoire de plumard. Qui s'attache moins souffre moins.
Mouche
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