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Bruno
Meillier et son association Toto nAime pas la Soupe organisent
pour la treizième fois le festival des Musiques Innovatrices
: on ne peut quêtre séduit par la programmation
dune telle manifestation animée par le gout de la découverte
et du partage. Cette année encore se succéderont des
musiciens aux profils très différents mais développant
tous un sens aigu de la recherche et du plaisir.
Interview avec Bruno Meillier, musicien, programmateur du festival
et passionné.
Quest-ce que linnovation en matière musicale ?
Cest un titre générique qui ne veut pas dire grand
chose en soi et il a été choisi pour ce justement quil
ne veut pas dire. Cest le refus de se laisser coller une quelconque
étiquette, la volonté daccueillir des musiciens
qui prennent des risques tout en refusant de se laisser enfermer.
Dailleurs la programmation de cette année comme celle
des précédentes éditions est très ouverte,
éclectique
Cest le seul point commun entre tous les gens qui vont venir
jouer dans notre festival : quelle musique peuvent-ils bien jouer
? Pour certains, comme Annette Krebs et Andrea Neumann, même
lappellation de musique improvisée peut être trop
restrictive, ils proposent une nouvelle démarche différente
de la mouvance européenne des années 70 style FMP.
Comment alors se passe le choix de cette programmation : hasard,
rencontres ?
Comme moi aussi je suis musicien et que jappartiens à
cette scène-là, je rencontre lors de mes voyages dautres
musiciens. Je suis dans ce bain-là mais cest aussi un
travail de longue haleine qui remonte à vingt années,
lié à mon parcours personnel. Il ny a aucun arrivisme
là dedans car je ne pratique pas léchange (je
tinvite dans mon festival si tu minvites dans le tien)
et je suis avant tout à lécoute de ces musiques-là
: jachète des disques, jen reçois, je me
tiens au courant et parfois je tombe sur quelque chose quil
me paraît important de faire passer dans ce festival, dans ma
ville dappartenance car je suis stéphanois. Cela me semble
naturel de faire venir des musiciens ici et je suis fier de les faire
découvrir à ce public.
Avec votre histoire bien fournie en tant que musicien, quest-ce
qui a bien pu faire naître ce besoin dorganiser des concerts
?
Faut-il en avoir honte ? Cela a été un coup de hasard,
je nen avais pas la vocation. Et cela ma accroché.
Encore aujourdhui je sens quil y a une histoire à
raconter, une histoire qui nest pas encore terminée,
il y a toujours plein de musiques à faire découvrir.
Le festival des Musiques Innovatrices est incorporé dans
une manifestation plus grande LArt dans la Ville dont le thème
cette année est lexhibition
Cest une manifestation beaucoup plus importante organisée
par la municipalité sur les arts plastiques dans des lieux
très éclatés sur toute la ville. Cest une
belle opération dans laquelle notre type de concerts va bien,
cela va même mieux que dans des lieux pour mélomanes
type Auditorium ou autres. Ces musiques ne souffrent pas dêtre
déplacées dans des situations incongrues comme des friches
industrielles. Je me suis aperçu que nous étions un
peu à contre courant du thème fédérateur
de cette année mais je ne regrette pas un quelconque caractère
de confidentialité des musiques que nous diffusons; je dirais
plutôt quelles sont intimistes. Notre programmation favorise
les petites formules, solos, duos, trios etc
avec peu de participants
bien loin par exemple des big band de free jazz. Et puis dans un sens
travailler avec des petites formations va bien avec notre petit budget
!
A ce propos le pass Toto pour les 15 concerts ne coûte
que 15 euros
Cela aussi cest un effort. La gratuité a même été
envisagée mais cela nest pas une bonne solution car alors
il y a un risque de dévalorisation de ces musiques qui restent
fragiles. Il y a donc un prix mais il est minimum et le pass
est là pour inciter à la découverte. Les subventions
restent limitées mais cela marche grâce au bénévolat
de toute léquipe de Toto nAime pas la Soupe et
grâce aux musiciens qui acceptent de jouer pour des conditions
minimums même si je sais que cela ne pourra pas toujours durer;
il faudra bien un jour grandir.
Pour finir, quelques mots sur la programmation de cette année
?
Nous restons assez tributaires des tournées préexistantes
des musiciens et souvent nous en profitons pour les faire venir comme
par exemple Palinckx que javais envie de voir depuis trois ans.
Il ny a finalement que deux ou trois personnes qui viennent
exprès. De plus cest essentiel quil y ait toujours
des projets locaux, nationaux et internationaux, quil y ait
un équilibre. Il est important aussi de ne pas faire du festival
des Musiques Innovatrices uniquement un festival de musique improvisée
même si celle-ci est très active en ce moment parce que
son public a un peu trop tendance à nécouter que
cela, alors que pour moi lavenir ne passe pas que par la musique
improvisée. Il est intéressant dassister à
la démarche assez particulière de gens comme Bhob Rainey
et Greg Kelley qui ne viennent pas souvent en Europe, avec des sons
de trompette et de saxophone qui ressembleraient plutôt à
des sons de plomberie. Quant à LEnsemble Rayé,
leur univers est très illustratif, jouant sur lanecdotique
dans un esprit dessin animé avec beaucoup de guitare et des
sons très harmoniques, très mélodiques. Viktoria
Frey font des reprises de Kurt Weill relevant là aussi dune
démarche innovante avec lapport dun petit plus
dû à lélectronique. Il y a toute une soirée
sur les musiques électroniques avec Janek Schaefer et Pita
mais aussi Alexandre Pax, un musicien très jeune inconnu au
bataillon dont jai reçu le disque parmi tant dautres
et cela a été le coup de foudre. Je suis content de
le faire figurer dans le programme car jessaie juste par passion
de faire passer aux autres mes chocs musicaux.
Guillaume
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