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2002

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Bruno Meillier
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  JUIN N°72/73  

Bruno Meillier
Musiques Innovatrices

Bruno Meillier et son association Toto n’Aime pas la Soupe organisent pour la treizième fois le festival des Musiques Innovatrices : on ne peut qu’être séduit par la programmation d’une telle manifestation animée par le gout de la découverte et du partage. Cette année encore se succéderont des musiciens aux profils très différents mais développant tous un sens aigu de la recherche et du plaisir.

Interview avec Bruno Meillier, musicien, programmateur du festival et passionné.


Qu’est-ce que l’innovation en matière musicale ?

C’est un titre générique qui ne veut pas dire grand chose en soi et il a été choisi pour ce justement qu’il ne veut pas dire. C’est le refus de se laisser coller une quelconque étiquette, la volonté d’accueillir des musiciens qui prennent des risques tout en refusant de se laisser enfermer.
D’ailleurs la programmation de cette année comme celle des précédentes éditions est très ouverte, éclectique…
C’est le seul point commun entre tous les gens qui vont venir jouer dans notre festival : quelle musique peuvent-ils bien jouer ? Pour certains, comme Annette Krebs et Andrea Neumann, même l’appellation de musique improvisée peut être trop restrictive, ils proposent une nouvelle démarche différente de la mouvance européenne des années 70 style FMP.
Comment alors se passe le choix de cette programmation : hasard, rencontres ?
Comme moi aussi je suis musicien et que j’appartiens à cette scène-là, je rencontre lors de mes voyages d’autres musiciens. Je suis dans ce bain-là mais c’est aussi un travail de longue haleine qui remonte à vingt années, lié à mon parcours personnel. Il n’y a aucun arrivisme là dedans car je ne pratique pas l’échange (je t’invite dans mon festival si tu m’invites dans le tien) et je suis avant tout à l’écoute de ces musiques-là : j’achète des disques, j’en reçois, je me tiens au courant et parfois je tombe sur quelque chose qu’il me paraît important de faire passer dans ce festival, dans ma ville d’appartenance car je suis stéphanois. Cela me semble naturel de faire venir des musiciens ici et je suis fier de les faire découvrir à ce public.
Avec votre histoire bien fournie en tant que musicien, qu’est-ce qui a bien pu faire naître ce besoin d’organiser des concerts ?
Faut-il en avoir honte ? Cela a été un coup de hasard, je n’en avais pas la vocation. Et cela m’a accroché. Encore aujourd’hui je sens qu’il y a une histoire à raconter, une histoire qui n’est pas encore terminée, il y a toujours plein de musiques à faire découvrir.
Le festival des Musiques Innovatrices est incorporé dans une manifestation plus grande L’Art dans la Ville dont le thème cette année est l’exhibition…
C’est une manifestation beaucoup plus importante organisée par la municipalité sur les arts plastiques dans des lieux très éclatés sur toute la ville. C’est une belle opération dans laquelle notre type de concerts va bien, cela va même mieux que dans des lieux pour mélomanes type Auditorium ou autres. Ces musiques ne souffrent pas d’être déplacées dans des situations incongrues comme des friches industrielles. Je me suis aperçu que nous étions un peu à contre courant du thème fédérateur de cette année mais je ne regrette pas un quelconque caractère de confidentialité des musiques que nous diffusons; je dirais plutôt qu’elles sont intimistes. Notre programmation favorise les petites formules, solos, duos, trios etc … avec peu de participants bien loin par exemple des big band de free jazz. Et puis dans un sens travailler avec des petites formations va bien avec notre petit budget !
A ce propos le pass’ Toto pour les 15 concerts ne coûte que 15 euros…
Cela aussi c’est un effort. La gratuité a même été envisagée mais cela n’est pas une bonne solution car alors il y a un risque de dévalorisation de ces musiques qui restent fragiles. Il y a donc un prix mais il est minimum et le pass’ est là pour inciter à la découverte. Les subventions restent limitées mais cela marche grâce au bénévolat de toute l’équipe de Toto n’Aime pas la Soupe et grâce aux musiciens qui acceptent de jouer pour des conditions minimums même si je sais que cela ne pourra pas toujours durer; il faudra bien un jour grandir.
Pour finir, quelques mots sur la programmation de cette année ?
Nous restons assez tributaires des tournées préexistantes des musiciens et souvent nous en profitons pour les faire venir comme par exemple Palinckx que j’avais envie de voir depuis trois ans. Il n’y a finalement que deux ou trois personnes qui viennent exprès. De plus c’est essentiel qu’il y ait toujours des projets locaux, nationaux et internationaux, qu’il y ait un équilibre. Il est important aussi de ne pas faire du festival des Musiques Innovatrices uniquement un festival de musique improvisée même si celle-ci est très active en ce moment parce que son public a un peu trop tendance à n’écouter que cela, alors que pour moi l’avenir ne passe pas que par la musique improvisée. Il est intéressant d’assister à la démarche assez particulière de gens comme Bhob Rainey et Greg Kelley qui ne viennent pas souvent en Europe, avec des sons de trompette et de saxophone qui ressembleraient plutôt à des sons de plomberie. Quant à L’Ensemble Rayé, leur univers est très illustratif, jouant sur l’anecdotique dans un esprit dessin animé avec beaucoup de guitare et des sons très harmoniques, très mélodiques. Viktoria Frey font des reprises de Kurt Weill relevant là aussi d’une démarche innovante avec l’apport d’un petit plus dû à l’électronique. Il y a toute une soirée sur les musiques électroniques avec Janek Schaefer et Pita mais aussi Alexandre Pax, un musicien très jeune inconnu au bataillon dont j’ai reçu le disque parmi tant d’autres et cela a été le coup de foudre. Je suis content de le faire figurer dans le programme car j’essaie juste par passion de faire passer aux autres mes chocs musicaux
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Guillaume