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Le
Ballet de l'Opéra de Lyon présente les INEDITS DE MARS,
avec l'entrée à son répertoire de deux nouvelles
pièces, Un Ballo de Jiri kylian, Astral converted de Trisha Brown
et une création mondiale, Clear Field de John Jasperse. C'est
ici l'occasion de parler danse avec Yorgos Loukos, directeur du Ballet.
Le Ballet de l'Opéra a déjà plusieurs pièces
de Jiri kylian à son répertoire, on pourrait presque dire
qu'il s'agit d'une histoire d'amour avec ce chorégraphe ?
Sans aucun doute. Jiri Kylian est un grand chorégraphe néo-classique.
Grâce à sa formation classique, à sa formation de
musicien, il a redonné (avec William Forsythe) toutes ses lettres
de noblesse à la danse classique. Il allie les danseurs classiques
à une écriture chorégraphique qui brille par sa
fluidité, sa musicalité. J'ai souhaité une autre
de ses pièces parce que dans une compagnie de répertoire,
il faut renouveler le répertoire, le maintenir, l'entretenir,
cela fait travailler les danseurs. Il n'y a pas beaucoup de pièces
qui font améliorer la technique des danseurs tout en étant
agréables à regarder notamment pour notre public qui est
plus amateur d'opéra que de danse. Un Ballo est un ballet abstrait
sur Pavané pour une infante défunte, une magnifique musique
de Maurice Ravel. Il n'y a pas d'histoire, ce sont des couples qui dansent
avec aussi des moments d'ensembles. Comme toujours avec Kilian c'est
intelligent, c'est de la pure broderie. L'écriture chorégraphique
est extrêmement complexe et en même temps, elle a la simplicité
du génie, parce que c'est un chorégraphe très doué
au sens Mozartien du terme, la musique coule et la danse rend la musique
visible. Ce n'est pas un exercice facile pour les danseurs, c'est au
pas de course, ça n'arrête pas, c'est très technique
et très pointu.
La deuxième pièce est de Trisha Brown, une chorégraphe
dont vous avez, pour l'instant un seul ballet au répertoire.
Nous avons effectivement Newark au répertoire du ballet. Trisha
Brown était la chorégraphe la plus difficile à
avoir. Nous avons actuellement trente chorégraphes au répertoire
et cela faisait quinze ans que je lui courrais après. Il y a
trois ans, elle a finalement accepté de nous donner une première
pièce, nous présentons la deuxième en mars, il
y en aura une troisième dans deux ans, puis nous aurons une création.
Nous aurons ainsi les pièces les plus importantes de cette chorégraphe.
Je la voulais absolument car, même si elle n'accepte pas qu'on
le dise, elle a inventé une nouvelle technique la "release
technic" qui est la somme des techniques issues des différentes
méthodes et sur laquelle beaucoup de jeunes chorégraphes
comme William Forsythe, Hervé Robbe, Lionel Hoche s'appuient
pour danser et chorégraphier. C'est pour moi la technique qui
a succédé à celles de Merce Cunnhingam, de José
Limon, de Martha Graham et qui étaient les techniques contemporaines
d'avant.
Quelle est la caractéristique de la "release technic"
?
La gravitation. On laisse tomber les choses, il y a un membre qui arrive
et qui fait partir l'autre, c'est sur le poids du corps que le mouvement
se fait et non à partir du sol comme chez Martha Graham, non
à partir du torse comme chez Limon, non pas encore comme chez
Cunningham où le mouvement est un point dans un espace donné...
C'est tout simplement l'attraction ou la gravitation universelle et
la façon qu'a un membre du corps de faire passer l'énergie
à un autre.
C'est une technique qui est assez proche de la technique contact. Elle
est devenue la méthode, l'école qui a le plus influencé
tous les chorégraphes de ces vingt-cinq dernières années.
Pour moi, il est fondamental que cette technique passe dans une compagnie
comme la nôtre qui a fait du répertoire sa raison d'être.
Astral converted est une pièce abstraite, le mouvement est d'une
telle complexité, d'une telle technicité que c'est un
délire, un plaisir pour les yeux, C'est de la virtuosité
sans l'aspect ringard de la virtuosité classique, là où
elle en fait le plus pour épater. Sa danse est d'une grande virtuosité,
non par la quantité mais par la façon si subtile dont
elle approche le mouvement.
Et donc vous présentez Clear Field, une création mondiale
de John Jasperse, un chorégraphe américain qui n'est pratiquement
pas connu en Europe
John Jasperse est un jeune chorégraphe de trente-huit ans et
il ne ressemble pas aux chorégraphes de sa génération.
Il a été danseur chez Anne Teresa de keersmaeker, en Belgique,
par la suite il a fait une création pour Mikhail Baryshnikov
et j'ai été très impressionné par son approche
de la danse. Il n'y a pas de narration, il y a certes le mouvement qu'il
apporte mais sa danse est aussi faite de clins d'il, avec un côté
ludique, des situations absurdes au sens un peu surréaliste du
terme qui font que l'être humain qui est sur scène n'est
pas seulement un corps qui bouge, mais aussi quelqu'un qui porte sa
personnalité. Il utilise également des objets de la vie
quotidienne ce qui lui permet d'enlever le trop d'abstrait de la danse
contemporaine et cela lui donne forcément un certain côté
théâtral. C'est la première fois qu'on lui demande
une création pour une autre compagnie que la sienne, en Europe.
Martine
Pullara
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