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2002

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FEVRIER N°68
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Noam Chomsky
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DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  AVRIL N°70  

Dominique Lardenois
Bonne chance Encore merci…


Une commande d’écriture à Sophie Lannefranque par Maccoco-Lardenois et cie “Théâtre et faux-semblants”, mise en scène par Dominique Lardenois. Représentations au Centre Léonard de Vinci -Feyzin

Trois compagnies de théâtre lyonnaises se sont données un projet commun : former par l’apprentissage quelques jeunes comédiens au théâtre, en leur offrant différents axes de travail et des collaborations plurielles. Ce compagnonnage se tisse entre la Compagnie des Trois Huit, la Compagnie Françoise Maimone et Macocco-Lardenois et Cie. Douze jeunes acteurs et actrices salariés s’expérimentent, depuis janvier 2001 et pour deux années encore, à côtoyer plusieurs metteurs en scène, plusieurs structures, plusieurs écrits. Dominique Lardenois souhaitait faire vivre à ces jeunes professionnels l’aventure de la création théâtrale. Ils sont l’inspiration et les vecteurs du projet coproduit par le Centre Culturel Léonard de Vinci à Feyzin et Maccoco-Lardenois Cie.
La mise en scène proposée par Dominique Lardenois est une commande d’écriture à Sophie Lannefranque, auteur dont la contribution au théâtre en région Rhône-Alpes est reconnue. Au cœur de la demande faite à Sophie Lannefranque, Lardenois place le problème de la représentation du contemporain au théâtre. Considérant que les mutations de notre époque sont en manque de théâtralisation, il s’interroge sur ce qui fait l’époque, et sur ses potentielles mises en forme. C’est là le questionnement exploré par la plume de Lannefranque. Le spectacle Encore merci sera joué à la fin du mois au Centre Culturel Léonard de Vinci. Pour Lardenois, "Encore merci se veut avant tout un divertissement, une sorte de revue tonique, ludique, décapante, qui mêle les formes,(…) questionne les comportements, interroge les mises en représentation et dresse ainsi le portrait de toute une époque". Le portrait d’une époque qui cherche à se voir…
Dans Encore merci, Sophie Lannefranque fait du jeu télévisé la métaphore des épreuves auxquelles sont constamment confrontés les jeunes dans les domaines professionnels et affectifs, sans compter la compétition, la pression sociale, familiale et autres (en)jeux de société. Le choix de la forme du jeu est judicieux : c’est bien une épreuve que d’être jeune aujourd’hui, au moins une succession d’étapes hautement symboliques.
Le spectacle invite les personnages à subir des épreuves en vue de remporter un prix de citoyenneté. Aux souvenirs de jeunesse entrevus dans "des castings, des examens, des tirages au sort, des files d’attente, des distributions gratuites de casquette sur la plage…" Sophie Lannefranque offre le texte Encore merci comme un "constat".
Pour Lardenois, l’esprit du jeu reflète celui du temps ou révèle ses parfums. "Vous aurez quatre-vingt-dix minutes et sept épreuves pour montrer vos compétences votre dévouement, votre adaptabilité au sein de notre luxuriante mais impitoyable société… Nous suivrons votre marathon jusque dans votre intimité la plus profonde", c’est ainsi que s’ouvre le jeu aux candidats, avec les yeux du "Loft" et le cynisme du Maillon Faible.
Puisque la création interroge le théâtre d’aujourd’hui et sa manière de représenter le contemporain, Lardenois propose, une fois encore, de croiser les disciplines et les supports. Danse et vidéo seront au rendez-vous pour une compétition au sommet : Cinq garçons et sept filles vont concourir pour la palme d’or du citoyen du troisième millénaire, ils seront accueillis dans une arène par une animatrice virtuelle. "Ne soyez pas sympathiques, ne soyez pas formidables, soyez phénoménaux, devenez inoubliables, créez un idéal contemporain. Bonne chance et encore merci". En invitant douze comédiens à prendre part à la création d’un texte qui les concerne, Lardenois provoque une perméabilité œuvrant sans nul doute à une représentation du réel. Derrière le thème de la jeunesse, c’est celui des rites de passage et d’initiation que veut pénétrer le metteur en scène. Pourtant, c’est plutôt une comédie satyrique qui semble émerger de la tragédie des souffrances initiatiques évoquées par Encore merci. Le pari d’Encore merci, c’est aussi celui de l’auto dérision. Sophie Lannefranque a écrit "J’essaie de faire de mes personnages des figures emblématiques vivantes. Pas des héros solitaires maîtres de leur destinée, confortablement installés dans des caractéristiques immobiles, mais des porte-paroles épuisés de doute, en quête d’eux-mêmes, trimballant avec eux le peuple de leurs semblables…"

Gaëlle Assier