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André Julliard

“Je suis né pour faire de la BD”
Une belle page de la BD va se tourner avec la fin des aventures d'Ariane de Troïl, la séduisante héroïne qu'André Juillard a dessinée pendant 20 ans (Sept vies de l'épervier, Plume aux Vents).
Entretien avec un auteur en veine de nouveaux projets.

Que raconte Ni Dieu ni Diable, présenté par Dargaud comme le dernier volume de la série Plume aux Vents ?
L'histoire se passe toujours en Nouvelle France, à Québec. On retrouve le personnage de Germain Blanpin. Il avait été oublié dans les précédents épisodes alors que j'y suis attaché - il constitue pour moi un pilier essentiel. Très vite, on l'accuse de trahison et il est mis en procès. Là-dessus, les Anglais s'emparent de Québec et les aventures de nos héros en Nouvelle France se terminent. Ils connaîtront ensuite un épisode de piraterie dans les Caraïbes. A la fin du livre, on les retrouvera en France, dans les ruines du manoir des Troïl. Cette issue fait figure de retour aux sources.
Vous avez dessiné Ariane de Troïl pendant 20 ans. Quelle impression cela fait-il de quitter cet univers ?
Je n'éprouve pas de sentiment particulier à ce propos. En fait, quand un album est bouclé et qu'il sort en librairie, je n'y pense plus tellement. Je m'intéresse surtout au boulot qui va suivre. Actuellement, je suis occupé par un autre projet : la suite des aventures de Black & Mortimer. J'en suis au stade de réunir la documentation, je n'ai pas encore fait un seul dessin. Ça se passera en Inde, au moment de la jeunesse de Mortimer, puis à Bruxelles, dans les années 50, dans le cadre de l'Exposition Universelle. Un deuxième album va suivre. L'histoire se déroulera cette fois en Antarctique.
Votre actualité, c'est aussi la sortie d'un nouvel épisode du Triangle secret, pour lequel Glénat enregistre 60 000 ventes à chaque tome. En 1996, vous aviez pourtant déclaré que vos relations avec cet éditeur s'étaient distendues. Pourquoi, alors, cette contribution ?
Le scénariste qui a mis en œuvre cette affaire, Didier Convard, est un vieux copain. Nous avons fait nos débuts ensemble. Il m'a demandé de réaliser la couverture de chaque album - je viens de terminer la sixième - et de produire une dizaine de planches pour le tome 5. Je l'ai fait volontiers, pour lui. C'est avant tout une histoire d'amitié.
Votre trait s'est plutôt épuré au fil du temps, tout en faisant preuve d'une grande régularité. Avez-vous changé ou adapté votre technique ?
Je crois qu'il s'agit en fait d'une lente évolution. Je ne l'ai jamais analysée, simplement j'ai toujours cherché à atteindre une certaine pureté du trait, pour tendre vers la ligne claire.
Une fois leur réputation assise, plusieurs dessinateurs (Bilal, de Crécy, Moebius, Tronchet...) ont essayé, avec un bonheur inégal, le cinéma ou le film d'animation. N'avez-vous jamais été tenté par un autre registre que la BD et l'illustration ?
J'ai parfois pensé à la sculpture, ou plutôt au modelage - j'aime bien tripoter la terre ! La peinture ne m'intéresse pas trop : il me faudrait consacrer beaucoup de temps pour acquérir la technique et la vie que je mène ne m'en laisse pas le loisir. J'aime dessiner et je n'ai pas l'intention de lâcher la bande dessinée pour autre chose. J'ai le sentiment d'être né pour cela et de plus, j'ai la chance de pouvoir en vivre. J'aime le monde de la BD. C'est un métier assez libre, sans "chefaillon" pour nous enquiquiner l'existence...
Cela dit, je fais beaucoup d'aquarelles. Des aquarelles de voyage, dont certaines, issues d'un voyage aux Etats-Unis en juin 2001, paraîtront dans le numéro de novembre de Géo, aux côtés de travaux d'une dizaine d'autres dessinateurs. Et puis il y a aussi ce vieux projet que j'avais à cœur, de réaliser une série d'aquarelles sur Paris. Elles vont faire l'objet d'une exposition, le 15 novembre, à la galerie Christian Desbois, tout près de la Tour Eiffel. Elles seront réunies dans un livre, 36 vues de la Tour Eiffel, publié par la même maison.


Plume aux Vents, tome IV : Ni Dieu ni Diable de Cothias.Juillard, éd. Dargaud.

Laurent Poillot