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Les
experts sont unanimes : ce fut vraiment un été pourri
! Et peut-être encore plus pourri qu'il n'y paraît. Chacun
verra sans doute dans ce déluge post électoral un énième
sale coup d'El Niño, le sauvageon de l'extrême que les
forces de l'ordre tardent manifestement à interpeller
Qui a dit que la France était pourtant le pays le plus policé
d'Europe en pourcentage par habitant ? Sûrement personne au
printemps dernier si ce n'est Le Canard Enchaîné. Et
avec la réouverture anticipée de la chasse au faciès,
il semble que ce soit bien parti pour ne pas s'arranger. Qu'importe
finalement le taux exponentiel de surpopulation dans les prisons,
les "djeuns" ont aujourd'hui intérêt à
se tenir à carreau s'ils ne veulent pas finir derrière
les barreaux. C'est d'une logique quasi californienne et ça
pourrait sentir Le grand enfermement. Ainsi les gardiens bleu marine
du temple ont-ils reçu quelques directives estivales de la
plus haute importance : traquer pêle-mêle les voleurs
de bicyclette, les fumeurs de gazon, les adeptes de l'école
buissonnière (les fans des 400 coups apprécieront) sans
oublier les "woodstockers" des temps modernes
puisqu'en
dehors des JMJ, les raves sont désormais interdites. Quant
aux rêves, cela ne devrait plus tarder, le ministre de Neuilly
s'y emploie de l'intérieur. Alors mine de rien, cela fait du
monde en bas à remettre dans le droit chemin du civisme à
toute épreuve prêché en haut (selon une certaine
idée de la morale), et dont (toujours en haut) on semble naturellement
absous considérant la quantité de langue de bois au
km2 d'audience. Jeu dangereux s'il en est mais à chacun ses
priorités en matière de droit chemin pour brebis égarées.
Pendant ce temps-là, de l'autre côté de l'Atlantique
On assiste également à une sorte de croisade façon
tolérance zéro (et vice versa) mais à plus grande
échelle. Il s'agit en effet de rappeler à l'ordre (de
l'Oncle Sam) une bonne partie de la planète et en particulier
certains pays catalogués selon un axe du mal (Iran, Irak, Soudan,
Corée du nord
). God bless America qui se devra de punir
(c'est le mot employé) ces forces maléfiques et donc
forcément égarées. Du côté des ennemis
jurés d'Al Quaïda, on s'y connaît aussi en termes
bibliques puisque les Etats-Unis sont assimilés au grand Satan
himself. Les deux camps rivalisant ainsi en argumentation de type
médiéval, le troisième millénaire devrait
vraisemblablement accoucher de nouvelles guerres de religion, mais
en version cataclysme mondial, cad sans les arcs ni les flèches,
ni même l'huile bouillante
On pourrait se demander comment,
schématiquement bien sûr, on en est arrivé là
?
Il y a un an - le onze septembre (11.9) : non sans humour, certains
new-yorkais disent nine eleven, ce qui correspond aussi au numéro
d'appel d'urgence de leur police
- les tours du centre du commerce
mondial étaient anéanties par un lancé d'avions
kamikazes a priori affrétés par une organisation terroriste
n'appréciant que moyennement le stationnement des troupes américaines
sur la terre des lieux sains de l'Islam (Arabie Saoudite). Quelques
dix années auparavant (hiver 90/91), ces mêmes troupes
avaient été envoyées sur place pour protéger
le pays (et plus sûrement son pétrole) d'une prétendue
invasion imminente de l'armée irakienne (fausses photos satellite
à l'appui) faisant suite à celle du Koweït. Après
l'épisode tempête du désert (encore El Niño
?), on sait ce qu'il advint des forces armées de Saddam Hussein,
lors d'un conflit rarement aussi médiatisé (revoir les
"illuminations de Bagdad") et consacrant une nouvelle ère
: celle de la désinformation de masse. Bizarrement ou presque,
le régime de Bagdad fut épargné par la bourrasque,
laissant ensuite libre cours à son jeu de massacre des populations
Kurdes et Chiites. Un embargo frappa l'Irak, un embargo (à
gogo) dont souffrent toujours actuellement les civils, et surtout
eux.
Ce qui nous ramène lamentablement au présent et à
l'axe du mal.
L'Irak est aujourd'hui à nouveau montré du doigt (du
poing !) par Bush junior, un Texan amateur de bretzels visiblement
impatient de finir le travail de son père, mais surtout désireux
de venger les morts de New York en offrant à son peuple la
tête de présumés coupables (qu'ils le soient de
près ou de loin, n'a en définitive que peu d'importance
).
Dans la quasi-totalité des médias américains,
on parle en l'espèce d'union sacrée derrière
le président qui bat tous les records en terme de popularité.
Sans s'épancher sur le côté symbolique de la chose,
on objectera pourtant que le grand méchant Saddam n'a sans
doute rien à voir avec les attentats du 11 septembre. Dictatorial
et largement anti Américain (et pour causes), l'Irak du parti
Baas n'en est pas moins un état laïc, par définition
difficilement assimilable à une base arrière et/ou un
suppôt du terrorisme "islamiste" international. Contrairement
à l'Arabie Saoudite ou au Pakistan
etc. sauf que junior
ne saurait déclarer la guerre à ses propres alliés
ni larguer des bombes sur les locaux de la C.I.A. qui fournissait
en armes et en logistique les fantassins d'Al Quaïda à
l'époque (bénite) de la guerre froide, quand l'U.R.S.S.
tentait de mettre au pas l'Afghanistan. Bénite car il était
plus facile d'identifier l'ennemi qui actuellement, se confond avec
une seule personne (Ben Laden) qui de surcroît, court toujours
De là l'intérêt pour Bush d'en appeler à
une certaine idée de la morale sous l'égide de quelques
puissances divines, pour définir aux yeux des opinions publiques
(surtout occidentales) les responsables désignés de
l'insécurité mondiale, l'axe du mal qu'il faudra éradiquer.
Finalement, on ne change pas un processus de réflexion ( ?)
qui a toujours fait ses preuves de par le passé. Il semble
néanmoins que la tension internationale - portée à
son paroxysme dans la zone du Moyen Orient, que les Etats-Unis cherchent
évidemment à contrôler militairement parlant et
ce, depuis 1945 - relève surtout de problèmes inhérents
à la stratégie, l'économie et la géopolitique;
autrement dit à l'état des rapports de forces dans la
région et non à l'idée que l'on se fait de la
morale, qui dans ce cadre-là, n'a tout simplement pas cours
Un an donc après un certain 11 septembre, l'espace laissé
béant par les jumelles à la pointe de Manhattan est
appelé Ground Zero et franchement la référence
a un goût plutôt amer. Il y a 47 ans en effet (triste
anniversaire commémoré en août dernier), l'hypocentre
de Nagasaki (cad le point d'impact de la bombe atomique larguée
par un B-52) avait lui aussi été baptisé Ground
Zero par l'armée américaine
bizarrerie de l'histoire
et/ou mauvais esprit puisque le recours à la bombe H faisait
également suite à un lancé d'avion kamikazes
(les zéros japonais sur les bâtiments de l'US Navy).
Ainsi, les va-t-en guerre et les fous de dieu (de quel côté
qu'ils soient) semblent aujourd'hui prêts à en découdre
au nom de la Morale (et c'est souvent la bible qui est prise en otage,
selon la lecture que l'on en fait) et au prix de la prolifération
de Ground Zero(s) all over la planète. El Niño n'aura
plus qu'à bien se tenir. On ose simplement espérer qu'il
restera toujours quelques illuminés pour aller danser dans
les décombres de nos belles civilisations. Il sera alors difficile
de leur interdire de "raver" en paix
C'était
peut-être le sens caché et prémonitoire de cette
chanson du groupe (américain) Fishbone : Party at Ground Zero.
Laurent
Zine
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