ARCHIVES
2002

JANVIER N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
Noam Chomsky

FEVRIER N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
Richard Brunel
Sylvie Lindeperg

MARS N°69
Arno
The Strokes
Femi Kuti
Goran Bregovic
Dominique A
Michel Del Castillo
Compagnie Käfig
Yorgos Loukos
Les Trois-huit
Philippe Mangenot
Noam Chomsky
Olivier Cadiot

AVRIL N°70
Patrick Eudeline
Charlie Haden & Dave Holland
Dominique Lardenois

MAI N°71
Tarmac
High Tone
Le Tigre
Christian Bourigault
The Jon Spencer
Blues Explosion

JUIN N°72/73
Bruno Meillier
Sonic Youth
Le Peuple de l'Herbe
Lo'Jo
Lionel Hoche
Jo Lansley & Helen Bendon

SEPTEMBRE N°74
Pierre Astier
Guy Darmet
Party A Ground Zero
Sayag Jazz Machine

OCTOBRE N°75
Alexandre Varlet
Red
Little Bob
André Julliard
Will Self

NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  DECEMBRE N°77  


Laurent Mulot©

 

CNAC
De l'enseignement artistique
comme d'un processus creatif

Visite au Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, avant son changement de directeur (sinon de direction ?) à partir de janvier 2003.

Un exemple, pour ne pas dire l'exemplarité d'une institution, qui depuis sa création en 1985 sous le règne et la décision de Jack Lang, mais plus exactement à partir de l'arrivée de son actuel directeur Bernard Turin, semble avoir non seulement rempli la mission de formation qui lui était confiée mais aussi participé activement à l'évolution sinon à la métamorphose d'une expression artistique en complète transformation.
En effet, que de chemin parcouru depuis les Freaks de Tod Browning , et autres Barnums mélangeant animaux exotiques, monstres divers, misères humaines, performances extraordinaires, spectacles grandiloquents et risques souvent tragiques. C'est plus près de nous qu'il faut trouver les références fondatrices de ce qu'il est coutume maintenant d'appeler le nouveau cirque.
Dans les années 70, repérées pour être le creuset d'un certain nombre de révolutions notamment artistiques apparaît un cirque d'une nouvelle forme, mêlant jeux d'acteur, danse, rock'n'roll et disciplines circassienne.
Pour les quelques ancêtres qui ont pu voir à cette époque des représentations du cirque Bidon (qui participera plus tard à la création du cirque Archaos), il ne faisait pas de doute que les numéros de dressages de poules, de coqs funambules, jetaient sur le cirque un regard pour le moins ironique et novateur.
Une approche qui n'a pas échappé à Bernard Turin, qui, sculpteur de son état n'en était pas moins amateur éclairé de trapèze volant. Une passion qui lui permet d'ouvrir une école de cirque à Rosny-Sous-Bois dont la réputation dépassera vite les frontières et convaincra quelques années plus tard le ministère de la culture de lui demander de prendre la direction du Centre National des Arts du Cirque. Un projet qu'il oriente dès le départ vers un croisement de disciplines, de métissages artistiques, ayant pour ambition de créer un véritable centre de recherche où les étudiants vont côtoyer, et expérimenter les arts "frères" que sont la danse, le théâtre, la musique en réinjectant à la tradition les apports les plus contemporains menés dans ces domaines.
Fini la ménagerie et autre M. Loyal pour faire place au "metteur en piste" qui se saisit du potentiel spectaculaire du cirque pour donner à voir une expression enrichie par des créateurs de tout bord.
Douze ans plus tard, le cirque stable de Châlons-en-Champagne fourmille d'une activité qui donne envie de retourner à l'école. Car ici on jongle autant avec des quilles qu'avec du texte d'auteur, de la musique live ou électronique, de la chorégraphie ou des images d'artistes. On entend parler québécois, brésilien, allemand, mongole, tant le CNAC a su entreprendre des partenariats avec des écoles du monde entier où il est devenu maintenant une référence.
Une réussite évidente qui ne doit pas évidemment masquer les difficultés rencontrées dans la profession même qui considère parfois cette institution subventionnée essentiellement par le ministère de la culture et la région Champagne-Ardenne comme une concurrence déloyale... De fait son spectacle de sortie assuré par la promotion d'étudiant sortant, au terme d'une collaboration de plus de 4 mois avec un artiste associé (le dernier en date fut Découfflé), bénéficie d'un accueil privilégié de la Halle de la Vilette à Paris, de la ville de Reims et du festival d'Avignon. Il est de plus ensuite tourné au moins pendant un an à travers le monde, tant le label CNAC vaut gage de qualité...
C'est justement ici une opportunité solide et concrète pour les étudiants de rentrer dans la vie professionnelle par la grande porte. Une politique d'insertion sur le marché du travail que défend avec vigueur Alain Laeron, directeur des formations, pour qui la fréquentation de l'école par des artistes contemporains résolument inscrits dans des pratiques actuelles est une condition indispensable au développement des compétences de l'étudiant et par là même au devenir des arts du cirque. C'est en rendant les étudiants perméables aux autres formes d'art que le cirque continuera son inscription dans la recherche contemporaine, évitera la fossilisation et l'enfermement : "Par ce métissage, les arts du cirque ont ouvert de nouvelles voies de création dont la formation supérieure s'imprègne et qu'elle secrète également. Nous considérons qu'un art qui n'évolue pas ou qui se fige sur ses constituants fondamentaux risque la sclérose et le confinement dans l'imitation." Une assertion écrite dans le guide de l'étudiant du CNAC qui n'est pas contredite par les étudiants présents au centre. Qui outre leurs origines culturelles très diverses montrent à quel point le travail de la voix, l'acrobatie aérienne, la pratique de la vidéo, l'équilibre, la problématique chorégraphique et j'en passe peuvent dynamiser une expression que l'on a parfois du mal à nommer et certainement à catégoriser (ce qui est le signe indubitable d'une création en marche).
Si vous en doutez, rendez-vous pour le prochain spectacle mis en piste par le metteur en scène Christophe Lidon à la Vilette du 22 janvier au 16 février ou plus tard en juin à Brescia (Italie) dans lequel vous pourrez voir, entendre, et sentir la 14ème promotion du CNAC vous murmurer l'amour de l'art dans une langue russe de balançoire, allemande de roue, coréenne de chaise et chinoise de mât, en somme le corps et la tête retrouvés...
L'art contemporain devrait aller plus souvent au cirque, en son temps Calder y avait magistralement pensé, Buren s'y est essayé récemment, avec il est vrai une présence considérée par beaucoup comme décorative et loin de l'échange créatif dont il est question ici, Who's next...

Laurent Mulot