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Comme
une danse résolument tournée vers la vie, une danse en
hymne à cette volonté d'exister et de le dire, Dix versions,
de la compagnie Käfig est certainement un des spectacles de cette
saison qui marque par l'intelligence de sa construction, l'extraordinaire
énergie des danseurs et qui impose Mourad Merzouki comme un des
chorégraphes les plus doués de sa génération
!
Bien sûr, on pourrait dire que Dix versions est parfois un peu
trop esthétisant, qu'il n'explore pas assez la puissance des
danseurs, que sa mise en scène est encore trop frontale mais
on a du mal, beaucoup de mal à échapper au plaisir tout
court comme on en voit peu actuellement sur scène, au plaisir
d'une alchimie parfaitement maîtrisée par le chorégraphe
entre la vidéo, la musique, les objets, la chorégraphie
et surtout le rythme et l'énergie. Le spectacle va vite, porté
sans cesse par la vitalité et la qualité des danseurs,
les arrêts, les reprises d'énergie. Tout est question de
jeu dans ce spectacle, les corps et les objets s'y amusent en permanence.
Construit sur dix tableaux, il nous ballade d'émotions en atmosphères
diverses au cur d'une danse fine et subtile. Des toiles suspendues
jouent sur la hauteur des danseurs, les corps des danseurs ondulent,
pleins de sensualité, pour nous emmener avec une grande intensité
dans des pays arabes. Les corps jouent avec un cube, un rectangle, un
cercle, images simplistes en elles-mêmes mais détournées
de leur sens premier par l'inventivité de la danse. Car cette
danse n'est pas dans le rituel de la confrontation propre au hip-hop,
elle est partout. Elle surgit des objets, roule avec, disparaît
derrière jusqu'à se dresser très haut sur les bords
d'un cube pour mieux rebondir sur scène et créer de nouveaux
espaces chorégraphiques. Travail au ralenti sur le sol, cassures
avec des sauts, lancés de grands tissus eux-mêmes en mouvements
qui projettent les corps de manière violente, de manière
saccadée, de manière lente... et puis ce gros danseur
noir américain qui débarque comme pour nous dire "ça
n'est pas fini" et nous emmène avec beaucoup d'humour dans
une énergie hip-hop mais aussi très jazzy. Son corps divague
sur le choc des rythmes avec autour de lui des danseurs qui se provoquent
sur le mode du défi léger et aérien. Le spectacle
est construit sur un savant mélange de trios, de duos, d'ensembles
dont émergent aussi des soli avec par exemple, ce danseur au
corps suspendu, désarticulé, transformé l'espace
d'un instant en un serpent sur une musique envoûtante. Et quelles
que soient les composantes chorégraphiques, la musique magnifique
de Franck II Louise nous prend, sans jamais nous lâcher, entre
des rythmes et des sons hip-hop, jazzy, planants, électriques,
arabisants mais surtout surprenants et jubilatoires. Par moments, la
vidéo nous projette sur grand écran tous ces mots de la
danse : volume, corps, mouvement, musique, vitesse, impression, objet...
Une voix nous fait entendre ces phrases, "que fait-on dans cet
univers ? pourrait-on vivre à part ? on part, on cherche, c'est
juste une diversion...". Des phrases illustrant à merveille
ces duos, ces trios, ces quatuors qui s'étirent à partir
du sol puis se rétractent et s'étirent à nouveau,
comme si justement ils cherchaient leur place au sol, dans la danse,
dans la vie !
Martine
Pullara
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