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De Bathroom singer je me souviens, c'était l'époque
où Arno fut connu, reconnu, enfin il était temps, depuis
que nos oreilles (belges) n'avaient d'ouïes que pour Jacques
Brel, à croire que ce pays avait tout donné, senteurs
de vents et de mers salées, le plat pays, Ostende, Bruxelles,
Adamo et ses quelques chansons adulées dont une reprise par
Arno, "Tsoin, tsoin étaient belles les filles du bord
de mer
". Chanson à chalouper les filles.
Alors Arno chanteur belge, mais pas que ?
Rock, chanson, blues sont passés par lui, juste retour des
choses depuis TC Matic qu'il carbure sur scène, et là
ce n'est pas peu dire. "Maintenant que l'album est fini, je veux
faire de la scène, très vite, je commence dans deux
semaines. C'est un réel besoin. Je vais chanter des chansons
d'Arno à la française parce que je chante pour le public
avant tout et qu'il attend certaines de ces chansons." Quand
on lui parle du disque d'Arno à la française et de son
succès, Arno hésite "disque charnière, peut-être,
je ne sais pas."
Toujours une ambiance très rock "mais ce sont mes racines,
tout vient du blues, même le rap c'est talking blues. J'écoute
même Slipknot, je trouve ça comique et puis c'est bien."
Qui a vu un concert d'Arno se souvient de l'énergie du bonhomme
sur scène, ça dégage furieux, sueur, chaleur,
trébuchement des mots pour annoncer la nouvelle chanson à
suivre dans le concert. Enfin, Putain, putain, c'est vachement bien
Européen dans l'âme "je vis au centre de l'Europe,
à Bruxelles, c'est une ville où tu es confronté
à l'Europe. Sans l'Europe, il n'y a pas de Bruxelles, pas de
marché commun, je vis avec trois langues dans cette ville donc
mon inspiration vient delle, je ne suis pas un Américain.
Il y a certaines chansons que je chante en français, mais quand
je chante Mother's little helper, je ne peux le faire qu'en anglais.
Mon inspiration vient des gens qui sont autour de moi et des situations
que je vis."
Arno et un nouvel album, depuis le temps, on l'avait presque un peu
perdu, presque chanteur, trop, plus assez trempé dans le rock
et le blues, deux albums et un best of pour attendre. "Pendant
ce temps j'ai fait beaucoup de concerts, et quand je ne fais rien
je me repose, et c'est pendant les tournées que je me repose,
je dors beaucoup, tu sais les concerts c'est seulement une heure et
demi" et puis là Arno Charles Ernest débarque.
"J'ai écrit 25 chansons en deux ans, c'est pas beaucoup,
(Arno rigole) mais avec cet album j'ai beaucoup pensé pour
une fois. Normalement quand je rentrais en studio j'avais une maquette
et je faisais tout le reste sur place. Pour les textes, j'écris
d'une façon impulsive, donc ça ce passe très
vite, mais pour la musique c'est autre chose, il me faut beaucoup
plus de temps. Quand je suis arrivé au studio pour l'enregistrement
final, j'avais déjà tout dans la tête, j'avais
fait beaucoup de maquettes dans un grand studio mais pour l'enregistrement
j'ai préféré enregistrer dans un studio où
je répète, un petit endroit à Bruxelles. Ça
faisait des années que je recherchais ce son". Sur le
coup débarque Pete Briquette, un producteur à l'oreille
talentueuse, entre autres choses il a bossé sur les meilleurs
albums de Tricky, une rencontre due au hasard dans un restaurant londonien.
Lisse et rugueux en même temps, du Arno pur jus comme on l'aime
depuis des années. On pourrait décortiquer l'album,
chanson après chanson, il est question des femmes, "je
suis confronté aux femmes en permanence", et puis arrive
la troisième chanson, une vraie nouvelle rencontre, 1966, Richard/Jagger
pour un Mother's little helper, et comme à chaque fois qu'Arno
plonge ses tripes dans les affres de la reprise, chose pas facile,
il rebondit, vole de ses propres ailes, remporte toute notre approbation.
Juste quelques notes au clavier et la voix, puis les instruments viennent
progressivement appuyant comme par magie cette fameuse chanson. "Pour
Mother's little helper des Rolling Stones, c'est une chanson que je
connais depuis très, très, très, très
longtemps. Un jour j'écoutais encore cet album et je suis tombé
sur le texte où c'est Mick Jagger qui parle. C'est dans les
années 60 au début où les ménages ont
eu des réfrigérateurs, des machines à laver,
des surgelés et les femmes ont eu le temps pour penser et quand
on pense on peut flipper. Mother's little helper c'est une pilule
comme le prosac et je me suis dit que c'était une chanson dont
le texte pouvait encore coller à la réalité d'aujourd'hui.
C'est une preuve que Mick Jagger c'est un visionnaire, cette chanson
date de 1966." Alors on est à même de lui poser
la question un peu bateau, Arno plutôt Rolling Stones ou plutôt
Beatles. "Dans le temps j'étais plutôt Kings."
Pas d'indélicatesse, le bonhomme a l'expérience, la
sensibilité des vrais bluesmen, ceux qui ont connu la mouise
et le sens du chant. Plus loin dans l'album on découvre un
duo, et ce n'est pas la première fois qu'il exerce ce genre
de chose, reprendre Gainsbourg avec Jane Birkin dans Elisa. "Je
n'ai pas de disque de Gainsbourg chez moi, un jour j'étais
chez mon frère et on écoute Elisa, comme il y a quelques
années j'avais chanté avec Jane à la télévision,
c'était pour Taratata. Mon frère avait enregistré
l'émission et c'est en la revoyant que j'ai eu envie de l'enregistrer
dans ce disque. J'ai refait tout de suite les arrangements musicaux
et puis j'ai téléphoné à Jane et elle
est venue à Bruxelles pour la chanter."
Sur scène toujours les mêmes musiciens qui accompagnent
Arno. "Tous mes musiciens peuvent exprimer leur personnalité
sur scène, c'est peut-être une des raisons pour laquelle
ils restent avec moi, et puis je les paye bien (rire)."
Quinze chansons pour un tour musical de la planète Arno entre
James Brown, John Lee Hooker et la langue française, une belle
vision en forme de carte postale new-yorkaise avec Not in love, une
ballade qui prend une sacrée allure, appuyée par une
guitare qui égratigne la mélodie, la porte. Amor qui
carbure aux sons des guitares, un rien décalé, tendance
dissonante, les instruments naviguent entre délicatesse pour
reprendre du nerf rapidement, Ma Femme on reconnaît la patte
du chanteur, les mots, l'anglais et le français dans une même
chanson et une musique pleine d'énergie; on aura jusque quelque
doute sur la chanson Pas heureux ni malheureux à l'orchestration
un rien pénible, mais l'artiste a ses faiblesses quelques fois
et puisque le disque finit sur Solo gigolo, une ode en forme de marche
funèbre et tout un "bazar" à la Arno, on lui
pardonne.
Finalement, Arno n'a pas fini de nous séduire, avec sa voix
inimitable, son amour de la scène, cette façon unique
de prendre le public pour l'embarquer dans ses multiples frontières,
un cur gros comme ça et un son gros comme ça.
Bruno
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