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2002

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MARS N°69
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Les Trois-huit
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Noam Chomsky
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JUIN N°72/73
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SEPTEMBRE N°74
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NOVEMBRE N°76
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The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
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CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  MARS N°69  



 

Arno

Le mieux pour parler du dernier disque d'Arno, c'était d'aller en causer un brin avec lui, et ça tombait bien puisqu'il était à Paris le 15 février. Essayer de sentir ses choix, de laisser les mots s'installer pour tenter un brin d'explications, s'il est nécessaire d'expliquer. “Je ne veux pas délivrer de message, je constate simplement, ça je le laisse aux autres”

De Bathroom singer je me souviens, c'était l'époque où Arno fut connu, reconnu, enfin il était temps, depuis que nos oreilles (belges) n'avaient d'ouïes que pour Jacques Brel, à croire que ce pays avait tout donné, senteurs de vents et de mers salées, le plat pays, Ostende, Bruxelles, Adamo et ses quelques chansons adulées dont une reprise par Arno, "Tsoin, tsoin étaient belles les filles du bord de mer…". Chanson à chalouper les filles.
Alors Arno chanteur belge, mais pas que ?
Rock, chanson, blues sont passés par lui, juste retour des choses depuis TC Matic qu'il carbure sur scène, et là ce n'est pas peu dire. "Maintenant que l'album est fini, je veux faire de la scène, très vite, je commence dans deux semaines. C'est un réel besoin. Je vais chanter des chansons d'Arno à la française parce que je chante pour le public avant tout et qu'il attend certaines de ces chansons." Quand on lui parle du disque d'Arno à la française et de son succès, Arno hésite "disque charnière, peut-être, je ne sais pas."
Toujours une ambiance très rock "mais ce sont mes racines, tout vient du blues, même le rap c'est talking blues. J'écoute même Slipknot, je trouve ça comique et puis c'est bien."
Qui a vu un concert d'Arno se souvient de l'énergie du bonhomme sur scène, ça dégage furieux, sueur, chaleur, trébuchement des mots pour annoncer la nouvelle chanson à suivre dans le concert. Enfin, Putain, putain, c'est vachement bien… Européen dans l'âme "je vis au centre de l'Europe, à Bruxelles, c'est une ville où tu es confronté à l'Europe. Sans l'Europe, il n'y a pas de Bruxelles, pas de marché commun, je vis avec trois langues dans cette ville donc mon inspiration vient d’elle, je ne suis pas un Américain. Il y a certaines chansons que je chante en français, mais quand je chante Mother's little helper, je ne peux le faire qu'en anglais. Mon inspiration vient des gens qui sont autour de moi et des situations que je vis."
Arno et un nouvel album, depuis le temps, on l'avait presque un peu perdu, presque chanteur, trop, plus assez trempé dans le rock et le blues, deux albums et un best of pour attendre. "Pendant ce temps j'ai fait beaucoup de concerts, et quand je ne fais rien je me repose, et c'est pendant les tournées que je me repose, je dors beaucoup, tu sais les concerts c'est seulement une heure et demi" et puis là Arno Charles Ernest débarque. "J'ai écrit 25 chansons en deux ans, c'est pas beaucoup, (Arno rigole) mais avec cet album j'ai beaucoup pensé pour une fois. Normalement quand je rentrais en studio j'avais une maquette et je faisais tout le reste sur place. Pour les textes, j'écris d'une façon impulsive, donc ça ce passe très vite, mais pour la musique c'est autre chose, il me faut beaucoup plus de temps. Quand je suis arrivé au studio pour l'enregistrement final, j'avais déjà tout dans la tête, j'avais fait beaucoup de maquettes dans un grand studio mais pour l'enregistrement j'ai préféré enregistrer dans un studio où je répète, un petit endroit à Bruxelles. Ça faisait des années que je recherchais ce son". Sur le coup débarque Pete Briquette, un producteur à l'oreille talentueuse, entre autres choses il a bossé sur les meilleurs albums de Tricky, une rencontre due au hasard dans un restaurant londonien.
Lisse et rugueux en même temps, du Arno pur jus comme on l'aime depuis des années. On pourrait décortiquer l'album, chanson après chanson, il est question des femmes, "je suis confronté aux femmes en permanence", et puis arrive la troisième chanson, une vraie nouvelle rencontre, 1966, Richard/Jagger pour un Mother's little helper, et comme à chaque fois qu'Arno plonge ses tripes dans les affres de la reprise, chose pas facile, il rebondit, vole de ses propres ailes, remporte toute notre approbation. Juste quelques notes au clavier et la voix, puis les instruments viennent progressivement appuyant comme par magie cette fameuse chanson. "Pour Mother's little helper des Rolling Stones, c'est une chanson que je connais depuis très, très, très, très longtemps. Un jour j'écoutais encore cet album et je suis tombé sur le texte où c'est Mick Jagger qui parle. C'est dans les années 60 au début où les ménages ont eu des réfrigérateurs, des machines à laver, des surgelés et les femmes ont eu le temps pour penser et quand on pense on peut flipper. Mother's little helper c'est une pilule comme le prosac et je me suis dit que c'était une chanson dont le texte pouvait encore coller à la réalité d'aujourd'hui. C'est une preuve que Mick Jagger c'est un visionnaire, cette chanson date de 1966." Alors on est à même de lui poser la question un peu bateau, Arno plutôt Rolling Stones ou plutôt Beatles. "Dans le temps j'étais plutôt Kings."
Pas d'indélicatesse, le bonhomme a l'expérience, la sensibilité des vrais bluesmen, ceux qui ont connu la mouise et le sens du chant. Plus loin dans l'album on découvre un duo, et ce n'est pas la première fois qu'il exerce ce genre de chose, reprendre Gainsbourg avec Jane Birkin dans Elisa. "Je n'ai pas de disque de Gainsbourg chez moi, un jour j'étais chez mon frère et on écoute Elisa, comme il y a quelques années j'avais chanté avec Jane à la télévision, c'était pour Taratata. Mon frère avait enregistré l'émission et c'est en la revoyant que j'ai eu envie de l'enregistrer dans ce disque. J'ai refait tout de suite les arrangements musicaux et puis j'ai téléphoné à Jane et elle est venue à Bruxelles pour la chanter."
Sur scène toujours les mêmes musiciens qui accompagnent Arno. "Tous mes musiciens peuvent exprimer leur personnalité sur scène, c'est peut-être une des raisons pour laquelle ils restent avec moi, et puis je les paye bien (rire)."
Quinze chansons pour un tour musical de la planète Arno entre James Brown, John Lee Hooker et la langue française, une belle vision en forme de carte postale new-yorkaise avec Not in love, une ballade qui prend une sacrée allure, appuyée par une guitare qui égratigne la mélodie, la porte. Amor qui carbure aux sons des guitares, un rien décalé, tendance dissonante, les instruments naviguent entre délicatesse pour reprendre du nerf rapidement, Ma Femme on reconnaît la patte du chanteur, les mots, l'anglais et le français dans une même chanson et une musique pleine d'énergie; on aura jusque quelque doute sur la chanson Pas heureux ni malheureux à l'orchestration un rien pénible, mais l'artiste a ses faiblesses quelques fois et puisque le disque finit sur Solo gigolo, une ode en forme de marche funèbre et tout un "bazar" à la Arno, on lui pardonne.
Finalement, Arno n'a pas fini de nous séduire, avec sa voix inimitable, son amour de la scène, cette façon unique de prendre le public pour l'embarquer dans ses multiples frontières, un cœur gros comme ça et un son gros comme ça.

Bruno Pin