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Avec
Allegoria stanza, Abou Lagraa nous emmène entre le ciel et
la mer du Maroc, au sein d'une danse pleine d'émotions qui
marque le bonheur d'une rencontre entre le hip-hop et le contemporain...
Les spectacles de ce chorégraphe sont toujours teintés
d'une recherche inhabituelle et jamais vue auparavant, que le ciel
fasse qu'il en soit de même pour cette nouvelle pièce
et pour notre plaisir !
Allegoria stanza est un beau titre qui porte déjà
la danse en lui-même, a-t-il une signification particulière
?
En fait "stanza" vient de stance qui signifie un groupe
de vers. Il s'agit de poésie et c'est dans cet état
d'esprit que j'ai écrit ce spectacle. L'idée m'est venue
lors d'un voyage au Maroc où j'ai vécu beaucoup d'émotions
en regardant le ciel et la mer. J'ai noté beaucoup de choses
de ce que je ressentais dans ces moments-là et mes notes étaient
écrites comme des poèmes. J'ai eu envie de travailler
sur la symbolique des couleurs avec cette mer et ce ciel qui changent
de couleur sans cesse, qui ne bougent jamais de la même façon
au cours dune seule journée et qui provoquent des sensations
si variées et si différentes. Il fallait que je puisse
retranscrire tout cela, dans un mode abstrait, sur scène.
Le spectacle est abstrait et c'est la vidéo qui concrétise
les éléments naturels !
J'ai imaginé la mer et le ciel sur scène par le biais
d'images vidéo, ce qui m'a fait travailler pour la première
fois avec ce support. Je voulais qu'elle soit un décor, comme
une nappe, comme des tableaux qui appuient la danse ou en décalage.
Les images sont projetées sur un grand écran et aussi
sur deux colonnes. On y retrouve la mer, le ciel, le calme, les nuages,
les éclairs, la pluie, la tempête, les variations de
couleurs, les changements de tous ces éléments. Toutes
les images vidéo se déroulent dans un mode progressif,
d'une manière assez naïve pour montrer l'évolution
des différents états de l'être de l'humain liée
à toutes ces perturbations naturelles.
Vous avez créé Passage, un trio hip-hop et l'on retrouve
ces danseurs dans votre spectacle, ce sont donc deux danses différentes
qui vont se rencontrer ?
Au total, il y a onze danseurs, dont quatre danseurs hip-hop. J'ai
véritablement découvert le hip-hop, il y a deux ans
et je suis tombé amoureux de cette danse. Après le trio
Passage, j'ai eu envie de réunir ces deux types de danse. L'intérêt
de cette rencontre réside dans les contrastes d'énergie,
de couleurs, les nuances apportées par chaque danseur de ces
mondes chorégraphiques. Mais avant que ces deux mondes ne se
rencontrent, il fallait que les danseurs se comprennent et dans un
premier temps c'est sur la communication que nous avons travaillé,
cela a pris du temps mais quand le terrain d'entente a été
trouvé, tout est allé très vite.
La rencontre du hip-hop et du contemporain, ça n'est pas
très original comme intention chorégraphique, qu'est-ce
qui marque votre originalité spécifique ?
La façon de travailler des danseurs contemporains et danseurs
hip-hop est très différente. La danse hip-hop est une
danse spontanée, virtuose, imaginative, qui trouve ce qui est
juste et accepte mal les contraintes de la construction et du travail
au quotidien. J'ai trouvé en ces danseurs une ouverture d'esprit
pour aller aussi vers une démarche contemporaine et inversement.
Chacun garde sa danse et pourtant on se demande lequel est contemporain
?, lequel est hip-hop ?, tous les duos et les ensembles sont mélangés.
Ce mélange et ces rencontres font de ce spectacle une pièce
humaine, pleine d'émotions, entre des personnalités
très différentes et touchantes. Mon souci majeur était
de savoir comment j'allais construire l'homogénéité
avec ces deux danses alors que je voulais qu'ils gardent tous leur
identité. Je ne sais pas si j'y suis arrivé, mais je
crois que l'originalité peut résider dans le fait de
ne pas faire obligatoirement tourner un danseur sur la tête,
l'originalité est également dans le fait qu'on ne se
pose plus la question de savoir qui fait quoi mais de voir tout simplement
de la danse et une construction chorégraphique. Quoi qu'il
en soit et avant tout, ce spectacle est pour moi une difficile et
très belle histoire entre douze danseurs.
Propos
recueillis par Martine Pullara |