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Le
démarrage de l'album ça a été le spectacle
Non, c'était une amorce de travail et puis il y a le fait de
bosser avec d'autres gens, de pouvoir travailler un peu différemment
la musique. C'était par exemple mettre la musique Noir Désir
et la musique Têtes Raides à un moment donné dans
la même chanson. Obligatoirement ça te fait bouger, ça
te fait voir les choses différemment, c'est de l'oxygène.
C'était en 84, premier soubresaut : Red Ted. Ensuite c'est la
route, musique déjà funambule, l'alternatif hors l'alternative
des années 80. No dead but bien raides, premier album, autoproduit.
L'imaginaire déjà là, Têtes bien raides,
puisque suivra un deuxième album en 1991 : Mange tes morts. D'ailleurs
c'est le temps des vaches maigres, quatorze sur la route. Viendra Le
bout du toit en 1996, comme une bouée d'oxygène pour le
groupe. Depuis le temps que les colères et les mots se rencontraient
pour forger des textes d'une vraie écriture, il était
enfin venu le temps de la reconnaissance. Gratte Poil arrive avec l'automne
2000. Réussite. On s'incline. Les Têtes sont toujours bien
raides et pour savourer l'univers du groupe le concert est bien évidemment
obligatoire, comme quelque chose de salutaire pour ce début d'année,
en scène le 21 février à la Bourse du Travail.
Les Têtes Raides étaient en forum Fnac fin novembre, pression
de l'échange avec un public fidèle et proche, pas de concert
mais s'ouvrir à des questions, tel était le choix du groupe.
"Un public qui nous guette à chaque virage, mais on
les guette aussi, il y a un lien qui est très fort, souvent en
concert il y a rapidement une réaction du public, et là
le concert va évoluer par rapport à ça ".
L'occasion d'une rencontre avec Christian Olivier.
L'album s'appelle Gratte poil, c'est encore ou à nouveau
un hommage à Jean Corti, présent dans le disque, un musicien
qui revient régulièrement au niveau des Têtes Raides.
La première fois que nous avons rencontré Corti c'était
sur un concert, il jouait en première partie, c'est un petit
mot, en tout cas le public était plutôt Têtes Raides
ce soir-là. Ça s'est super bien passé, puis il
est venu jouer trois, quatre morceaux directement sans avoir jamais
joué avec nous. Ça fait partie des gens avec qui on n'a
pas à discuter trop longtemps pour qu'il se passe quelque chose
au niveau de l'émotion, c'est valable aussi pour Yann Tiersen.
Des gens assez discrets ?
C'est ça, ce sont pour moi ce que j'appelle de vrais musiciens,
c'est-à-dire que techniquement ils sont présents mais
aussi des gens simples qui ont envie de partager des choses. Pour en
revenir à Corti, il y a son premier album prévu en février
que nous allons produire et qui sortira sur une structure que nous avons
montée qui s'appelle Mon Slip. Voilà cette fois-là
ce seront les Têtes Raides qui accompagneront José Corti,
sur des musiques de sa composition.
Il y a les références littéraires auxquelles ont
ne peut échapper puisque de temps en temps tu chantes un texte
de Desnos, Manuela de Samia Yahiaoui ou dans Gratte Poil un texte de
Norge, Ennemis, alors là, bonjour la rudesse du texte.
On aime bien ce qui est rude
C'est une attitude rock'n'roll
C'est sûrement ça, mais avant que ce soit une attitude
rock'n'roll, ça fait partie de nous. Quand on a démarré
il y avait déjà cette chose-là. Cette envie de
rentrer dedans, que ce soit dans le texte, dans la manière de
travailler, parce que je continue à penser que les Têtes
Raides c'est aussi un ensemble de choses, il y a la musique, le texte,
les gens qui travaillent autour, la manière dont on travaille
fait partie intégrante de notre histoire. Ça a son importance.
Pourquoi choisir un texte de Norge ?
Je suis tombé sur un de ses bouquins, ça m'a parlé,
je ne savais même pas que Jeanne Moreau avait fait un disque sur
ses textes. On va dire que sur les auteurs que nous avons travaillés,
la période surréaliste nous parle pas mal dans la manière
de dire les choses. Ça reste pour moi comme un échange
avec un musicien, un échange de textes où tout à
coup ce n'est plus Christian Olivier qui écrit un texte pour
les Têtes Raides, mais c'est un auteur qui vient et ça
fait du bien à tout le monde.
Norge c'est plus rude et très efficace.
Apre, c'est un langage brut, je dirais que par rapport à nous
ça nous colle tout à fait.
Il y a dans tes textes un travail d'écriture certaines fois assez
proche des surréalistes, alors que certains voient en vous un
groupe aux textes réalistes alors que votre univers navigue entre
les deux.
C'est vrai qu'il y a ces deux choses-là, on parle de choses actuelles,
de tous les jours, du social avec un imaginaire, avec les utopies qu'il
peut y avoir, avec les choses que tu as envie de faire bouger, avec
ce que tu peux faire bouger, et puis, ce ne sont que des propositions
Vous n'employez pas la revendication affirmative ?
Je dirais qu'il y a toujours eu pour nous une distance par rapport à
ça. L'affirmation est quelque chose qui est à prendre
avec des pincettes.
Pour revenir sur la littérature, quels sont les auteurs qui
t'ont le plus marqué ?
Il y en a une multitude, je ne sais pas si te donner des noms servirait
à grand chose. Que ce soit le roman, le théâtre,
la poésie il y a de bonnes choses partout, on peut citer Camus,
Genet, Novarina pour le théâtre actuel, on peut parler
des russes aussi
Collaboration avec Noir Désir, suite logique du concert Liberté
de circulation auquel vous aviez participé Noir Désir
et Les Têtes Raides
C'était une soirée autour des sans papiers,
donc à partir du moment où ce texte est arrivé,
c'était tout de suite cette envie de le partager avec Noir Désir.
On parlait des échanges au début, il y a cette chose-là,
et puis l'envie de retrouver l'électrique. C'était eux
les mieux placés, au niveau de leur musique ce sont des gens
qui nous parlent, et en dehors de la musique il y a l'engagement. C'est
vrai que la musique Têtes Raides et Noir Désir à
mettre ensemble, ce n'était pas forcément gagné,
ensuite je crois que c'est plus l'état d'esprit qui a fait l'histoire,
le pourquoi et puis le résultat qui a fait que l'on s'est apporté
des choses mutuellement.
Au niveau de l'engagement (politique) vous êtes assez discrets.
Comment dire, on est vigilant. S'engager c'est bien mais il faut le
faire, quand on s'engage il faut vraiment être en accord total
avec son engagement, surtout quand on est un groupe où il y a
sept personnes qui doivent s'engager sur un projet. Chacun de nous a
ses priorités personnelles à côté de ça,
donc on le fait, on l'a fait et on le fera, mais il y a eu quelques
expériences très mauvaises de ce côté-là.
Je chante en ouverture de Gratte Poil et là on pense obligatoirement
à Brassens, alors qu'en est-il ?
Je pense qu'on ne peut pas se lasser de Brassens, donc ça veut
dire quelque chose. Les gens qui n'aiment pas Brassens, en général
disent que c'est tout le temps la même chose, tout le temps la
même mélodie, la même histoire. Pour moi c'est jamais
la même histoire et c'est toujours un texte de Brassens. Tu peux
l'écouter cent fois, il y a toujours quelque chose de nouveau
dedans.
Il y a aussi l'image, l'emballage, le visuel de vos disques, Les
chats pelés autre domaine où tu officies, c'est une autre
forme d'expression que tu gardes, il y a un livre pour enfants qui sort
en ce moment.
Le début des Chats pelés ça a été
les affiches Têtes Raides et les disques. Il y a toujours eu une
espèce de question-réponse entre le dessin, la musique,
les décors. En dehors de ça les chats pelés c'est
plein d'autres choses, des affiches pour des salles de spectacles, du
logo, du décor de café l'illustration pour enfants, le
livre qui sort s'appelle Au boulot, c'est le quatrième bouquin.
C'est un bestiaire où chaque animal a un boulot imaginaire, le
décrotteur de nez par exemple, le tailleur d'ombre, la fileuse
de mauvais coton.
Il y a un an vous étiez à l'Elysée à
Lyon pour quinze jours. Certaines années on a pu vous voir sur
les pentes chantant sans sono dans les bars, c'est encore possible ?
Dès que l'occasion se présente on le fait, ça nous
est arrivé il n'y a pas si longtemps que ça, c'est jamais
programmé bien sûr, heureusement. Mais dès qu'on
est sur la route et qu'il y a un jour où l'on est un peu en errance,
on téléphone dans un bar pour dire qu'on arrive et puis
on fait le concert le soir.
Toujours sans sono ?
Bien sûr, c'est toujours un plaisir. On retrouve la spontanéité
qu'on perd un peu en tournée avec les balances. Là tu
es dans le bar, tu sors ton biniou, tu chantes et c'est réglé.
C'est autre chose, tout à coup tu vas entendre une clarinette
auprès de ton oreille, il y a plein de sensations, de couleurs
qui reviennent.
Bruno
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