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Un dessert à discuter, avant que de se déguster, dans
une scène photographique internationale en plein mouvement.
A lheure où le marché de la photographie dart
explose (hors de France), où les frontières entre photographes
et plasticiens sont largement dissoutes, où la photographie
a pris une place de choix dans lart contemporain, où
les galeries virtuelles de lE-Business proposent en ligne vente
et achat, où certaines images atteignent aux enchères
des prix vertigineux chez les auctioneers anglo-saxons
; quen est-il dune galerie traditionnelle, qui plus est
en France, qui plus est en province, qui plus est à Lyon ?...
Vint années de galerie pourraient facilement se superposer
à vingt années de galères, si la passion, voire
le militantisme ne soutendaient pas laction des deux animateurs
du lieu situé dans le village lyonnais de la Croix-Rousse.
Si en 1981 le projet semblait sapparenter à une gageure,
le travail accompli prouve le contraire, même si la fragilité
financière est toujours de mise. En 1981 il fallait sans aucun
doute lutter pour faire admettre tout simplement (dans une ville où
la majorité des collectionneurs duvres dart
était, et le reste encore pour une grande part plutôt
tournée vers lantiquité, au mieux vers lart
moderne et très frileusement vers lart contemporain)
que limage photographique, handicapée par sa reproductibilité
pouvait entrer dans le sacro-saint de la collection dart, menée
depuis des lustres par lesprit de la pièce unique.
Ajoutez à cela les polémiques héritées
de lhistoire de lart sur la question de la valeur intrinsèque
de limage photographique dans le champ de la création
artistique et vous obtenez un blocage, voire une incompréhension.
Pourtant la France, berceau historique de la photographie, lieu dimplantation
des agences les plus réputées a eu toutes les peines
du monde à créer un cadre porteur dans un marché
très évolutif. La timide représentation des galeries
de photographies à la FIAC, la lente reconnaissance de Paris-Photo
(manifestation auxquelles participe le Réverbère), les
inégales éditions du Printemps de Cahors, la relative
confidentialité des Rencontres Internationales des photographies
en Arles montrent à quel point la photographie dart a
du mal à simposer dans lHexagone.
Ecrasé par son passé glorieux de centre mondial de lart,
notre douce France semble réticente à promouvoir un
art qui affiche pourtant une vivacité étonnante à
létranger. Le photo-journalisme, premier débouché
des photographes tient toujours la dragée haute à la
création et la vivacité dune manifestation comme
Visa pour limage à Perpignan démontre que le nerf
de la guerre se développe en France dans les agences telles
que Vu, Métis, Tendance Floue, et autres Magnum.
Il est dailleurs intéressant de noter que les valeurs
montantes actuelles de la photographie dart en France sont dabord
des photographes dagences : Luc Delahaye (Magnum) présent
notamment à la 6ème biennale de Lyon et en Arles, Jérôme
Brézillon (Métis)... Alors quen est-il des centaines
de milliers de dollars encaissés par les Cindy Sherman, Gilbert
and Georges, Nan Goldin, Bruce Nauman, Thomas Ruff, Jeff Wall ? Tous
photographes ou utilisant entre autres cette technique et tous américain,
anglais, allemand, canadien.
Ils sont ailleurs, cest-à-dire à létranger
et aussi en dehors dune vue restrictive de limage photographique,
dans des formats de grandes dimensions, dans des recherches très
éloignées du reportage, du documentaire ou de lesthétisme.
Les conditions paraissent plutôt ardues pour les volontaires
galeristes sous le réverbère lyonnais. Ici les dollars
sont des francs, et lon peut acquérir une image entre
5 000 et 25 000, après quoi si la cote de lartiste monte
en flèche, il faut se résoudre à lui souhaiter
bonne chance dans un marché qui dépasse très
vite les capacités financières du lieu.
Cest donc bien évidemment dans le créneau des
découvertes que la galerie peut trouver sa place et si les
fidélités se tissent avec certains photographes à
la carrure transnationale (William Klein, Bernard Descamps, Denis
Roche), le soutien est dabord à trouver auprès
des collectionneurs. Des collectionneurs relativement modestes mais
qui, par leur assiduité et la confiance quils témoignent
à C. Derioz et J. Damez permettent au lieu de poursuivre sa
trace.
Une relation étroite et fragile qui réclame certes de
trouver la pertinence des choix dans le temps mais aussi de construire
un développement extérieur : La participation à
des événements déjà évoqués
plus haut (FIAC, Paris-Photo, Printemps de Cahors) fort coûteux
pour une petite structure mais qui participe à la communication
et au rayonnement indispensable dans un milieu où le devoir
de se montrer est au moins aussi important que de montrer... et puis
lengagement de partenariat avec dautres lieux tels prochainement
avec les travaux de Von Conta, Forestier et Fourneaux à la
galerie Zola à Aix-en-Provence en septembre prochain ou Denis
Roche à la Maison Européenne de la Photographie du 12
septembre au 10 novembre prochain à Paris.
Fêter les 20 ans dun travail opiniâtre revenait
de toute évidence à saluer ceux qui dans lombre
achètent, échangent et parient : les collectionneurs.
La donne est simple : prendre le cours linéaire de lhistoire
de la galerie, le découper en deux décennies pour ne
pas surcharger les 300 m2 du lieu et demander aux collectionneurs-accompagnateurs
une image de leur choix. Il ne restait plus quà introduire
dans ce choix échappant aux galeristes limage de leur
choix pour créer des duos, des échos, des connivences
(diraient certains) pour donner à voir deux expositions confrontant
des manières de voir, des points de vues qui seront, on lespère
des fenêtres ouvertes sur des horizons partagés entre
collectionneurs, photographes, galeristes ; souhaitons que le public,
celui qui vient juste pour voir, trouve sa place dans cet anniversaire
de regards portés, qui se veut avant tout une fête, celle
de lil et de tout son staff (intelligence et sensibilité
comprises).
Galerie Le Réverbère, Hommage aux collections particulières
du 20 septembre au 24 novembre. 04 72 00 06 72
Laurent
Mulot
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