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Birgit©
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Ohad
Naharin
Sabotage Baby
Après
Anaphase présenté à Lyon en 98 et annoncé
comme le summum de la perversion par certains Israéliens, la
Batsheva Dance Company nous revient avec un spectacle où la
construction chorégraphique suffit, loin des discours politiques
et de la provocation, à nous transmettre de belles émotions.
Tout est là : une musique métallique jouée en
direct sur des machines musicales inventées, des jeux de lumières
qui transforment le plateau en fonction de chaque scène, des
atmosphères parfois stridentes et souvent pleines de séduction
et de poésie, des danseurs vulnérables,efficaces, tout
en instinct et en virtuosité ! |
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Depuis qu'il a repris la Compagnie Batsheva, il y a une dixaine d'années,
Ohad Naharin voit régulièrement ses créations
entourées d'un parfum de scandale. Provocateur, sensuel, trop
sexuel, trop démonstratif sur les rapports hommes/ femmes,
trop politisé, son travail est régulièrement
dénoncé par les religieux. Mais la jeunesse applaudit,
qui voit là enfin un renouveau dans la création artistique
israélienne tant dans le discours que dans le travail chorégraphique.
Très vite, il a d'ailleurs bousculé le répertoire
de la compagnie en invitant des chorégraphes tels William Forsythe,
Angelin Preljocaj, Hervé Robbe, Wim Vandekeybus pour amener
les danseurs vers dautres langages. Mais sa force a été
d'imposer un style bien à lui, où il s'autorise toutes
les audaces, refuse les règles traditionnelles de la danse
au sein de la société israélienne, où
il accepte l'influence d'autres cultures, d'autres manières
de danser. Son style est avant tout basé sur la puissance,
l'énergie et les performances des danseurs; il peut mêler
des mouvements à la fois baroques et africains, une danse violente,
sauvage et délicate, dans des univers troubles souvent oniriques
et excentriques. Pour Ohad Naharin, la scène est une autre
planète, il refuse que la danse soit le miroir de la vie. Il
y pose toujours des décors hallucinants comme pour Sabotage
baby, des costumes pleins dimagination, tout en aimant faire
jouer sa recherche chorégraphique sur la géométrie,
la construction mathématique, la religion, la pornographie.
En 1998, lors de la Biennale Méditerranéa, la Batsheva
Dance Company présentait Anaphase, titre déjà
surprenant puisqu'il signifiait, la troisième et dernière
opération de la division cellulaire, où chaque chromosome
se dédouble. On retrouvait trois parties choc qui dénonçaient
tour à tour l'illusion de la beauté, du pouvoir et de
l'amour, avec 25 danseurs dont les mouvements ondulatoires et obsédants,
se transformaient aux rythmes des percussions déchaînées,
de la musique rock et violente, des orgies et des fêtes mafieuses
ou encore sur des chants juifs traditionnels retrouvés
Ohad Naharin détruisait alors toutes les limites de lacceptable
à tel point dailleurs quon linterdit de participer
au 50ème anniversaire dIsraël.
Sabotage baby est moins sulfureux, moins engagé politiquement
quAnaphase. Plus encore que dans ses précédentes
créations, la musique est fondamentale. Elle est jouée
en direct sur des instruments inventés par les musiciens et
qui sont plutôt des machines métalliques à produire
des bruits d'usines, des instruments malmenés, attaqués,
choqués par ces musiciens, costumés en mécano
et faiseurs de combat. Les machines musicales installent très
vite un climat où la danse symbolise avec douceur et tristesse,
le refus de l'être humain par la machine. Il n'y a pourtant
pas à voir là un discours particulier, ni politique
ni propre à la culture de ce pays. Sabotage baby comporte deux
parties, avec une écriture chorégraphique pleine des
corps de chaque danseur. C'est la pure construction qui séduit
et surtout la beauté de ces danseurs. Les femmes bien sûr,
qui amènent ces longs et lents déhanchements de feu
et de langueur orientale, ces femmes qui laissent apparaître
à travers des jupes fendues des jambes nues et puissantes avec
des positions qui rappellent l'influence de Martha Graham. Ralentis,
torsions, cercles, souplesse creusent la force de la danse tandis
que de magnifiques éclairages sculptent, élargissent
ou rétrécissent le plateau pour créer des images
et des atmosphères captivantes. Ces femmes qui se balancent
sur des échasses, ces autres amazones mystérieuses qui
apparaissent et disparaissent, ces Sévillanes qui capturent
des hommes entre les silences et les grincements des machines. Les
mouvements de groupe laissent par la suite place à des duos,
des trios tout en douceur, deux chanteurs a capella remplacent la
folie des instruments, une princesse apparaît vêtue de
vert et entourée damazones vêtues de rouge, un
chur se mêle à la solitude dune voix, des
douleurs se perçoivent sans que rien ne soit révélé
de toutes ces rencontres.
Ohad Naharin a délaissé la provocation pour nous plonger
dans la poésie, le bonheur simplement de se laisser aller vers
des rêves, des séquences qui portent toutes seules lémotion
chorégraphique, pour nous entraîner vers des univers
secrets et lancinants afin que la danse soit ce quil veut par
dessus tout, un lien avec nos propres sentiments.
Martine
Pullara
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