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Voilà
des entretiens libres, proches, avec Valérie Lang, Stanislas
Nordey, Yan Ciret et Franck Laroze. Il s'agit de retracer ensemble le
parcours artistique, politique et humain des nouveaux équipiers
du théâtre de St Denis.
L'affaire St Denis s'est pour beaucoup cristallisée sur une affaire
d'argent, d'abord positivement en soulevant l'enthousiasme et l'imitation
avec cette belle idée d'un tarif unique et accessible à
tous ? Puis la terrible dette est montrée du doigt, les inconscients
vont pouvoir servir d'exemple ; chic de l'eau au moulin des institutions,
quelles qu'elles soient, les grosses machines brasiliennes, l'étouffoir
de l'administratif et de la respectabilité sociale. Ils ont échoué,
voyez.
Point par point, sereinement, Valérie Lang et Stanislas Nordey
reconstituent leur histoire intimement liée à celle de
ce théâtre et redisent l'essentiel de leur travail, un
théâtre de service public-- un théâtre pour
tous- à partir des poètes/pour le public- pour les artistes-
aujourd'hui.
Ils disent leur conscience du piège institutionnel ,
leur refus de prendre le pouvoir, leur engagement physique, " viscéral
", dans ce projet, leur désir d'être dans
le monde.
Ils veulent un théâtre citoyen qui soit un outil de pensée
pour le public et non un quelconque objet de consommation aux prises
avec de vulgaires méthodes de marketing. Redonner au public le
droit à la diversité, à différentes lectures
du monde lui restitue le goût du réel, du vivant.
Se mêlent à leurs paroles les mots de Didier-Georges Gabily,
Pasolini, Heiner Müller, Werner Schwab, les poètes, tous
ceux qui nous donnent le sang, la substance même qui nous constitue.
Puis la politique qui n'est plus un art est laissée
aux politiques, les artistes s'emparent de la parole, une parole fluide,
passionnée, nourrie par la transmission des savoirs, certaine
de l'infinie valeur de l'échange dans sa gratuité.
La grande joie qu'il y a à lire, à entendre ces mots,
c'est qu'ils empoignent notre désir de liberté. On ressort
de là réinvestis par la certitude d'être constitué
par ce qu'on fait, d'être nourri parce qu'on nourrit, d'être
cadavres si on veut.
e rêve d'un spectateur qui soit aussi un laborantin c'est-à-dire
qu'il soit dans la curiosité : il peut être ému,
mais qu'il reste dans la curiosité, dans l'éveil de ce
qui n'est pas de la consommation.
Et cette question qui tiraille entre les lignes et nous appelle à
la vigilance : qu'est-ce qui pousse la démocratie à refuser
au spectateur cette curiosité ?
Passions civiles de Valérie Lang et Stanislas Nordey, La passe
du vent. 125 F
Mouche
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