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Peut-on parler de Nick Cave sans évoquer -une fois de plus-
le chaos des années Birthday Party, la lente descente morbide
et suicidaire des premiers Bad Seeds ? La réponse est oui !
De l'Australien expatrié en Europe et ravagé par les
abus et la violence il ne reste pas grand chose. L'histoire retiendra
que Birthday Party fut sans doute le seul groupe ayant fait une reprise
des Stooges égalant l'original mais fut également l'inventeur
de ces rythmiques effarantes soulignées par des lignes de basse
reprises ensuite par toute une flopée de groupes rock'n'roll
désaxés, de Jesus Lizard à Silverfish en passant
par Oxbow. Mais sans rien renier, Nick Cave semble avoir définitivement
tourné la page : l'agression musicale n'est plus depuis très
longtemps un moyen d'exorciser son malaise, ses rapports tumultueux
avec la religion et la mort. Du hurlement, il est doucement passé
au chant et sa voix s'est découverte des possibilités
peut-être jusqu'alors insoupçonnées. Sa musique
a parcouru le même cheminement vers la clarté et la rigueur
mais pour réussir cela, il ne fut certes pas tout seul car
les Bad Seeds sont un vrai groupe mais également la réunion
de musiciens affirmés et exemplaires : Mick Harvey, Barry Adamson,
Blixa Bargeld, Kid Congo Powers, puis sont arrivés Thomas Wydler,
Conway Savage, Martin P Casey
et c'est en 1987 que sort Your
funeral, my trial qui marque le premier point d'articulation de l'évolution
musicale de Nick Cave. Un album d'une beauté insolite et dérangeante,
de la noirceur avec une totale profondeur de champ.
A partir de Tender prey en 1989, premier album des Bad Seeds ne provoquant
pas un sentiment immédiat de malaise chez l'auditeur, les mélodies,
les arrangements, l'orchestration s'étoffent et le plaisir
musical s'en trouve transformé : la fascination morbide et
quasi-masochiste cède la place à l'étourdissement
des sens. Le monde de Nick Cave reste perturbé, rempli d'histoires
de mort, d'amours dévastés et de dieux impitoyables,
mais la musique est plus belle et forte que jamais. Est-il donc possible
de détourner de soi toutes ses obsessions, de les repousser
si loin -le temps d'un texte, d'une chanson- et d'en faire un instant
de grâce ? Nick Cave a au moins trouvé la réponse
sur deux albums, Tender prey et Henry's dream (1992), deux albums
monolithiques et entiers où il n'y a rien à jeter. Les
albums The Good son et Let love in ont par contre du mal à
cacher leurs faiblesses. Première tentative affichée
et revendiquée de transformation de Nick Cave en crooner, The
Good son (1990) est aussi l'album d'une religiosité extrême
et de l'apparition de la grandiloquence (avec pour la première
fois l'utilisation de cordes). Let love in -en 1994- ne fut qu'un
album de plus mais aussi le premier véritable succès
commercial des Bad Seeds bien qu'il ait du mal à masquer les
insuffisances de l'inspiration de Nick Cave qui tombe alors dans les
travers de l'auto-complaisance et de la caricature du dandy ténébreux.
Mais c'est avec le pitoyable Murders ballads (1996) que le groupe
touche le fond. Nick Cave donne alors l'impression d'avoir trouvé
le filon qu'il pourra exploiter jusqu'à la fin, de la facilité
et de la paresse à n'en plus finir. Sorti en 1997, The Boatman's
call marque un nouveau tournant dans la discographie des Bad Seeds.
Les compositions se font plus douces et épurées mais
la tension est toujours là. La voix de Nick Cave y est plus
belle que jamais et il semble oublier une bonne fois pour toutes qu'il
n'est pas un crooner. La sobriété et un petit côté
ascétique marquent ce disque qui est l'un des plus beaux enregistrements
de Nick Cave And The Bad Seeds, à ranger aux côtés
du chef-d'uvre Your funeral, my trial.
Le nouvel album s'appelle No more shall we part et constitue une certaine
déception : les arrangements semblent combler quelques vides
(comme ces curs féminins tout à fait inutiles),
l'inspiration se fait mollassonne, les obsessions de Nick Cave concernant
la religion et l'amour perdu deviennent presque envahissantes. Ce
disque de par les thèmes abordés dégage un côté
vital pour son auteur (les textes très simples relèvent
d'un désarroi voire même d'un effroi redoutables) mais
la magie n'opère pas. Qu'à cela ne tienne, la plus belle
et grande magie des Bad Seeds est celle des concerts, des concerts
qui même lors de sorties d'albums décevants sont d'une
rare intensité et d'une grande classe jamais démentie.
Nick Cave And The Bad Seeds seront au Transordeur de Lyon le 08 juin
après de longues années d'absence et pour aucun prétexte
il ne faudrait les rater : ce serait rater beaucoup trop de bonnes
choses.
Guillaume
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