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2001

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  JUIN N°61/62  



 

Nick Cave
L'impossible Rédemption

Nick Cave sera à Lyon le 08 juin pour un concert unique et rare au Transbordeur. Malgré un nouvel album en demi-teinte, la venue du chanteur et de son groupe The Bad Seeds reste un événement.

Peut-on parler de Nick Cave sans évoquer -une fois de plus- le chaos des années Birthday Party, la lente descente morbide et suicidaire des premiers Bad Seeds ? La réponse est oui ! De l'Australien expatrié en Europe et ravagé par les abus et la violence il ne reste pas grand chose. L'histoire retiendra que Birthday Party fut sans doute le seul groupe ayant fait une reprise des Stooges égalant l'original mais fut également l'inventeur de ces rythmiques effarantes soulignées par des lignes de basse reprises ensuite par toute une flopée de groupes rock'n'roll désaxés, de Jesus Lizard à Silverfish en passant par Oxbow. Mais sans rien renier, Nick Cave semble avoir définitivement tourné la page : l'agression musicale n'est plus depuis très longtemps un moyen d'exorciser son malaise, ses rapports tumultueux avec la religion et la mort. Du hurlement, il est doucement passé au chant et sa voix s'est découverte des possibilités peut-être jusqu'alors insoupçonnées. Sa musique a parcouru le même cheminement vers la clarté et la rigueur mais pour réussir cela, il ne fut certes pas tout seul car les Bad Seeds sont un vrai groupe mais également la réunion de musiciens affirmés et exemplaires : Mick Harvey, Barry Adamson, Blixa Bargeld, Kid Congo Powers, puis sont arrivés Thomas Wydler, Conway Savage, Martin P Casey… et c'est en 1987 que sort Your funeral, my trial qui marque le premier point d'articulation de l'évolution musicale de Nick Cave. Un album d'une beauté insolite et dérangeante, de la noirceur avec une totale profondeur de champ.
A partir de Tender prey en 1989, premier album des Bad Seeds ne provoquant pas un sentiment immédiat de malaise chez l'auditeur, les mélodies, les arrangements, l'orchestration s'étoffent et le plaisir musical s'en trouve transformé : la fascination morbide et quasi-masochiste cède la place à l'étourdissement des sens. Le monde de Nick Cave reste perturbé, rempli d'histoires de mort, d'amours dévastés et de dieux impitoyables, mais la musique est plus belle et forte que jamais. Est-il donc possible de détourner de soi toutes ses obsessions, de les repousser si loin -le temps d'un texte, d'une chanson- et d'en faire un instant de grâce ? Nick Cave a au moins trouvé la réponse sur deux albums, Tender prey et Henry's dream (1992), deux albums monolithiques et entiers où il n'y a rien à jeter. Les albums The Good son et Let love in ont par contre du mal à cacher leurs faiblesses. Première tentative affichée et revendiquée de transformation de Nick Cave en crooner, The Good son (1990) est aussi l'album d'une religiosité extrême et de l'apparition de la grandiloquence (avec pour la première fois l'utilisation de cordes). Let love in -en 1994- ne fut qu'un album de plus mais aussi le premier véritable succès commercial des Bad Seeds bien qu'il ait du mal à masquer les insuffisances de l'inspiration de Nick Cave qui tombe alors dans les travers de l'auto-complaisance et de la caricature du dandy ténébreux. Mais c'est avec le pitoyable Murders ballads (1996) que le groupe touche le fond. Nick Cave donne alors l'impression d'avoir trouvé le filon qu'il pourra exploiter jusqu'à la fin, de la facilité et de la paresse à n'en plus finir. Sorti en 1997, The Boatman's call marque un nouveau tournant dans la discographie des Bad Seeds. Les compositions se font plus douces et épurées mais la tension est toujours là. La voix de Nick Cave y est plus belle que jamais et il semble oublier une bonne fois pour toutes qu'il n'est pas un crooner. La sobriété et un petit côté ascétique marquent ce disque qui est l'un des plus beaux enregistrements de Nick Cave And The Bad Seeds, à ranger aux côtés du chef-d'œuvre Your funeral, my trial.
Le nouvel album s'appelle No more shall we part et constitue une certaine déception : les arrangements semblent combler quelques vides (comme ces cœurs féminins tout à fait inutiles), l'inspiration se fait mollassonne, les obsessions de Nick Cave concernant la religion et l'amour perdu deviennent presque envahissantes. Ce disque de par les thèmes abordés dégage un côté vital pour son auteur (les textes très simples relèvent d'un désarroi voire même d'un effroi redoutables) mais la magie n'opère pas. Qu'à cela ne tienne, la plus belle et grande magie des Bad Seeds est celle des concerts, des concerts qui même lors de sorties d'albums décevants sont d'une rare intensité et d'une grande classe jamais démentie. Nick Cave And The Bad Seeds seront au Transordeur de Lyon le 08 juin après de longues années d'absence et pour aucun prétexte il ne faudrait les rater : ce serait rater beaucoup trop de bonnes choses.

Guillaume