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Quelque
part dernier disque de Mendelson, sorti depuis quelques mois et toujours
là. C'est devenu rare des chansons qui résistent au
temps, des mélodies qui raisonnent autant que les textes qu'elles
portent, ces histoires qui font tellement écho dans nos vies.
Pas forcément vécues par Pascal Bouaziz chanteur et
compositeur : "Quand je me sers de quelque chose que j'ai connu
je le mets au même niveau que quelque chose que j'ai lu, que
j'ai vu
Parfois je suis plus touché par un truc que j'ai
inventé que par un truc que j'ai vraiment vécu. (
)
J'ai pu écrire des chansons entières sur ce que me faisait
ressentir une phrase d'une chanson de Springsteen. En même temps
je suis dans la voiture avec mon frère, on ne trouve pas de
place et il me dit "putain merde c'est l'heure des poubelles"
parce qu'il y a juste un camion poubelle devant et d'un coup, j'écris
une chanson à partir de ça, parce que je trouve ça
marrant, évocateur."
Et puis il y a la voix, la diction, cet art de parler, de presque
chanter, de rythmer les phrases en douceur, de laisser traîner
la voix, toujours claire, impossible de ne pas se prendre les paroles,
de ne pas les entendre. Pascal Bouaziz invente son propre chant, à
nul autre pareil. "Il y a des trucs tellement laids. Je ne veux
pas l'accabler, mais dans une chanson de Jean-Louis Aubert d'après
un texte de Barbara (que j'adore) : "le jour se lèèèève
encore" pour moi ça, c'est deux claques, direct. Pas possible
de faire un truc aussi laid, ce "lèèèève".
Pour moi il faut toujours que ça coule, que ce soit fluide
je ne supporte pas non plus les mots poético-mes-couilles au
milieu d'une chanson qui n'a rien à voir, juste pour une rime.
Pourtant mes textes riment tout le temps, sur des assonances
Mais pas absence-enfance-déliquescence, pas la rime riche,
la boursouflure rimée."
Un instant, on évoque la chanson française, on repense
à Brel comme à Fréhel
"C'est dommage
parce que ça a été repris par les alternos qui
en ont fait un truc hyper passéiste. Chacun fait ce qu'il veut
et ils le font plutôt pas mal. Les groupes genre les Têtes
Raides qui sont sûrement des gens charmants : on a fait leur
première partie une fois et ça n'avait pas l'air d'être
des monstres
mais quand le mec il me raconte "les hirondelles",
"le printemps" ou "la putain à Pigalle",
j'ai l'impression qu'il vit dans les années 50 et ça
me rend triste
C'est bien, c'est ça aussi la chanson,
mais c'est de l'histoire, de l'iconographie et si c'est réduit
à ça, il y a un gros problème
Il y a toute
une histoire parallèle dans la chanson française, une
marge, à toutes les époques, des gens dans leur coin
et c'est plus beau, c'est plus fort. Je ne me sens pas du tout rebelle
par rapport à la tradition, mais je n'ai pas l'impression de
faire dans le traditionalisme."
Pascal Bouaziz se sent plus proche de gens comme Bashung ou Brigitte
Fontaine, quelques-uns, et puis aussi les Américains : "Si
plus de gens en France comprenaient vraiment ce que racontent les
Américains ou les Anglais
on ne me poserait pas les questions
du genre " Ah quand même c'est triste ce que vous racontez"
parce que tous les chanteurs country, tous, ils racontent des histoires
de gens paumés
"
Au pez ner on ne verra pas Joëlle Léandre, Daunik Lazro
ou Charlie O amené sur le disque avec bonheur par Noël
Akchoté. Mais on retrouvera en première partie un autre
membre de cette bande rectangulaire : Red seul avec sa guitare, ou
presque, comme dans felk : "Ce disque-là est incroyable,
je ne sais pas comment il a fait. Lui aussi il improvise, il a sa
guitare, un bout de texte
et puis il y a sa fille qui rentre
et il ne va pas se dire "merde il y a ma fille qui rentre
mon refrain
etc" non, il connaît tellement son truc
"vas-y parle-moi ma fille" et il continue et ça rentre
On a fait une reprise ensemble de Randy Newman : il branche sa guitare,
il a vu les accords la veille et c'est bon. On n'a pas besoin de prendre
trois semaines pour enregistrer ça, c'est tellement dans ses
veines et dans les miennes...".
Vincent
Domeyne (merci à Ivan)
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