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On
l'attendait impatiemment ce premier album de Meï Teï Shô
et voilà qu'il arrive dans les bacs le 16 octobre pour insuffler
un air résolument shô sur les musiques (dites) actuelles.
On l'attendait parce que depuis trois ans, le groupe nous avait habitués
à des concerts de haute voltige millimétrée en
version alchimique afro jungle jazz, appellation incontrôlable
pour musique non figée. On l'attendait aussi parce que Meï
Teï Shô avait choisi Varoujan comme producteur (6 cordes
chez Condense, BO Baise-moi...) et Wilo aux prises de sons, pour l'aider
à franchir un nouveau pallier discographique. Voilà
qui est fait, on n'a plus longtemps à attendre avant que Xam
sa bop (Yotanka/Small Axe/Tripsichord) envahisse nécessairement
les platines d'un peuple avide d'African nervous dub - dixit Jean
Gomis, chanteur et parolier, rencontré entre temps chez lui
à la Croix-Rousse...
Assis en tailleur le sourire aux lèvres, Jean attend tranquillement
que le thé finisse d'infuser alors que le dernier soleil de
septembre s'amuse encore à filtrer à travers les stores,
et tamiser nos visages qui n'en demandaient pas tant. Je lui ai demandé
les traductions de certains textes de ce nouvel album, du fait qu'il
chante aussi bien en Wolof qu'en anglais, créole portugais
voire même mandjak. Tombent les feuilles de l'imprimante un
peu tôt pour la saison ; quelque chose me dit que c'est vraisemblablement
dans une langue universelle encore méconnue qu'il a écrit
celui-là : "Je sais que certains feraient tout pour acquérir
le plus de biens matériels, mais moi je n'y trouve aucun intérêt
; alors ils me demandent, quel est ton but ? Je leur réponds
que je veux juste être un homme meilleur chaque jour que je
vis (A Better man)". Assis en tailleur le sourire aux lèvres,
je bois ces paroles avec le reste de la théière et l'automne
peut attendre ; comme souvent à la première taf, j'ai
un peu chaud aux oreilles mais je respire profondément la sagesse
inhérente à ce texte et pense aux "anciens"
qui auraient pu nous la transmettre, ceux qui respectaient au moins
leur cadre de vie. Maintenant c'est, ici ou là-bas, partout
en somme, on manque foutrement d'hommes meilleurs... et pourtant à
l'impossible, je crois savoir que l'on est tenu ?
"L'histoire de l'homme meilleur intervient Jean, c'est simple
et sans prétention aucune. J'ai seulement envie de dire aux
gens qu'on leur ressemble et que l'on a les mêmes soucis qu'eux.
Mais au-delà des problèmes matériels qui meublent
nos existences, on ne devrait pas oublier que chaque jour est une
occasion pour essayer de "s'élever", pour franchir
les "barrières mentales" qui nous freinent dans la
construction d'un état d'esprit neuf et durable, susceptible
d'être transmis à nos enfants."
Un état d'esprit qui semble imprégner l'album dans ses
moindres recoins jusqu'à son titre emblématique : Xam
sa bop [ram sa bop].
"Cela vient d'un proverbe en wolof, <ku wët xam sa bop.
En substance ça veut dire : se connaître... dans la solitude,
se révéler à soi-même, savoir qui on est
et ce que l'on vaut... ensuite tout est histoire de dignité
et de respect de l'autre. Un proverbe pour le moins utile par
les temps qui courent, à leur perte ?
Autres chansons, autres thèmes et autres atmosphères.
Les pleurs de l'âme (Chora di alma), celles de ces
femmes africaines condamnées à attendre leurs baby
soldiers enrôlés de force pour on ne sait quel
combat, le supplice de l'Algérie (Algeria) où la chair
n'en finit plus de saigner ; et, comme sorti d'une époque révolue,
l'impassible Joe Cool, activiste de son état, investi
d'une mission de résistance, un micro à la main : I
got to get ready, I got to get strong... so tell the downpressers,
the harder they come, the harder they fall !
Portée par la puissante voix de Jean, la parole du Meï
Teï Shô m'apparaît comme foncièrement universaliste.
Ou simplement humaine. Tout en restant lucide, on s'intéresse
surtout à la communion entre les gens, alors qu'aujourd'hui
comme hier, les clans stigmatisent les couleurs et les
divisions...
A l'heure de l'Internet roi, cette toile d'araignée censée
relier les hommes, les distances ne cessent de se creuser entre les
peuples. J'y suis forcément sensible et reste persuadé
que ce qui compte vraiment, ce sont les rencontres de tout type
qui germent au sein de la
mosaïque humaine. Meï Teï Shô, c'est avant tout
une histoire de rencontres. "
Mosaïque, le terme colle à la peau du collectif Meï
Teï Shô qui fusionne allègrement les individus et
les styles musicaux. Fusion jusqu'à la transe qui s'immisce
subtilement tant sur scène où une part belle est laissée
à l'improvisation, qu'en studio où forcement les plages
sont définies.
Et cette transe est communicative, elle parle au corps comme à
la tête et renvoie à une multitude d'images, à
moult sensations auditives. Entre les oreilles, l'émulsion
Xam sa bop se réalise. Je crois entendre maintenant la musique
de quand la terre brûle... un condensé original mixant
chaleur de l'âme africaine, fièvre rythmique jungle et
ventilation jazz. Afro Jungle Jazz et beaucoup d'autres choses encore
comme le dub, le toast, le rap, le reggae... qui ont dû bercer
leur tendre adolescence. Meï Teï Shô en
quelque sorte. Sur l'album, les sons clairs et définis favorisent
l'écoute, la batterie aérienne semble comme suspendue
au chant des cymbales et la fluidité du jeu met en valeur des
chants qui causent au ventre. Un condensé (Y'a pas l'choix
!) vraiment original, 7 temps contre vents et marées, pas obligatoirement
une course à l'audimat. C'est sûr que ce n'est
pas forcement un disque à consommer rapidement... je crois
qu'il y a une certaine clarté dans l'album qui devrait permettre
justement une écoute de qualité et si possible prolongée
! C'est le fruit de notre travail avec Varou et Wilo et c'est la photographie
du groupe aujourd'hui. Nous essayons avant tout avec Meï Teï
Shô de faire quelque chose qui nous soit propre sans penser
à reproduire tel ou tel standard des musiques que l'on écoute.
Il n'est pas question de perdre en route notre personnalité,
plutôt aller au bout de soi-même et d'un projet collectif.
Au bout d'eux-mêmes, je leur fais confiance, ils iront; et pas
plus tard que cet hiver pour une tournée de 30 dates de partout
en France jusqu'à Berlin, Bratislava, Budapest
Et quand on lui parle du côté Fela-ien de
Meï Teï Shô. Franchement cela me fait plaisir
mais aussi sourire parce qu'on ne s'est jamais dit : tiens faisons
telle ou telle musique avec telle influence. Je n'ai pas non plus
la prétention d'être un Fela, je n'ai pas eu sa vie ni
connu son combat. En revanche ce sont des personnes comme Fela ou
Bob Marley, James Brown ou Charly Mingus qui m'ont en quelque sorte
donné la force de me prendre en main et de poursuivre mon chemin.
Fela a marqué son époque c'est certain ; une référence
à lui ne peut que s'accepter avec le sourire ! "
Et tant qu'à garder le sourire, s'en suit une discussion animée
sur la qualification du Sénégal au Mundial
en mettant de côté la surenchère indécente
autour des joueurs pendant que des gamins du Pakistan continuent de
fabriquer les ballons.
L'après-midi touche à sa fin, le fond de l'air sonore
est clément, la petite fille de Jean se réveille. Bientôt
elle aussi connaîtra tout le sens de Xam sa bop.
Laurent
Zine
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