Primé
au festival de Cannes 2001 avec le prix de la mise en scène,
le nouveau film de David Lynch s'appelle Mulholland Drive et sortira
le 21 novembre. Lors de la présentation du film et des interviews
que le réalisateur a alors donnés, celui-ci est comme
à l'accoutumée resté volontairement évasif
et mystérieux, parlant de "polar à Hollywood avec
des virages". Alors voilà : Mulholland Drive est le nom
d'une route bordée de splendides maisons de stars et de bois
sombres qui serpente au-dessus d'Hollywood. C'est sur cette route
que le personnage interprété par Laura Elena Harring
a un accident de voiture qui lui fait perdre la mémoire. N'étant
plus qu'un fantôme d'elle-même elle rencontre une jeune
fille dont le rêve est de devenir actrice (Noami Watts). Tous
les thèmes et obsessions du film sont déjà représentés
: l'identité, les rêves, la perdition, les labyrinthes
(physiques et émotionnels)
Mais plus que cet exposé
thématique, c'est la forme de Mulholland Drive qui en fait
une uvre immédiatement et indubitablement lynchienne.
Si l'histoire proprement dite peut rester obscure et sujette à
interprétations, si les personnages peuvent nous échapper,
si la narration devient alors totalement secondaire c'est bien grâce
à cette force peu commune qu'a David Lynch de présenter
un univers captivant mais inconfortable, parlant mais énigmatique,
séduisant mais effroyable, un univers reconnaissable entre
mille -mais l'univers chez Lynch n'est-il pas déjà mille
et autres choses ? Quelques éléments balaient le film
comme autant de repères, telle une pièce mystérieuse
habitée d'un avorton sentencieux, un cabaret baroque, des personnages
doubles, un récit de cauchemar apparemment annexe. Autant de
balises familières qui peuvent rassurer mais qui inquiètent
d'autant : que représentent-elles ? Tout comme pour Lost Highway
où le spectateur ignorera si Renée et Alice sont une
même personne, l'important étant qu'elles peuvent l'être,
ou ne le peuvent pas, Mulholland Drive est sujet à diverses
interprétations qui font la joie de son auteur : David Lynch
conçoit son cinéma comme une musique, jouant avec et
sur le temps, laissant la surprise de l'inconnu. Dernière chose,
ce film est aussi une satire irrésistible de l'industrie hollywoodienne
du cinéma et tout le monde y passe, des producteurs mafieux
au cinéaste arty en passant par les acteurs vieillissants et
les directrices de castings mondaines. Quelques éclaircies
facétieuses dans un monde tout en tournants.
Guillaume
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