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Dominique
A revient. Serein, réconforté et en phase avec lui-même.
Rabiboché avec ses états d'âme, réconcilié
avec sa voix. Comme purifié après toutes ses angoisses.
Avec Remué, le Nantais s'était donné sans compter,
allant loin dans une introspection intérieure à la limite
du supportable. Osant un album aride et difficilement accessible.
Le genre de disque qu'on ne peut écouter qu'à mi-temps
car il a du mal à passer en continu. C'est pourtant un album
qui ne vieillit pas, hier, aujourd'hui, demain, il s'écoute
toujours intensément, sorte de gri-gri intime qui vit, gît
et survit dans nos discothèques. Que l'on ressort de temps
à autre quand on en a envie et besoin. Si son album précédent
La Mémoire neuve avait manqué de le cataloguer en variété,
Remué avait bel et bien remis les pendules à l'heure.
Dominique A ne serait jamais un artiste de télé et autres
radios grand public (il avait d'ailleurs crié haut et fort
sa révolte lors d'une remise des Victoires un peu chahutée)
; il ne se laisserait jamais facilement apprivoiser. On avait compris
qu'il nous prendrait toujours à contre-pied. Avec Remué,
album austère et âpre, il nous avait interloqués,
un peu déçus peut-être, mais définitivement
séduits. Il était devenu, un peu malgré lui,
le chef de file d'une nouvelle génération qui écrit
en français, ne s'embarrasse ni de préjugés,
ni de stéréotypes. Avec les Miossec, Sylvain Vanot et
autres consorts, il s'était engagé avec ferveur dans
sa passion, la musique, faisant sa "musique" sans se soucier
du qu'en dira-t-on, ni des modes ou des attentes du public. Rock'n'roll
attitude ?
Deux ans ont passé, le Nantais s'est fait plus discret. Défendant
tout d'abord son album sur scène : prouvant sa capacité
à séduire un public plus que consentant, jouant ses
nouveaux titres dans la continuité de l'album, en plus électrique
même, puisque sur scène, par moments, ça pète.
"Ça donne une ambiance en montagnes russes". On le
croise ensuite sur l'album de Françoiz Breut, il l'accompagne
aussi sur une bonne partie de sa tournée, silhouette en demi-teinte
au visage austère. Jamais il n'a paru aussi lointain et sombre.
Printemps 2001, c'est au tour de Yann Tiersen de faire appel à
lui. Il chante d'ailleurs l'un des meilleurs titres de l'album, Bagatelle.
Devant le micro, il se laisse aller, retrouve le plaisir de chanter
("roucouler" comme il dit si bien), se réconcilie
avec sa voix. Il se remet à écrire. Retrouve ses vieilles
manies d'avant, composer dans sa cuisine, assis sur son évier.
Opte pour une nouvelle facette du personnage puisque, cette fois-ci,
il privilégiera coûte que coûte la formule guitare/voix.
Etonnant même ce revirement, lui qui, il n'y a pas si longtemps,
affirmait avoir renoncé au fantasme du disque acoustique. "Il
faut être sacrément gonflé pour se ramener avec
un disque de guitare folk aujourd'hui. Il faut être vraiment
très convaincu". Il doit être sacrément en
phase avec lui-même pour s'offrir une petite tournée
de promo seul au micro avec sa guitare ! Il enregistre donc son cinquième
album avec un certain John Parish (pour les mémoires défaillantes,
le musicien de Goldfrapp ou Giant Sand, le même qui a travaillé
avec PJ Harvey). Le duo s'enferme en studio à Londres. Les
rejoignent l'ingénieur son (Head) de Parish et Sacha Toorop,
batteur complice du Nantais. En un mois, le disque est bouclé
; les premières prises sont souvent les bonnes. Au final, 14
titres dans une lignée Dominique A assurément, mais
beaucoup moins austères, comme soulagés. On retrouve
cette voix, difficilement étiquetable, avec cette manière
bien à lui de la poser entre parler-chanter. Maintenant sa
voix prend de l'élan, s'envole, s'exprime, s'échappe.
Un cinquième album entre deux eaux avec des titres encore très
sombres, mais aussi des ambiances légères où
se mêlent espièglerie et sensualité. Il n'hésite
pas à reprendre un titre des Belges de Polyphonic Size (Je
t'ai toujours aimée) et même Les Enfants du Pirée
de Dalida. Economie des effets, pureté des mélodies,
acuité des textes : la recette Dominique A est là. Il
ose, se balade dans les registres, surgit là où on l'attend
pas. Dominique n'a plus rien à prouver, il peut tout se permettre
après un disque comme Remué.
Avant la sortie de Auguri, il viendra présenter quelques chansons
de ce nouvel opus, seul avec sa guitare. Premiers rendez-vous avec
le public, jeu jubilatoire de la scène où il faut savoir
improviser et s'adapter aux réactions du public. Dominique
A revient, encore grandi et toujours aussi franc-tireur.
Anne
Huguet
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