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Les
étudiants aiment le jazz et le font savoir à laide
de Un Doua de jazz avec une belle ouverture, le percussionniste Le
Quan Ninh (qui sera aussi en concert gratuit dans la nouvelle série
douverture auditive que nous propose le CNSM, le 31 octobre).
Beaucoup de choses avec Ducret en trio, la Petite Compagnie, Lionel
Martin trio... et Yen a qui manquent pas dair, (de la
belle musique) mené de main de maître par Catherine Delaunay
et Bruno Tocanne à qui nous sommes allés poser quelques
questions.
Que représente le jazz pour vous aujourdhui ?
Catherine : Limprovisation et lécoute de lautre.
Bruno : Même chose en y ajoutant lamour de la différence
et une forme de résistance à la seule notion, libérale,
dindustrie musicale en matière de création.
Votre musique est assez loin du paysage sonore des fanfares, pourquoi
coller ce mot à votre groupe ?
Catherine : Il me semble quil ny a pas quun seul
et unique paysage sonore des fanfares mais bel et bien tout un univers.
Des fanfares il en existe des milliers, chacune avec des racines musicales
et culturelles différentes. Pourquoi vouloir toujours réduire
le vocabulaire, restreindre les choses ? Yen a qui manquent
pas dair correspond à lessence même
du mot fanfare puisquil y a là des cuivres
et des percussions. Dans le sens Rabelaisien également : fanfare
est un mot onomatopique qui me semble convenir tout à fait
à la musique que nous jouons. Tous à vos dictionnaires
! Par ailleurs les compositions que jamène sont simples,
populaires et festives. Rien de confidentiel. Cest lidée
que je me fais dune fanfare.
Pouvez-vous nous parler de ce jeune saxophoniste, assez fabuleux
qui joue avec vous ?
Bruno : Lionel, avec qui je viens denregistrer en trio en compagnie
du contrebassiste Benoît Keller (trio qui sera au Magic Circus
le 28 septembre) est un musicien comme je les aime et comme il y en
a peu : musical, à lécoute de ses partenaires,
sans concession, imaginatif, ouvert sur les autres, curieux de tout
Comment réagissez-vous aux musiques électroniques
?
Bruno : Très bien ! Là comme ailleurs il y a des choses
fabuleuses. Jaime beaucoup le côté transe, le côté
musique répétitive que lon retrouve dans de nombreuses
musiques dAfrique et dOrient.
Il y a là aussi des improvisateurs passionnants. Jai
déjà eu quelques expériences avec des DJ, que
jaimerais approfondir.
Catherine : a priori très bien également. Cest
un univers à découvrir plus précisément
en ce qui me concerne.
Catherine Delaunay, vous jouez du saxophone et de la clarinette.
Qui sont les clarinettistes qui vous ont le plus marquée ?
Eric Dolphy, Don Byron, John Surman, Gloria Feldman, Laurent Dehors,
Michel Portal, Louis Sclavis, Nano Peylé.
Bruno Tocanne, même question, mais là pour les batteurs
?
Bien que ce ne soit pas les batteurs qui maient le plus marqué,
préférant mintéresser au côté
collectif de la création musicale, je citerais tout de même
Robert Wyatt, Jean-Louis Méchali, Paul Motian, Daniel Humair,
Tony Williams, Jack Dejohnette
Vous êtes plutôt bop, plutôt free, plutôt
contemporain ?
Bruno : Cest une question que je ne me pose plus depuis longtemps
Je me bats depuis toujours pour que lensemble des musiques improvisées
sorte de ce type de classifications, plus commerciales quartistiques.
Je me refuse de choisir une catégorie esthétique au
détriment dune autre. Jaime autant le rap, le raï,
la musique contemporaine, les musiques traditionnelles du monde entier
que toutes les formes du jazz et des musiques improvisées !
Chacune de ces musiques mapporte quelque chose de nouveau.
Catherine : Il y a des musiciens extrêmement performants qui
jouent le bop à merveille et que jécoute avec
plaisir, même si je nen suis pas une spécialiste.
Pour le reste je me nourris de toutes les musiques que jai énormément
travaillées et écoutées, mon discours musical
passe par là. Je me sens free, oui, libre de développer
mon propre langage. Je suis contemporaine, évidemment. La musique
que jécris est contemporaine, la musique que je crée
en improvisant est une musique vivante et instantanée.
Catherine vous allez donner un concert fin septembre au Magic Circus
avec une pianiste, volontairement ouvert sur dautres musiques.
Une première partie avec des uvres de Carl Maria Von
Weber, Johannes Brahms et Alban Berg... et une deuxième partie
jazz. Quest-ce qui vous pousse vers ce genre dexercice
?
Je ne conçois pas cette soirée comme un exercice mais
véritablement comme lexpression de ma propre culture.
Jai une formation dite classique au départ,
conservatoires et tutti quanti. La musique classique et la musique
contemporaine font partie de mon univers. Je les considère
comme une richesse, un outil supplémentaire pour étoffer
mon discours improvisé. Yves Bleton ma suggéré
lidée de cette 1ére partie et cest avec
un grand plaisir que je retrouve Sandrine Legrand au piano. Nous avons
un long parcours musical ensemble et jouer en sonate cest comme
se raconter à travers la musique de Brahms ou de Berg nos expériences
musicales diverses. Il y a dans la musique de chambre, comme dans
la musique improvisée, lexigence, la générosité,
la nécessité dune grande intimité et dune
compréhension totale.
Comment se passe la vie dun groupe de jazz en France ?
Bruno : Nous navons pas à proprement parler de vie
de groupe, chacun ayant un certain nombre dactivités
de son côté. Nous préférons parler dun
réseau de musiciens à travers lHexagone
avec des affinités, des histoires ou des envies communes. Nous
nous retrouvons régulièrement sur les projets des uns
et des autres. Des nomades en quelque sorte, avec laide dInternet
et du TGV
En France, en ce qui concerne le jazz et les musiques improvisées,
mais également plus généralement lensemble
des musiques actuelles, le problème de la diffusion se situe
en particulier au niveau des Scènes Nationales et autres Théâtres
Municipaux.
Certaines de ces structures ne pensent plus lartistique quen
terme de rentabilité, nayant parfois pour seule politique
que de programmer le groupe lauréat dun concours, (serait-ce
pour combler leur manque dimagination en matière de programmation
?) et/ou une ou deux valeurs sûres par saison (souvent
un jeune musicien poussé par une major ou lune des 3
formations les plus médiatisées du moment) et basta
Même si ce nest évidemment pas le mode daction
de toutes ces structures, cest une tendance qui tend à
se généraliser depuis quelques années, alors
quen même temps elles font un travail de fond en faveur
du théâtre et de la danse.
Heureusement le tissu associatif, malgré la multiplication
des embûches, reste vivant ! Cest en partie grâce
à lui, que ce soit par le biais de festivals ou de lieux de
diffusion, de création et de formation, que la création
musicale arrive à se développer malgré tout,
ce en dehors du seul système marchand.
Vous êtes en résidence à lassociation Agapes
qui souffre actuellement dun manque daide de la ville
de Lyon, pouvez-vous nous en dire plus à lheure actuelle
?
Bruno et Catherine : Il est tout de même très choquant
quune ville de limportance de Lyon se soit jusquà
maintenant désintéressée du travail dune
telle association, affiliée à la fédération
des scènes de jazz et musiques improvisées, regroupant
diffuseurs, artistes et techniciens sur un projet de diffusion - création
et ce dans le domaine des musiques innovantes ! Avec des résidences
de musiciens, des concerts, quAgapes a produit un 1er CD sous
son propre label, qu'elle a produit ou co-produit des concerts un
peu partout en France, en Pologne et à Montréal, qu'elle
a reçu nombre de musiciens comme Ramon Lopez, Paul Rogers,
Marc Ducret, Bruno Chevillon, Eric Echampard, Ricardo Del Fra
Le tout avec des aides, en région, se limitant à la
DRAC, la Mairie nayant, à ce jour (mais nous avons bon
espoir quil y ait du changement rapidement) pas renouvelé
la petite aide quelle accordait. Cette défection de la
mairie a entraîné de fait un désengagement progressif
de la DRAC et a donc amené Agapes au bord du gouffre, alors
même quelle développait ses activités. Sajoute
à cela le problème dun lieu permanent adapté
à ces musiques.
Cest pour cela que nous avons pris linitiative de lancer
une pétition de soutien à Agapes en juillet, signée
par de nombreuses personnalités du secteur culturel (musiciens,
diffuseurs, producteurs, agents) et par le public, et que nous lavons
envoyée aux différentes institutions régionales.
Une rencontre récente avec les responsables des musiques
actuelles à la Mairie de Lyon nous a un peu rassurés
sur lavenir
Mais nous attendons de voir
En attendant les musiciens en résidence, Catherine, Lionel
Martin, Pierre Badaroux et moi-même avons décidé
dorganiser 3 soirées de soutien à Agapes les 27,
28 et 29 septembre au Magic Circus.
Un disque en préparation ?
Plusieurs ! Le disque du trio Benoît Keller - Lionel Martin
- Bruno Tocanne, déjà enregistré en septembre.
(Sortie prévue fin 2001). Le prochain disque du Duo Tocanne
- Delaunay et le disque de Yen a qui manquent pas dair
sont eux en préparation pour 2002.
Avez-vous dautres projets à venir ?
Catherine et Bruno : Nous serons en tournée au Japon ensemble
au mois doctobre 2001, avec le pianiste américain Dave
Burrell. Nous y rencontrerons également deux musiciens japonais
: le guitariste Takayuki Kato et le contrebassiste Nobuyoshi Ino.
Nous travaillons aussi en duo sur un projet musique et cinéma
avec le scénariste Jean-François Goyet (scénariste,
entre autres de Western de Manuel Poirier). La création
se fera à Varsovie en novembre 2002 puis nous la présenterons
à travers la Pologne.
Et puis plein de projets chacun de leur côté puisque
Catherine part en tournée en Afrique avec Tous Dehors et continue
de travailler avec le projet franco-cubain de Luc Le Masne. Que Bruno
jouera avec le trio Keller - Martin - Tocanne régulièrement
ce dernier trimestre à Lyon, fera une série de concerts
en mai 2002 avec Denis Badault et prépare une tournée
en octobre 2002 avec un orchestre franco-québécois sur
les compositions de Jean Vanasse.
Bruno
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