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Pour cette création, vous êtes en résidence
à la Maison de la Danse, qu'est-ce que cela change dans votre
travail au quotidien ?
On n'a pas encore un grand confort de travail mais cela avance. La 1ère
année, on a travaillé en se débrouillant pour trouver
des salles de répétition, à Saint-Priest, à
Chambéry. On n'avait pas de salle fixe. La 2ème année,
on a pu travailler à Saint-Priest un peu mieux. La 3ème
année devient plus confortable, en coproduction avec la Maison
de la Danse, 15 jours de plateau et un soutien plus important. J'ai
pu me permettre de travailler avec des gens de l'extérieur, avec
une vraie équipe de scénographes, avec des musiciens,
il y a également un danseur de New York qui nous a rejoints.
Je sens que l'on est dans une autre phase et c'est réconfortant.
Le lien compagnie/institutions est plus fort mais il crée en
même temps une exigence et des attentes plus fortes et donc des
questionnements sur la création.
Avec ce spectacle, vous dîtes que le hip-hop interroge la danse
sur son devenir, qu'est-ce que cela signifie ?
Le hip-hop est une danse jeune, même si cela fait un moment qu'on
le dit, par rapport à l'histoire de la danse avec un grand D.
Les premières années, les spectacles étaient uniquement
les résultats de ce qu'on était. On dansait sans se poser
les questions de suite, de gestes, de musique, de presse. Le public
aimait mais il n'y avait pas de vraies questions sur le contenu. Il
y a eu une 2ème étape où l'on nous disait maintenant
qu'est-ce que vous nous proposez de nouveau ? Alors les métissages
sont apparus avec les premières rencontres avec la musique contemporaine,
la danse africaine, la danse contemporaine. Cela a plu aussi et on est
allé vers d'autres rapports à la danse qui nous ont construits
dans notre manière de voir la danse, dans notre manière
de créer. Aujourd'hui, on est dans une 3ème étape
où il faut d'avantage aller vers ce qu'il se passe autour. On
se rend compte que c'est complexe de créer. Plus on avance plus
on rencontre le regard, les exigences de l'autre, les critiques et on
est amené à se poser un certain nombre de questions, on
est amené à faire un véritable travail de recherche
pour créer. Si l'on veut que le hip-hop aille vers des choses
nouvelles, il faut être dans toutes ces questions de la création,
il faut voir ce qu'il se passe autour avec les autres danses, le public,
la vie car tout cela crée des influences sur notre parcours.
Dix versions, ce sont dix tableaux sans véritables histoires
et qui posent la question de la création en elle-même ?
J'ai essayé de réfléchir à ce qu'il se passe
actuellement dans la danse. On est là, il y a des choses autour
de nous et ces choses vont nous aider à proposer un spectacle.
Quand je rencontre des chorégraphes contemporains c'est pareil
pour tous. Certains travaillent avec le cirque, avec le théâtre,
avec des univers différents. En fait, je me suis dit qu'aujourd'hui
la création c'est d'amener des choses nouvelles, inattendues,
d'amener des émotions... La création c'est construire
en s'aidant de plein de choses qui nous entourent. Alors j'ai eu envie
de partir à l'envers de ce constat. J'ai décidé
de proposer dix versions différentes avec des danseurs hip-hop,
en leur amenant des éléments, des thèmes, ou des
objets et c'est finalement la confrontation de la danse et de ces éléments
qui va construire le spectacle.
Dix versions est construit sur 10 tableaux qui représentent chacun
une version. Il y a un tableau où l'on travaille avec les couleurs,
le rapport à la couleur, comment la danse réagit par rapport
à la couleur. Un tableau sur les sexes et le rapport homme/femme.
Un tableau avec l'objet (cube, cercle, rectangle...), comment la danse
réagit par rapport aux objets. Un tableau sur le mélange
des musiques, un autre sur la diversité des corps
En fait, dans le spectacle, on confronte la danse à des univers
et cela donne des images belles, pas belles, émotionnelles, spectaculaires,
cela donne des rencontres d'un tableau à l'autre
Cela peut
paraître décousu au départ, mais finalement le spectacle
est fait de ces rencontres-là qui ont amené une diversion
en 10 versions. J'ai créé également un tableau
sur la diversité des mots avec du texte qui nous fait suivre
l'évolution des différents tableaux. Il nous convie de
l'un à l'autre, avec une moralité qui dit que finalement
on a proposé un spectacle avec une danse qui reste toujours la
même, des danseurs qui sont toujours des danseurs de hip-hop.
On a simplement amené des accessoires sur différents thèmes,
on a construit un spectacle avec 10 messages différents, avec
des rencontres. On a fait une diversion au niveau du public sans changer
une note de la danse, de l'énergie, sans rien changer de ce que
l'on est.
Vous dîtes que ce spectacle pose la question du positionnement
du chorégraphe par rapport aux autres danseurs ?
Au départ, le groupe de hip-hop ce sont des copains, il n'y a
pas de chorégraphe, chacun propose des mouvements et tout le
monde accepte. Mais pour faire un spectacle on est amené progressivement
à avoir une réflexion qui ne peut se faire à plusieurs.
En proposant telle danse, telle musique ou telle gestuelle, le rôle
de chorégraphe et de direction d'équipe s'impose, et c'est
ce qui s'est passé pour moi. Mon rapport avec les danseurs a
changé. J'ai pris ce rôle parce que j'en avais envie, mais
pour y réussir, j'ai dû faire un vrai travail sur mon rapport
avec les danseurs et cela ne s'est pas fait en 15 jours. Il faut que
chacun le comprenne, c'est propre au hip-hop de ne pas être structuré.
Dans un schéma de danse traditionnel c'est différent.
Ce qui me plaît aujourd'hui c'est ce travail de chorégraphe,
d'écriture, de construction du spectacle
Propos
recueillis par Martine Pullara
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