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Juste
avant lété on a beaucoup parlé dAmélie
Poulain, vaste succès cinématographique, Serge Kaganski
sempressant (une ou deux semaines après la sortie du
film), mais il lui fallait du temps pour cette provocation, le temps
de la gestation pour un Rebonds, de senfoncer lamentablement
dans une critique-polémique sans grand intêret.
Oublions ce faux débat didées.
Je préfère relire le texte de Eloge de lamour
de Jean-Luc Godard, fil re-conducteur du film. Son noir et blanc dune
facture exceptionnelle, les images et les mots. Godard a toujours
su fasciner. Son cinéma, ses propos, sa voix.
Ses mots, juste avant la fin du film.
les mots
par notre usage de la parole
nous sommes amenés à constater que
les mots
nous présentent des idées
lhomme fabrique des idées
cest un téméraire
fabricant didées
la situation dans laquelle
nous nous trouvons aujourdhui
découle de cette faculté même
Ce texte paru chez P.O.L est une véritable respiration, cest
rare. Cest un petit ouvrage quon peut mettre dans une
poche, en lire quelques lignes pour reprendre son souffle. Eloge de
lamour est le texte du dernier film de Godard, un traité
de philosophie qui se lit sans effort, dune traite comme quelque
chose dessentiel.
Le cinéma de Godard, heureusement existe.
Joublierai de vous parler des rebondissements télévisuels
du mois de juin, en la matière je suis assez piètre.
Jean-Luc Godard, encore Eloge de lamour.
vous vouliez me dire
quelque chose
quand est-ce que le regard
a basculé
à votre avis
il y a dix ans, quinze ans
peut-être cinquante
avant la télé
mystère
plus précisément
avant la préséance de la télé
sur quoi
sur lactualité, souvent même
sur la vie
.
De lusage de la parole, cest un bel exemple, limpide,
sans fioritures. Les mots du cinéaste sont comme des portes
quil nous ouvre, on regarde. Reste le temps de la digestion,
lavantage de ce livre est de garder le texte dun film
comme une mémoire qui nous accompagne. Godard a la capacité
intellectuelle de parler de Belgrade, de mondialisation, de cinéma,
de la résistance, et de bien dautres choses. En quelques
mots, il neffleure pas, il va à lessentiel, nous
bouscule, nous bouleverse.
pas un journaliste ne signala
que la plupart des réfugiés
se trouvaient précisément dans leurs foyers
lorsque la guerre éclata
Et que les Serbes
avaient averti
quils régleraient leurs comptes
avec les Albanais
si lOTAN sen prenait
à la Yougoslavie
Issu dune période (les années 60) en pleine ébullition
(nouveau roman, nouvelle vague du cinéma, situationniste, free
jazz
), JLG a gardé une sorte daura, parce que finalement
son discours est resté ancré dans la réalité
et que la caméra de Godard est une absolue nécessité
à la liberté dexpression.
Le discours et la méthode en osmose
Parlant de culture, on aimerait être à nouveau surpris
par cette nouvelle saison, musique, art plastique, danse, théâtre.
Pour ce dernier, cet art du spectacle vivant doù viendra
la surprise ? A quand remonte ce sentiment despoir, ce remue-ménage
intérieur qui bascula vos tripes ?
Nous sommes en pleine préséance, souvent léchelle
des valeurs se trouve en porte-à-faux, ça couine un
peu, ça susurre, ça dit peu finalement.
Les planches des théâtres finiront elles-mêmes
par exprimer leurs colères.
En attendant ceux qui revendiquent la paternité de Vitez, de
Vilar, la dramaturgie des auteurs allemands, qui rêvent dune
refondation du langage théâtral, ont les moyens de renverser
la vapeur et déliminer les odeurs déjà
poussiéreuses du vingtième siècle.
Parler de modernité et aller au bout du propos.
Le discours fait partie de la méthode.
Reste la méthode.
Si certains culbutent un peu ce moyen dexpression avec une certaine
fougue, dautres lauront vite perverti à toutes
fins utiles pour servir soit un vide en matière de mise en
scène, soit pour asseoir une situation confortable dassisté
subventionné.
Un peu de remue-ménage ferait un bien fou.
Peut-être un peu de ménage aussi, simplement.
Pour les amoureux de lécrit, la lecture reste un moment
où lon se trouve confronté avec linterprétation
dun comédien, ça peut certaines fois valoir toutes
les mises en scènes, cest souvent brut, sans décor,
juste la voix de lauteur au travers de celle dun comédien.
Cest une forme qui redevient à la mode.
Tant mieux, cest une petite mode.
Lyon aime la musique, bien que certaines fois on ait des doutes, le
firmament ayant été atteint cet été aux
Nuits de Fourvière, lancien théâtre romain
devenant pour loccasion un ventre creux, une sorte de parent
pauvre de la création, la vitrine dune ville vieillissante
qui laisse un tout petit peu de place aux générations
futures. On échafaude une programmation dans lesprit
des catalogues, ça brille un peu, de la parure, du clinquant.
On veut du monde sans aucune prise de risque. Pourtant de mémoire
on en a vu des pas mal, Young Gods, Dylan, Deus...
Lyon aime la musique disais-je, le classique ayant place de roi, les
autres restant un peu les parents pauvres dun secteur culturel
qui semble courir encore trop souvent après les aides. On asphyxie
de plus en plus les petits lieux, ce qui était jusqu'à
hier une forme, avec des lieux ayant droit de vie, est vite devenu
juste tolérance. Aujourdhui il se pourrait bien que la
barre de lintolérance se soit érigée en
vindicte populiste.
Pour
finir sur une note un peu moins sérieuse, car cela lest-il
tant ? Vous pouvez lire l'autobiographie radicale et fascinante d'Iggy
Pop, pour la modique somme de 37F, l'iguane vous propose une ballade
au cur de son histoire, c'est pas triste, jubilatoire, et ironique.
Rock'n'roll en quelques sortes.
Eloge de lamour de Jean-Luc GodardEditions P.O.L. 126 pages,
75F
I need more de Iggy PopEditionsSerpent à plumes. 167 pages,
37F
Bruno
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