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On
n'était pas bien nombreux au Pez ner ce soir-là, mais
on en parle encore. Un lundi de juillet 97, lendemain de dissolution
mémorable : Eugène Chadbourne entame son "Tribute
to Jacques Chirac" par une version irrésistible de I'm
a loser. Pas sûr aujourd'hui que la victoire douteuse du sinistre
George W Bush l'inspire autant : impossible en effet de trouver plus
dissemblables que ce cow-boy sanguinaire et le docteur fou de Greensboro
qui raillait déjà méchamment Ronald Reagan dans
les années 80 en compagnie de Jimmy Carl Black.
Un concert de Chadbourne n'a rien de confortable, on peut s'attendre
à tout et à n'importe quoi, c'est-à-dire vraiment
n'importe quoi
banjo à tomber par terre, reprises de
Coltrane avec un son sur saturé et des mimiques dignes de Van
Halen, un quart d'heure de "râteau électrique"
(une expérience dont on ressort différent
) suivi
d'une reprise à pleurer des Thoughts of Maryjane de Nick Drake.
Mais pas de malentendus, sous ses airs de clown triste, l'homme cache
un formidable musicien, celui auquel John Zorn doit (depuis déjà
vingt ans) son disque le plus radical et le plus beau, In memory of
Nikki Arane en duo : ultime voyage au bout du silence et du bruit.
Peu de musiciens sont capables d'aller aussi loin dans la recherche,
l'accident, le son qui déraille, au risque de l'insupportable,
au risque de faire surgir l'inouï. Paul Lovens n'a pas beaucoup
de points communs avec cet univers country déjanté,
le batteur vient de l'improvisation libre anglaise, celle des Evan
Parker et Derek Bailey (que Chadbourne a déjà croisés).
Face à l'autre énergumène, il ferait presque
figure d'ascète, mais ses percussions sont des trésors
d'inventivité, de joyaux rythmiques et il apporte à
cet improbable duo une certaine assise qui permet toutes les folies.
Si l'écoute de leur disque Patrizio (chez Victo) est parfois
rude, c'est justement parce qu'il manque l'image, la vie et la surprise
propres aux concerts de Chad'. Mais rien que pour ces quelques ballades
folk surgies de nulle part (I just want to dance all night où
Chadbourne semble parfois imiter Louis Armstrong) il fallait que ces
deux hommes se rencontrent. Et puis surtout, ce qui est passionnant
c'est que personne ne peut dire ce qu'ils feront la prochaine fois
même pas eux. Décidément, ce concert, aussi rare
et revigorant qu'un rayon de soleil à travers les nuages du
mois de janvier, est inratable. Aucune excuse vaseuse ne sera acceptée
!
Vincent
Domeyne
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