ARCHIVES
2001

JANVIER N°56
Tiken Jah Fakoly
Eugène Chadbourne
Pierre Alain Jaffrenou
Mouche de là
Antigone
Josette Baëz
Guy Alloucherie
Stanislas Nordey

FEVRIER N°57
Les Têtes Raides
Aurélia Picot
Compagnie Kâfig
At The Drive In
Françoiz Breut
Mouche de là
Pita, Peter Rehberg et Ritornell

MARS N°58
Le Pez Ner
James Ellroy (1ère partie)
Anne Teresa De Keersmaeker
Jean-Luc Godard
Mouche de là

AVRIL N°59
Expérience
Laure Adler
Blonde Redhead
Mouche de là
Nième Compagnie

MAI N°60
Yan Tiersen
Mouche de là
Robert Ménard
James Ellroy (2ème partie)
Kat Onoma

JUIN N°61/62
Mendelson
Nick Cave
Le droit des étrangers
Neil Young

SEPTEMBRE N°63
Chronique Express
Galerie le Réverbère
Gwenaël Morin
Lia Rodrigues
Ohad Naharin
Babylone's Burning
Guy Walter
Pan Sonic, Christian Fennesz

OCTOBRE N°64
Jean-Marc Durou
Meï Teï Shô
Catherine Delaunay, Bruno Tocanne
Dominique A
Jeff Wall
Doc en courts
Joe Strummer, Paul Weller
Brigitte Giraud

NOVEMBRE N°65
Pierre Carles
David Lynch
Amin Zaoui

DECEMBRE N°66
Dominique Boivin
Gwenaël Morin
Pierrick Sorin
Aleksandar Hemon, Rafael Torres
Japanese Independent Music
Colum McCann

  JANVIER N°56  



 

Eugène Chadbourne
& Paul Lovens

On n'était pas bien nombreux au Pez ner ce soir-là, mais on en parle encore. Un lundi de juillet 97, lendemain de dissolution mémorable : Eugène Chadbourne entame son "Tribute to Jacques Chirac" par une version irrésistible de I'm a loser. Pas sûr aujourd'hui que la victoire douteuse du sinistre George W Bush l'inspire autant : impossible en effet de trouver plus dissemblables que ce cow-boy sanguinaire et le docteur fou de Greensboro qui raillait déjà méchamment Ronald Reagan dans les années 80 en compagnie de Jimmy Carl Black.
Un concert de Chadbourne n'a rien de confortable, on peut s'attendre à tout et à n'importe quoi, c'est-à-dire vraiment n'importe quoi… banjo à tomber par terre, reprises de Coltrane avec un son sur saturé et des mimiques dignes de Van Halen, un quart d'heure de "râteau électrique" (une expérience dont on ressort différent…) suivi d'une reprise à pleurer des Thoughts of Maryjane de Nick Drake. Mais pas de malentendus, sous ses airs de clown triste, l'homme cache un formidable musicien, celui auquel John Zorn doit (depuis déjà vingt ans) son disque le plus radical et le plus beau, In memory of Nikki Arane en duo : ultime voyage au bout du silence et du bruit. Peu de musiciens sont capables d'aller aussi loin dans la recherche, l'accident, le son qui déraille, au risque de l'insupportable, au risque de faire surgir l'inouï. Paul Lovens n'a pas beaucoup de points communs avec cet univers country déjanté, le batteur vient de l'improvisation libre anglaise, celle des Evan Parker et Derek Bailey (que Chadbourne a déjà croisés). Face à l'autre énergumène, il ferait presque figure d'ascète, mais ses percussions sont des trésors d'inventivité, de joyaux rythmiques et il apporte à cet improbable duo une certaine assise qui permet toutes les folies. Si l'écoute de leur disque Patrizio (chez Victo) est parfois rude, c'est justement parce qu'il manque l'image, la vie et la surprise propres aux concerts de Chad'. Mais rien que pour ces quelques ballades folk surgies de nulle part (I just want to dance all night où Chadbourne semble parfois imiter Louis Armstrong) il fallait que ces deux hommes se rencontrent. Et puis surtout, ce qui est passionnant c'est que personne ne peut dire ce qu'ils feront la prochaine fois… même pas eux. Décidément, ce concert, aussi rare et revigorant qu'un rayon de soleil à travers les nuages du mois de janvier, est inratable. Aucune excuse vaseuse ne sera acceptée !

Vincent Domeyne