|
En
décembre, les amateurs de cirque dit moderne ou nouveau
ont pu se faire plaisir entre la dernière création du
Cirque Plume (peu décoiffant) et la venue du Circo Da Madrugada,
emmené par le créateur d'Archaos, qui a offert un spectacle
plein d'énergie et de fantaisie, aérien et poétique.
C'est au Théâtre de Mâcon qu'il faudra se rendre
en février puisque Guy Alloucherie en sera l'hôte d'honneur
(du vendredi 9 au jeudi 15 ). Carte blanche donc à ce génial
créateur et metteur en scène, qui refuse tout compromis
et propose des spectacles à nul autre pareils, à partir
d'un travail d'improvisations et de recherches collectives. Pour la
petite histoire, Guy Alloucherie, fils d'un mineur d'Auchel, est le
co-fondateur, avec Eric Lacascade, du Ballatum Théâtre.
En 97, leurs chemins se séparent : l'un prenant en charge la
direction de la Comédie de Caen, le second repartant de zéro
vers de nouvelles aventures artistiques.
Alloucherie est un homme de concepts, qui se pose des questions sur
tout (la vie, l'amour, les peurs
), réfléchit à
la scène, au public, au théâtre, aux domaines artistiques.
Ses recherches s'orientent autour de deux constantes : un travail autour
de l'improvisation et l'écriture et une réelle volonté
de croiser les talents artistiques. C'est à lui, aussi, qu'on
doit le magnifique spectacle Le cri du caméléon. Depuis
97, il dirige la Cie Hendrick Van Der Zee (H.V.D.Z.) -du nom d'un personnage
énigmatique croisé dans un film. Cette fois-ci, Alloucherie
donne libre cours à ses envies, donnant la part belle au jeu
dramatique, la danse, le cirque, ainsi qu'à l'improvisation et
à l'écriture. Travaillant pour ce faire avec une chorégraphe
rencontrée fortuitement (Marie Letellier), une assistante à
la dramaturgie (Martine Cendre). Les spectacles mis en scène
par Guy Alloucherie sont envisagés comme des moments de vie à
mener en commun, comme si on prenait le pouls de ce que chacun ressent
quand le spectacle se met à vivre
Rien n'est inventé
ici, les réponses sont au fond de soi, il ne s'agit que de vivre
simplement.
Ses personnages sont attachants et touchants, mélange d'enfants
et d'adultes, confrontés à la vie et ses contraintes,
ses angoisses (solitude, manque de communication, mort, amour
).
Chez Alloucherie, le décor est neutre et n'entrave pas l'humain
: liberté au corps, vive le geste, la parole. En outre, il sait
trouver le juste ton entre humour et dérision, désespoir
et gravité, le tout pondéré par la finesse du jugement
et des textes.
Ses expériences et sa quête artistiques s'appréhenderont
à travers trois spectacles différents mais étroitement
imbriqués, véritable kaléidoscope de sentiments,
sensations, idées, peurs. Purs instants de vie pris sur le vif,
simultanément et consécutivement, sans ordre ni logique.
Des spectacles où transpirent une énergie furieuse et
une débauche de mouvements, de figures, de paroles, d'actions
et de sentiments.
Et après on verra
, spectacle présenté par
la Cie Anomalie est un pur condensé de danse, cirque et théâtre.
Où se mêlent habilement virtuosité et perfection
technique, légèreté d'action et distante ironie.
Les personnages, ce sont eux-mêmes pris dans l'engrenage infernal
de la comédie humaine. Bagarres, chutes, affrontements, attouchements,
envols, esquives : le corps devient langage et retransmet tout ce qui
tient au cur et au corps (!) de ces 10 filles et garçons
acrobates-danseurs-comédiens-musiciens : l'éternel recommencement,
tout ce qu'on voudrait, ce qu'on ne peut avoir, les comptes à
régler
Le tout dans une confusion de l'instant, dans un
débordement de l'action ; Vivre l'instant
Ne pas
chercher à tout voir
.
Quoi ? l'éternité (titre emprunté à Rimbaud)
est une création pour neuf danseurs et acteurs. Terrain de jeu,
terrain de recherche
Sorte de voyage dans nos vies fragmentées
faites d'envies, désirs et dégoûts, une recherche
pour trouver un endroit où se poser et déballer ses affaires.
Un spectacle bâti sur de petits bouts de récits, entre
biographie et fiction, avec toujours l'élément corps premier
acteur de cet étrange imbroglio : les corps se heurtent, se prennent,
se délacent, s'approchent, se dressent, se parlent
Composé
de textes de W. Burroughs, J. Cassavetts, G. Alloucherie, F. Pessoa,
Quoi ? l'éternité se présente comme un montage
de monologues à plusieurs sur un mode ludique et loufoque : bouts
de vie, bouts de textes qui se croisent, s'entrecroisent et s'entremêlent
Le tout parlant de la difficulté de communiquer, de nos solitudes
réciproques.
Dernier tableau avec A quelle heure on meurt, assemblage de textes de
Ducharme pour duo. En chur polyphonique, les personnages, à
bout de nerfs et à fleur de peau, déclinent l'amour. Ils
sont à la fois tellement amoureux de la vie et tellement désespérés
(Alloucherie). Un spectacle qui mise sur des comédiens qui malaxent
le texte, le lisent, le jouent, le remanient, le ressassent, le remettent
au goût du jour : un texte dramatique qui évoque l'intraitable
pureté de l'amour : plutôt mourir que succomber à
ses mirages.
Trois drôles de textes, trois mises en scène décoiffantes
et hors normes : pensez d'ores et déjà à réserver
vos soirées. Alloucherie joue dans la cour des grands et a rarement
déçu. Un homme, un artiste à part entière
à découvrir.
Anne
Huguet
|