JANVIER
N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot
FEVRIER N°46
Erik Truffaz
Arthur H
Philippe Vincent
Claire Rengade
Brigitte Giraud
Le Pez Ner
MARS
N°47
Dominique Bagouet
Musiques en scène
Ousmane Sow
Gilles Chavassieux
Saïan Supa Crew
Thomas fersen
John Coltrane
AVRIL
N°48
Sally Nyolo
Tibet un peuple en sursis
Turak au Laos
Jean Bolcato
MAI
N°49
José Bové
Bell Oeil
Idir
Quatuor Hélios
High Tone
JUIN
N°51/51
Partage d'exotisme
JAVA
Anthony Braxton
Anna Karina
SEPTEMBRE
N°52
Delphine Gaud
Cie Accrorap
Nième Compagnie
Virginie Despentes
Le Peuple de l'Herbe
Bruno Chevillon
OCTOBRE
N°53
Maguy Marin
Brooklin Funk Essentials
Gopf
Biennale Internationale de Design
Bernard Lubat
Bob Dylan
NOVEMBRE
N°54
Emir Kusturica
Elliott Murphy
Charlie Brozzoni
Planète Comet
Denis Lavant
Glen Gould
Avatarium
Claire Rengade
DECEMBRE
N°55
Assassin
David Krakauer
Musée d'Art Contemporain |
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Bertrand Saugier©
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Philippe
Vincent
Richard III.
Shakespeare
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Sur
le plateau, un arc de cercle entre lointain et spectateurs. Il part
de nulle part. Il narrive nulle part.
Un cercle, cest vicieux, ça senroule sur lui-même.
On sy perd.
Dailleurs au commencement ça avait déjà commencé.
La perte.
Des hommes et des femmes anonymes suivent sans conviction ce trajet
obligatoire. Nont pas lair rassurés.
Lintuition de ce qui va suivre, linexorable descente aux
enfers.
Ils ont beau passer et repasser, les mêmes, suivis par dautres
qui leur ressemblent, ils se font tous avoir direct par un électro-broyeur,
une machine pas drôle, tous détruits à la chaîne
par du mécano-anodin, enfin une chose innommable qui na
pas de conscience.
Ça cest limage sonore du début. Réglée
dans lespace comme une réminiscence. Entrecoupée
de noirs. Les acteurs comme esclaves de limage elle-même.
Ce qui compte cest le montage. Et le montage nous assure que la
machine est en marche.
La mort va vite.
Cette machine dextermination est manipulée par Richard
(tutoyons-le, il est au plus intime avec chacun, potentielle victime).
Richard, que Philippe Vincent préfère nous monter dans
le reflet des visages tordus par la crainte et la suspicion; un dictateur
qui se respecte na plus besoin dêtre incarné.
Son évocation stigmatise, et il ne manque pas dintermédiaires
(en particulier sa main gauche bureaucratique, centaure irrésistible
de ladministration dans les petits souliers de Stéphane
Bernard). Les bras droits, ce sont la famille, les amis, les confidents
(disponibles à corps et à cris pour le grand guignol de
leur roi futur, comme ce cher Buck); cest plus sûr de faire
tout ça en famille (terrible scène des enfants dégénérés),
et qui aime bien châtie bien.
Cest la cruauté de Richard, induire le doute au plus profond
de chacun, détruire sa conscience et son âme avant de le
faire disparaître. Processus connu mais on ne shabitue jamais.
Par un habile montage de disparition-réapparitions, le film cauchemardesque
se déroule devant nous. Les acteurs découpent lespace
avant dêtre découpés. le terrain est miné
et le hasard en semble le maître, il sagit de ne pas être
là au mauvais moment, comme si lespace lui-même avait
le pouvoir de décider du lieu du gouffre. Les comédiens
ont des accents de chur antique, soutenus en direct par quatre
musiciens qui donnent à la machine sa véracité
de bistenclaque. Cette réclamation chantante, qui peut dabord
décontenancer, est brisée petit à petit par des
moments de jeu pur où le rire nous délivre de loppression,
nous laissant étrangement coupables.
Philippe Vincent réclame lengagement de ses spectateurs,
leur implication physique. Le son, les images, les collages énigmatiques
de Spinoza ou de limmortel Heiner Müller, tout bouscule,
surprend, soulève brutalement, et nos mains se tendent instinctivement
dans la dernière ascension fragile dune Lady Anne trop
humaine.
Il fallait bien une pietà, une dolorosa, pour faire la part de
Dieu et celle du Diable.
Mouche
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