Avec
"50 kgs de théâtre dobjets" répartis
en vrac dans deux malles, et un programme de route ouvert au hasard
des rencontres, nous sommes partis à la rencontre des artistes
et du public Lao. En ville et dans quelques villages reculés,
nous avons présenté notre théâtre, échangé
nos expériences, improvisé des scènes. Loccasion
de sinterroger sur la réception et la compréhension
dun spectacle à létranger, et pour du théâtre
visuel et sans texte comme le nôtre, sur la notion de lecture
de limage.Bref, une expérience extraordinairement enrichissante
que nous avons vécue en février dernier.
Très
vitre, plusieurs étapes sont envisagées : Vientiane (la
capitale), Luang Prabang (ancienne capitale royale) et quelques villages
du nord du pays. Le Centre Culturel Français de Vientiane nous
aide à rencontrer les artistes et autres acteurs de la vie culturelle
Lao. Quelques représentations au centre et dans les écoles
suffisent pour signaler notre présence dans la ville et éveiller
les curiosités. Jean-François Rotteleur (dir. adj. Du
CCF) et son équipe nous aident à organiser des rencontres
tous azimuts. Avec le cirque national, l'école de musique et
de danse, le théâtre national de poupée, la radio
nationale, Écoles sans frontières ou encore cette vieille
dame qui conserve dans une valise quelques marionnettes d'ombres en
cuir. Toutes les rencontres sont passionnantes. De cette curiosité
réciproque va naître un échange de savoir-faire.
A notre pratique dun théâtre ludique, théâtre
dobjets détournés sans barrières linguistiques,
chacun répond à sa manière.
Ici à lécole de danse de Vientiane, un jeune danseur
improvise une danse du roi des singes Hanuman avec un masque Turak.
Au cirque national de Vientiane, nous faisons connaissance du clown
Leuth Many qui propose tout simplement de nous accompagner pendant tout
notre séjour. Ensemble nous improvisons des scènes. Leuth
Many a appris le français au cours dun stage à lécole
de cirque de Chalons. Formidable interprète, il facilitera nos
rencontres avec le public, les artistes et les officiels. Avec un guide,
complice de jeu et ami comme lui, toutes les occasions sont bonnes pour
sortir quelques objets et improviser. Ici pour une marchande, au Talat
Sao de Vientiane (marché du matin).
Pour atteindre les villages du nord, comme ici Ban Nakang cest
très simple. Il faut remonter le Mékong en pirogue à
moteur pendant environ 5h, puis marcher dans la forêt pendant
1h. Vers 16h nous apercevons le village.
la première chose à faire est de rencontrer le chef. Se
présenter et lui expliquer que lon voudrait jouer un spectacle.
la rencontre est magique. Le village est très beau. Ici il ny
a ni eau courante ni électricité. les maisons sont en
bambou, construites sur pilotis. les cochons se promènent en
liberté et les chiens se disputent toute la journée. Les
hommes rentrent de la forêt, les femmes et les enfants attendent
le début du spectacle. Une dernière scène et il
fait nuit. Lampes à pétrole et petits feux sallument
un peu partout, alcools de riz et chanteurs se préparent, toute
cette nuit nous ferons la fête.
Nous partons pour Luang Prabang. Située au confluent du Mékong
et du Namkahn, cette ancienne capitale royale compte environ 70 temples.
On y vit au rythme des bonzes. Réveillés à laube
par les gongs, ils traversent la ville par centaines pour laumône
quotidienne. Tambours, cloches, prières, le temps nexiste
plus. Daprès le calendrier bouddhiste, nous sommes en 2543.
Pourquoi pas ? Certains temples abritent des écoles de bonzes.
Nous y faisons quelques présentations comme ici à Vat
Sop (nom du temple). Désormais, nous ne pourrons plus traverser
une rue sans quun bonze ne nous crie gaiement Tukata
(marionnette). En fin daprès-midi, tout le monde rentre
des champs, de la forêt, du marché ou de lécole
en passant par les temples.
Chaque cour de temple devient alors un incroyable lieu de vie où
nous jouons entre 17h et 18h, avant la tombée de la nuit.
Ainsi s'achève la première étape de notre projet
de coopération avec le Laos. Echelonné sur 3 ans, dans
le cadre de la convention AFAA et ville de Lyon,
il prévoit de nombreux stages de formation, la diffusion d'un
spectacle Turak, la mise en relation de plusieurs disciplines artistiques,
la création réunissant des artistes français et
lao et à terme, une présentation du spectacle en Asie,
en France et à Lyon. La suite du projet ? ce mois-ci, nous retournons
au Laos !