ARCHIVES
2000

JANVIER N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot

FEVRIER N°46
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Philippe Vincent
Claire Rengade
Brigitte Giraud
Le Pez Ner

MARS N°47
Dominique Bagouet
Musiques en scène
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Saïan Supa Crew
Thomas fersen
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AVRIL N°48
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Tibet un peuple en sursis
Turak au Laos
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MAI N°49
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Bell Oeil
Idir
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JUIN N°51/51
Partage d'exotisme
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SEPTEMBRE N°52
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Cie Accrorap
Nième Compagnie
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Le Peuple de l'Herbe
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Gopf
Biennale Internationale de Design
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NOVEMBRE N°54
Emir Kusturica
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Planète Comet
Denis Lavant
Glen Gould
Avatarium
Claire Rengade

DECEMBRE N°55
Assassin
David Krakauer
Musée d'Art Contemporain

  FEVRIER N°46  

Christian Rose©

 

Erik Truffaz

Erik comme Electrik, Truffaz comme Jaz, ni tout à fait électrique, ni tout à fait jazz, le trompettiste ne tranchera pas. Comme il ne tranchera pas non plus entre drum’n’bass et rap. Sans être révolutionnaire, sa musique semble couler de source, reconnaissable dès les premières notes, la fusion des styles opère naturellement, sans jamais donner cette impression d’opportunisme que charrie trop souvent le mélange des genres. Lorsqu’un saxophoniste se fait remarquer, c’est systématique, on le compare à John Coltrane, et dans une moindre mesure, les pianistes connaissent un même genre de baptême avec Bill Evans. Les trompettistes eux, se coltinent Miles Davis, Truffaz comme les autres, mais sa musique en particulier prête à confusion : contexte électrique, utilisation du fender Rhodes, pédale wah-wah branchée sur la trompette... et même drum’n’bass (faites écouter la version de Rated X qu'a enregistrée Miles Davis en 1972 dans l'indispensable Get Up With It à des fous de jungle, ils vous parleront tous de drum'n'bass en faisant la grimace parce que le morceau est un peu free... ça ne rate jamais). Mais il n’y a pas que ça, et ce perpétuel retour en arrière a de quoi agacer. "C’est assez compréhensible dans la mesure où Miles Davis est la personne qui a rendu le plus populaire la trompette au sein d’un environnement électrique. Donc voilà la référence... c’est un peu comme si on parle de littérature russe, on va parler de Tolstoï ou de Dostoïewski. D’autre part Miles Davis a beaucoup développé sa musique d’après les climats et c’est un truc qu’on fait aussi, c’est l’une des particularité du groupe. Et puis je joue de la trompette..." Justement, le timbre feutré de cette trompette ne serait pas plutôt proche de celui de Chet Baker ? et Betty, magnifique ballade, un hommage à cet artiste unique ? "Tout à fait, c’est complètement juste. D’ailleurs, je suis très content que vous me le disiez parce que j’aime vraiment Chet Baker. Mais lui il a eu une démarche qui s’est plutôt articulée au niveau du fond que de la forme. C’est-à-dire qu’il a toujours joué la même musique en la creusant un peu sans changer de forme". Ce qui est le contraire de Miles Davis... et pour continuer chez les trompettistes on peut trouver dans les compositions de Truffaz, un chant et un sourire, une couleur qui rappellent Don Cherry : "J’aime beaucoup Don Cherry, le pianiste aussi. Surtout son implication dans la musique, très forte. Quand il joue, il se passe quelque chose... et puis c’est souvent très libre". C’est avec son deuxième album The Dawn que le groupe s’est fait remarquer grâce notamment à l’apport de cette fameuse drum’n’bass acoustique qui semble plus digérée (notamment par le batteur) dans le récent Bending New Corner. Une drum’n’bass très à propos il y a deux ans et presque déjà obsolète aujourd’hui... le groupe n’a d’ailleurs jamais eu l’intention de s’en faire une spécialité : "non, dans la mesure où chaque membre du groupe a participé ou participe encore à des expériences vraiment électroniques. Mon dernier enregistrement en studio, pour une musique de film, s’est fait avec un Dj, je jouais sur des samples... et l’apparition de la drum’n’bass dans l’organisation musicale est venue de notre expérience à Londres il y a deux ans où on jouait une fois par mois au Blue Note dans un cadre hyper électronique. Donc c’est quelque chose qu’on a bien vécu. Dans le cadre de ce groupe, on cherche à conserver l’élasticité et la souplesse des instruments acoustiques, donc on ne va pas aller vers ça... ce qui n’empêche pas que le bassiste produit des disques de house, ou que moi j’enregistre avec des gens qui font de l’électronique en dehors du groupe". De même le hip-hop n’est qu’une composante du répertoire, moments parfois improvisés ou Nya apporte son phrasé rap aux limites du chant : " Son groupe s’appelait Silent Majority avec lequel on a bien joué trois ans, moi j’étais un invité mais Marcello Giuliani (le bassiste) en faisait vraiment partie. Puis Nya est venu dans un club, on l’a invité comme ça à faire une jam et c’était très chouette, donc on a eu l’idée de faire quelque chose avec lui. Une partie des textes est écrite, parfois on prend des morceaux qu’il ne connaît pas, où il n’a pas prévu de rapper et là il improvise. (...) Nya est en "guest" parce que le groupe existait avant lui et la suite des événements ne se fera pas forcément avec lui". Alors jazz ou pas jazz ? l’inénarrable Branford Marsalis s’est énervé l’année dernière sur Truffaz lors d’un blind-fold-test pour Vibration, (test d’écoute en aveugle qu’il avait visiblement confondu avec un shoot-them-up) le bougre qui donnait jadis des leçons de fonk avec Buckshot avait mal à son jazz chéri, mais la question a-t-elle le moindre intérêt ? "Non, c’est un faux débat, qui a plutôt tendance à révéler qui sont les personnes qui parlent... alors dans ce cas-là il a un intérêt parce que les gens se dévoilent : ils sont sectaires ou ne le sont pas. Autrement on s’en moque, l’important c’est la musique.(...) Tous les membres de ce groupe sont vraiment issus de la pop, ça va de Pink Floyd à Police en partant même de groupes comme Led Zeppelin ou Deep Purple, jusqu’à la pop actuelle, Massive Attak, Björk, des gens comme ça... J’ai écouté bien plus de pop dans mon adolescence que de jazz". En vacance quelques semaines au Maroc après des mois de tournées à un rythme infernal "il y a toujours un risque à trop tourner mais on arrête à chaque fois au bon moment... ça dépend aussi de l’attitude qu’on a en concert, si on faisait toujours le même répertoire, il y aurait un risque d’overdose, mais là on joue dans des salles très différentes donc on varie, il n’y a jamais de listes de morceaux". Eric Truffaz prend le temps d’écouter quelques collègues : "le dernier disque de Jon Hassel, à écouter absolument, Chet Baker, Paolo Fresu que j’adore... Peter Molvær aussi", en attendant de reprendre la route pour s’arrêter deux fois à Lyon. Le concert du groupe donné l’année dernière à Jazz à Vienne, au club, fut l’un des meilleurs moments du festival. Beaucoup plus dense que le disque, qui semble très lisse et sage en comparaison (mais c’est sans doute l’effet Blue Note), il faut voir le groupe se lâcher enfin sur scène et développer ce qui est juste esquissé en studio.
A Vienne, le concert n’a jamais cessé de monter en intensité. Patrick Muller au fender Rhodes, fut digne du Keith Jarrett époque Miles et il était difficile de ne pas avoir envie de danser sur le dernier rappel Friendly Fire. En concert à St Priest le 4 février avec Eric Teruel en première partie, romantique et proche de Chick Corea, il se dispute avec Frank Avitabile le titre de meilleur pianiste de jazz lyonnais (rappelons au passage une bonne nouvelle, le Bec de Jazz ouvre à nouveau et Tchangodeï, maître des lieux, est définitivement hors concours, pour reprendre Francis Marmande, les deux susnommés jouent sans aucun doute beaucoup mieux du piano que Tchango... mais vraiment pas aussi bien.)
Encore un mot sur le public de Truffaz : "Non le public n’est pas exclusivement jazz. Il y a beaucoup de gens qui viennent soit des musiques électroniques, soit des adolescents qui écoutent de la pop, beaucoup de musiques différentes. Donc le public est hétéroclite et les âges assez étendus".

Vincent Domeyne