Ses
expositions sonores au Musée d'Art Contemporain, ses concerts
cérémonieux, ses performances hasardeuses
et pour
la première fois cette année, une innovation intéressante
: Lyon Cité Sonore, sorte de mise en pratique dinstallations
et denvironnements sonores dans notre décors urbain de
tous les jours. Ajoutez à cela une création de Pierre
Henry, des Japonais en totale liberté au Transbordeur, la création
mondiale dOpéra Soufflé, saupoudrez dune pointe
de Bartok et dun peu de remixes techno (décidément
une pratique vraiment à la mode) et vous obtiendrez lédition
2000 dun festival de musiques contemporaines et innovantes. Laissez
refroidir avant de servir.
Pendant
une seule et courte semaine, du 11 au 19 mars, certains lieux publics,
places et rues de Lyon seront investis par des artistes et leurs drôles
de machines. Le but : mêler lart contemporain à la
vie de tous les jours, provoquer la rencontre du quotidien, du ludique
et du créatif. La Harpe à Nuages de Nicolas Reeves est
une structure décodant les nuages du ciel pour les convertir
en images sonores : la musique qui en découle est fonction de
la météo (à la Cité Internationale du 11
au 19). La piscine Garibaldi sera elle occupée par linstallation
subaquatique, sonore et visuelle de Michel Redolfi. Gravité Zéro
entraîne les nageurs dans un univers dimages et de sons
flottants : écouter de la musique sous leau est paraît-il
une expérience irremplaçable. Le 19 mars Llorenç
Barber propose Lugdunum, symphonie de clochers transformés pour
loccasion en de véritables instruments, suivant une composition
basée sur le caractère rythmique et harmonique des cloches.
Paracelsica de Dominique Barthassat transformera léglise
du Bon Pasteur en véritable architecture sonore. Avec The Bridge,
Hans Peter Khun rehaussera le caractère visuel du pont Lafayette,
passerelle géographique et temporelle. A la cour des Loges, Denis
Vinzant installera ses Plaques de verres sonores. Pierre Alain Joule
et Air du Large confrontent lacoustique et les paysages sonores
urbains avec une musique composée mais forcément modifiée
par le lieu où elle est interprétée.
Côté concerts proprement dit, il y aura une fois de plus
le choix. Notre fierté nationale Pierre Boulez (de plus en plus
difficile à éviter) aura droit à 25 minutes avec
Rituel in Memoriam Maderna, uvre pour orchestre en huit groupes
interprétée par lorchestre du CNSM de Lyon le 7
mars pour la soirée douverture au Transbordeur. Le même
soir au même endroit, les Percussions de Strasbourg interpréteront
Perphassa de Xenakis, compositeur que lon aura plaisir à
retrouver le 22 mars au Musée dArt moderne de Saint-Etienne
avec Oméga et Thalleïn joués par lEnsemble
Orchestral Contemporain. Les amoureux de Bartok seront contents : les
solistes de lOrchestre National de Lyon interpréteront
sa Sonate pour deux piano et percussions le 12 mars à 11 heures
à lAuditorium de Lyon et son Quatuor n04 sera joué
par le Quatuor Debussy le 19 à la chapelle de la Trinité.
Compositeur rare, novateur et iconoclaste, Charles Ives étonne
encore avec sa musique dinspiration populaire : lOrchestre
National de Lyon interprétera son Central Park in the Dark (1906)
le 9 mars à lAuditorium de Lyon. Il ny a pas de festival
sans gadgets et cette année ce sont la très médiatisée
Andrea Parker et le trop sous-estimé DJ Spooky qui se chargent
de remixer des uvres de compositeurs du Grame et de Steve Reich
: la techno et les vraies fausses idées que lon se fait
sur elle vont encore faire des ravages.
Parmi les créations mondiales et/ou les exclusivités Des
Esprits
Et Autres de Pierre Henry (le supposé papa du genre
musical cité juste au-dessus) devrait remettre les choses à
leur juste place : ce que vous entendrez le 10 mars au théâtre
de la Renaissance dOullins ne sera que de la musique électroacoustique
imaginative et chargée démotions. En investissant
le Transbordeur le 21 mars avec MemoRandom le collectif pluridisciplinaire
japonais Dumb Type devrait lui aussi faire sensation : danse, musique
électronique, vidéo et poésie seront au rendez-vous.
Autre événement : Opéra Soufflé avec des
musiques de Michaël Levinas et Kurt Weill sur des textes de Brecht
du 23 au 26 mars au Centre Léonard De Vinci à Feyzin ;
la rencontre de deux styles d'écriture, des jeux de miroirs sur
la mémoire, les différences et les convergences. Signalons
également Electric Flesh par le collectif Autumn Leaf Performance
le 17 mars à l'Amphithéâtre de lOpéra
de Lyon, des concerts- portrait dIvo Malec le 16 mars à
la chapelle de la Trinité, Vie de famille de Jean Pierre Drouet
le 18 mars au Théâtre de la Renaissance. Cette nouvelle
édition de Musiques en Scène sannonce aussi riche
et intéressante que les années précédentes
: vous en reprendrez bien encore un peu ?
Guillaume.
MemoRandom
Né au Japon, à Kyoto, une ville qui était considérée
comme le lieu de l'underground japonais, le collectif Dumb Type présente
non pas une chorégraphie mais un spectacle multimédia
qui met en exergue le talent de chacun de ses membres dans un univers
qui intègre ou dénonce les rapports de l'homme avec les
technologies, quitte à le faire passer pour un abruti ou un imbécile
!
Dumb
Type signifie en Français, abruti ou imbécile. Il
s'agit d'un collectif créé en 1984 à l'initiative
de Teiji Furuhashi, vidéaste et metteur en scène. Chacun
des artistes vient de l'Université des Arts de Kyoto et maîtrise
une spécialité : danse, architecture, musique, mode, art,
vidéo, sculpture, informatique, musique, graphisme... Autant
de spécificités qui donnent aux créations de ce
collectif l'occasion de faire disparaître les frontières
entre les arts. En 1988, Dumb Type présente Pleasure Life où
se heurtent japon moderne et japon traditionnel, puis pH qui parle de
l'aliénation provoquée par la vie en métropole
et l'état "d'imbéciles" dans lequel nous tombons
avec l'arrivée des nouvelles technologies. En 1994, l'intallation
Lovers est présentée à la Biennale d'Art Contemporain
de Lyon. Dans une pièce plongée dans l'obscurité
des hommes et des femmes courent le long des murs, s'embrassent, tombent
puis disparaissent dans le silence. Puis S/N (Signal/Noise) décrit
une société où il est plus aisé de surfer
avec les techniques d'information que de vivre sa vie au quotidien.
En 1995, le leader Teiji Furuhashi est emporté par le sida, le
collectif poursuit avec OR (Opération Room), un spectacle violent,
qui aborde la cruauté du temps et bien sûr le sida.
Memorandom est un "Work in progress", qui aborde les différentes
couches de la mémoire de l'homme avec un regard très fort
sur les rapports qu'il a au quotidien avec la machine. Un travail qui
utilise des technologies pointues non pas pour dire c'est avec cela
qu'il faut absolument vivre mais parce qu'elles font partie de la vie
et de la vie de l'artiste quel que soit son art. Chaque siècle
ou chaque période a ses outils de communication, il faut les
utiliser quitte à les dénoncer dans le même temps...
Sur une scène cernée d'écrans blancs, la mémoire
ou les mémoires faites de traumatisme, d'érotisme, de
violence, d'humour, d'absurde apparaissent en utilisant, la vidéo,
les espaces, les sons, les projections d'images, le rapide, le ralenti,
l'étourdissant... La machine aurait-elle autant de mémoire
ou la même mémoire que l'homme ?
Martine
Pullara