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2000

JANVIER N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot

FEVRIER N°46
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Le Pez Ner

MARS N°47
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Musiques en scène
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AVRIL N°48
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MAI N°49
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JUIN N°51/51
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SEPTEMBRE N°52
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Cie Accrorap
Nième Compagnie
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NOVEMBRE N°54
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Avatarium
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DECEMBRE N°55
Assassin
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Musée d'Art Contemporain

  OCTOBRE N°53  


Patrice Messina©

 

Bernard Lubat
solo à Rive de Gier

"Je suis un raté du Jazz, d'un cheveu, un océan trop tard, un raté de la Contemporaine, de justesse, de réflexe.

Un raté de la grande Classique, d'un rien, d'un vaurien, un raté de la Traditionnelle, d'un zeste, d'un exode."
Bernard Lubat joue à merveille de la batterie, du vibraphone, de l'accordéon, du bandonéon… j'en passe, de sa voix et du piano, évidemment. Sauvé du conservatoire par quelques notes de Bud Powell dans un club de Paris, il fut le batteur du premier véritable trio de jazz-moderne-européen avec René Thomas à la guitare et Eddy Louiss à l'orgue, groupe magique auquel Stan Getz doit peut-être son plus beau disque (Dynasty en 71). Capable d'enregistrer pour Lucianio Berio et Claude Nougaro à la fois, Lubat est sans doute le musicien le plus protéiforme au monde. Reconnu tardivement grâce à la Compagnie Lubat pour la fête explosive assurée qu'elle engendre sur scène, on n'a malheureusement jamais autant entendu parler de lui que cet été, lors de l'annulation de son festival d'Uzeste pour cause de subventions déficientes. Entre temps Lubat n'a sorti que deux albums en plus de dix ans : Scatrap Jazzcogne avec la Compagnie et récemment Conversatoire seul, enfin, au piano. Car le bougre a su se faire attendre, Lubat au piano, c'était devenu un mythe. Certains privilégiés avaient eu la chance de l'écouter dans son café l'Estaminet ou aux commandes d'un splendide Bosendorfer de concert au beau milieu d'un champ (le pianiste se fout des conventions et jouera avec la même intention sur un Yamaha crapaud d'occasion dans un grenier). Un jeu peut-être encore plus volubile que sa voix, plein et virtuose, Lubat ne se prive pas de sa technique et encore moins de sa force de frappe, à l'instar d'un Cecil Taylor, pianiste dont il est le plus proche. Mais on entendra aussi chez lui Bud Powell bien sûr, Debussy, Ravel ou Art Tatum. Les fans de Jazzpanic', Rocarocolo et autre scat rap, joutes verbales en compagnie d'André Minvielle seront peut-être déroutés par cet autre Lubat, moins tchatcheur, moins frimeur, plus austère et sans doute beaucoup plus émouvant.
Rive de Gier (suite)
Alors cette année, pas la peine de se déranger énormément, il faudra aller à Rive de Gier le 18 pour Bernard bien sûr, mais aussi pour le groupe du saxophoniste Christophe Monniot où l'on remarque le guitariste Manu Cadjia dont les débuts rappellent Marc Ducret (parce qu'au début, il y a un peu moins de dix ans, Marc Ducret c'était vachement bien). Bref, un groupe puissant : Monniot Mania, qui n'a pas peur de se lâcher dans le contexte étriqué du jazz français tout en se démarquant d'un Sclavis qui ne manquera pas de défier ce jeune avorton la veille dans un duo aussi inédit que prometteur. Toujours le 18, un autre duo, Kenny Werner et Kenny Wheler qui explose les scores au Scrabble et pratique un jazz moderne d'une subtilité et d'un goût sans faille, piano pour le premier et trompette ou bugle pour le deuxième dont le son suave et chaud est unique, concert gratuit ! Le 19 éventuellement pour le Rova Saxophone Quartet qui met cette fois sa science du contrepoint au service de compositions de Fred Frith, mais attention, c'est au risque de se farcir Didier Lockwood en trio et en solo… ceci dit la star qui imite si bien le cri de la mouette au matin joue normalement en deuxième partie, moindre mal donc. Le 20 enfin, Daunik Lazro en solo et gratuit (comme free) devrait faire hurler son sax comme il sait si bien le faire (quelque part en équilibre entre Ayler et Ornette) et puis Maggie Nicols, chanteuse des Diaboliques, change de registre (contemporain, improvisation) et s'amuse ici à détourner Hendrix en compagnie de Joe Sachse à la guitare et Pinguin Moshner au tuba, duo qui s'était déjà distingué avec l'excellent If 69 was 96.
Voilà, pour le reste, on tape n'importe où au hasard et on a sa dose assurée de "le Jazz c'est sympa surtout le bon vieux New Orleans, merde on est là pour s'amuser, c'est la fête, allez tapons du pied, c'est un ordre, les fanfares on adore, on rigole, manquerait plus qu'on se prenne la tête". Tendance qui s'affirme hélas de plus en plus dans un festival qui jadis, a bâti sa réputation sur une tout autre audace que nous étions alors les premiers à défendre.

Vincent Domeyne