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2000

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  MARS N°47  


Jean-Baptiste Mondino©

 

Thomas Fersen

34 ans, une victoire de la musique en 94, et une aura d’auteur compositeur interprète buissonnier qui butine la chanson française, les comptines aériennes et les airs de valse.
Il est l’ami de JB Mondino, Didier Lockwood "fait partie de la famille", le talentueux musicien Joseph Racaille travaille avec lui ; Doisneau, Pennac, Galliano se sont emballés pour sa musique. S’il était un animal, ce serait une mouche (“Si un mensonge sort de ma bouche, que je sois transformé en mouche !”), il serait Le Robert s’il était un livre (“Parce que c’est le seul livre indispensable”) : Thomas Fersen (puisque c’est de lui dont il s’agit) promène sa chanson française toute en douceur poétique légèrement surréaliste. Normal puisqu’il puise son style dans les lignes de Genet, Prévert, Bataille et Queneau. "Je choisis mes auteurs, par filiation ; s’il y en a un qui me recommande l’autre, s’il y a un nom qui revient souvent dans les livres que j’aime alors j’y vais. Parfois, j’y vais aussi au titre ; je papillonne. Quant au genre et au style, j’aime la belle écriture ; je m’en fous un peu de l’histoire ; ce qui est important pour moi, c’est le style de l’écrivain ; c’est ça qui m’exalte le plus, quand d’un seul coup il arrive à dire quelque chose, peu importe quoi, mais avec une efficacité impressionnante et surtout dans la concision. C’est quelque chose qui m’épate et que j’essaie moi même de pratiquer".
Avec Qu4tre, il continue sur sa lancée. "Il y a de nouvelles directions mais c’est quand même la même trajectoire. Le traitement des thèmes est un peu différent : c’est plus drôle et sérieux à la fois : c’est joué, il y a des personnages, des histoires encore plus prononcés qu’avant. Et aussi une instrumentation différente". A noter le titre déroutant de l’album, pointe espiègle au temps qui passe et aux albums qui naissent. "Mondino m’a fait remarquer que les gens ne situaient pas très bien et il a raison. Parfois avec Le jour du poisson, on croit que c’est le deuxième, le troisième ; et c’est aussi vrai pour les autres. Il m’a dit c’est bien de donner un signe de temps en temps, finalement je me suis rallié à cette idée".
La musique de Fersen est légère, servie par des instruments acoustiques –contrebasse, piano, accordéon, violon- et nous entraîne sur des airs de bastringue teintés d’humeurs tziganes, à moins qu’elles ne soient latines ! Il y a comme une odeur de valse, de swing manouche et de ritournelles enfantines. L’écriture est fluide et éthérée. Fersen est un puriste qui prise la langue française. "J’ai des règles qui sont très rigoureuses mais j’essaie d’en faire quelque chose à chaque fois : syntaxe et style qu’on reconnaît, le découpage, le nombre de pieds. Puis le vocabulaire aussi, à la limite de l’oubli. Et mes textes sont toujours intemporels et universels : la chandelle, la chauve-souris et le parapluie, c’est hors du temps". Il rêve d’échapper au temps. "Je parle de quelque chose d’irréel, je le dilate dans l’imaginaire et ça je le fais quotidiennement. Parfois, on est dans le métro et on voit, par exemple, une femme et on s’imagine qu’on l’épouse, qu’on a des enfants ensemble, qu’on part en vacances… l’esprit divague. Quelquefois, je lis, je vois une situation, j’entends une phrase, j’entends des gens qui parlent… et mon esprit divague : voilà comment je fais mes chansons".
Puis Fersen adore les histoires animalières et cultive un bestiaire charmant. Hier oiseau, lapin, poisson, aujourd’hui chauve-souris, lion, moucheron. "L’homme a donné des caractères aux animaux qu’ils n’ont pas. Je l’utilise pour écrire mes chansons. Si j’oppose un lion et un moucheron, chacun voit bien la position…"
Rappelez-vous ce soir-là à la Fnac Bellecour (novembre), l’air était à la valse et à la légèreté, Fersen avait enthousiasmé son public, avec son Qu4tre.

Anne Huguet