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On
la longtemps connue avec une énergie un peu choc, nen
faisant quà sa tête, prenant des risques chorégraphiques
sans oublier pourtant de travailler sur la musique de Jean Sébastien
Bach
Elle a longtemps refusé de regarder en arrière,
de regarder le passé.
En 95, avec Végétal elle prend le parti dune écriture
simple, faite de rigueur en recherchant la notion de cycle, de passage,
le lien avec les éléments. Ce spectacle quelle présente
est dans cette logique et appelle au fleuve, à la rivière
pour La Danse du Temps.
Régine Chopinot est née en 1952 à Fort de l'Eau
en Algérie. Dès lâge de 5 ans, elle danse.
En France, après Odette Bessy, elle se retrouve chez les Lyonnais
Lucien Mars et Marie Zighera dont elle rejoint la compagnie en 1974.
Après plusieurs créations avec sa compagnie, elle remporte
en 1981, un prix au Concours Chorégraphique de Bagnolet avec
Appel d'Air. Puis elle présente Grand écart au Théâtre
des Ateliers de Lyon. Dans la compagnie, on retrouve, Daniel Larrieu,
Philippe Découflé, Michèle Prélonge, Véronique
Ros de la Grange... En 1985, sa résidence au CDNC d'Angers aboutit
à Rossignol, un ballet aérien. Puis vient le Défilé
avec Jean-Paul Gaultier avec qui elle travaille pendant plusieurs années.
En 1986, elle s'installe à la Rochelle et dirige le Centre Chorégraphique
Régional de Poitou-Charentes. On la retrouve, dabord sur
un ring, entre mouvements, boxe, violence et jeux dans K.O.K puis sur
un grand échiquier dans le cadre du Championnat du Monde d'Echecs.
En 1991, avec St Georges, elle sintéresse à la vie
des formes romanes, en reconstituant une fresque faite dhumour
et de ferveur. En 1992, elle fonde le Ballet-Atlantique-Régine
Chopinot et crée Façade sur des poèmes excentriques
dEdith Sitwel, puis elle crée pour des petites scènes
les Soli-Bach en 2 versions différentes. En 1995, elle rencontre
le sculpteur Andy Golsworth, elle prend un virage chorégraphique,
elle fusionne la danse et la sculpture, les éléments,
elle va désormais vers une écriture simple et exigeante
Vous dîtes que pour ce projet, la perception du temps est
au cur de vos préoccupations, d'où vient cette envie
de travailler sur ce thème ?
J'aime les passages. C'est vrai celui des 3/9 au 3/000, le passage d'une
saison à l'autre, les choses qui passent, ce qui vient, qui revient,
la notion de cycle. j'aime aussi cette notion de temps avec les artistes
que jassocie au spectacle, Françoise et Dominique Dupuy,
Sophie Lessard. Françoise et Dominique ont respectivement 74
et 68 ans et avec eux, jai pu aborder des histoires de génération,
voir comment l'âge n'a pas de prise sur l'esprit, comment un danseur
occupé à la présence de son geste annule une notion
de temps... C'est aussi mon travail sur le cycle, la transmission d'un
chorégraphe à un autre, la danse qui annule ou transcende
l'âge.
Sur ce projet, vous vous êtes trouvée avec Tôn-Thât
Tiet et Andy Goldsworthy autour de l'image du fleuve, qu'est ce que
cette image représentait pour chacun d'entre-vous ?
On souhaitait tous les 3 prendre le symbole du fleuve et on se l'est
approprié. Tôn-Thât Tiet est retourné au Vietnam
pour écrire cette pièce, comme pour une méditation
à côté de La rivière des parfums dont il
a enregistré les sons et les chants des bateliers et c'était
bien sûr l'occasion de se replonger dans ses origines. La musique
est construite sur 3 temps avec l'intervention du Quatuor Rosamonde,
des Percussions de Strasbourg et du Chur de Radio France.Le sculpteur,
Andy Golsworthy s'est attaché à faire apparaître
une rivière de terre, à partir d'un mur d'argile qui se
transforme au fur et à mesure qu'il sèche. C'est extraordinaire
de voir, comment la tension, les craquelures, l'humidité qui
s'en va, font entrer le lumineux, se dessiner la rivière, jusquà
l'assèchement de la terre tout en sachant que la rivière
est toujours là. On a filmé le mur pendant 3 semaines
et c'est devenu un film qui, projeté sur la scène, constitue
le décor de la pièce. Quand on regarde l'écran,
rien ne bouge. Quand on part regarder les danseurs et que l'on revient
sur le mur, on se rend compte qu'il a bougé. On est passé
de l'invisible au visible, comme pour le danseur qui marche et qu'à
aucun moment on ne voit marcher. Le mur est l'élément
qui a la pulsation la plus régulière, le rythme le plus
lourd du spectacle, alors que la musique est différente.
Nous les danseurs, on a cherché l'eau qui est en nous, êtres
humains qui sommes faits d'eau. C'est pour cela que la chorégraphie
est très fluide, basée sur l'aléatoire, avec malgré
tout une structure très forte. On joue aux dés dans la
danse, dans les passages et c'est tout le temps différent...
Qu'est-ce que le Mur ou la Rivière de terre ont changé
dans votre rapport à la danse ?
On a vu un mur séché, celui qui est en nous, le mur invisible.
La tension qui est nécessaire, un enjeu de transformation, le
danseur se nourrit de la transformation. C'était aussi perturbant
car c'est aussi une peau qui sèche. Au début, le mur est
comme le derme d'une jeune personne. Vieillir c'est s'assécher,
perdre l'eau, perdre l'eau que l'on a en soi. Mais ce qui mintéresse
c'est de capturer le processus et pas le résultat. Montrer comment
on se fait traverser par un mouvement, un corps qui donne à lire
par où ça passe en lui. L'émotion c'est d'être
témoin d'une chose qui est entrain de se faire, là où
il n'y a pas de procédé.
Françoise Dupuy, Dominique Dupuy et Sophie Lessard se sont
embarqués avec vous dans ce spectacle mais aussi sur une collaboration
de 3 ans.
Comme je le disais, ils sont invités au Ballet Atlantique en
tant qu'artistes associés. Françoise, je l'ai rencontrée
il y a trois ans et c'était évident qu'il y avait un lien
malgré le fait que j'ai toujours revendiqué d'être
une autodidacte. Jai tout de suite pensé que j'aurais pu
être son élève. C'est à la fois un travail
sur le temps mais aussi sur la tolérance car nous sommes très
différentes. Ces trois artistes sont là pour concrétiser
un travail pédagogique, d'interprètes, mais aussi comme
chercheurs car je pense qu'un danseur c'est aussi un chercheur. Il y
a aussi l'intérêt d'avoir la présence de 3 générations
pour retrouver ce travail sur le temps, de transmission. Mais j'ai également
demandé à Françoise et Dominique d'écrire
une pièce pour ma compagnie.
Martine
Pullara
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