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2000

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  OCTOBRE N°53  



 

Brooklin Funk Essentials
fonk me hot

Brooklyn. Funk. Essentials. Tout un programme en trois mots, par onze adeptes du groovy style dans ce qu'il a de plus bigarré. Un concert à venir comme un périple au cœur de la musique black made in grosse pomme.

Le Brooklyn Bridge avait la délicate mission de relier deux mondes très différents au sein de la même cité mégalopole. Nous l'avions emprunté au crépuscule pour rejoindre quelques blocks de briques rouges qui ne dépareilleraient pas dans les rues d'un port du nord de la vieille Angleterre. De l'autre côté de l'East River sans retour, Woody Allen s'enivrait de l'œuvre de Gershwin jusqu'à ce que son pick-up finisse par dérailler au rythme de sa ville. Les tours jumelles de l'e.world disparaissaient maintenant dans la brume alors qu'au coin de l'avenue, Harvey Keitel figeait les instants de la vie de toutes les nuits à travers l'œil de son boîtier Leica. Etape idéale que sa smoke échoppe, pour se réapprovisionner en histoires qui réchauffent le cœur des Affranchis, comme cette méthode certifiée 200% collègues pour calculer le poids de la fumée ! On était heureusement très loin de ces lois anti fumeurs qui polluent la vie nocturne de tous les clubs de basse Californie, uber alles. L'Amérique s'était de tous temps cherché des coupables pour se guérir des maux qu'elle avait enfantés. De retour sur la piste du Brooklyn funk, mon ami Master S déambulait avec son spiff de fortune, chantonnant un vieil air Brooklyn Boogie de circonstance : J'ai du bon tabac dans ma tabatière... Nous devions rejoindre funky town sur coussins d'air, seulement accompagnés de quelques mouettes rieuses. Peut-être la dernière aventure du monde civilisé qui cultivait jusqu'à son paroxysme, le consume & die. com. Long Island semblait s'étioler à perte d'horizon alors que la nuit du nouveau monde n'était plus rythmée que par les sirènes de cops parés pour aseptiser la ville jusque dans ses coins les plus sombres. Qu'importe finalement puisqu'Uncle Jam nous guidait vers des lieux où la musique est encore reine; Uncle Sam n'avait plus qu'à bien se tenir. Bientôt les images laisseraient la place aux sons. Au programme du bout du chemin, une prestation live très attendue des Brooklyn Funk Essentials, qui avaient récemment démontré via leur dernier album en date (Make them like it - de gré ou de force - chez Pias) qu'ils avaient bien digéré toutes leurs influences musicales. Du papa p funk au mambo du démon, du ragga de Kingston au hip-hop feutré par quelques disco ligths. Un groupe dans la lignée de Defunkt (autre combo new-yorkais dont le live at the Knitting Factory vaut vraiment le détour) sachant utiliser avec à propos, pédales wah wah et autres basses psychédéliques que ne renierait pas le maître en la matière, sieur Bootsy Collins, l'homme aux lunettes de l'espace. Un brooklyn funk aux senteurs de pot pourri parce qu'agrémenté aussi de vibrations ska, rengaines rythm & blues, chants féminins langoureux ou d'échappées jazzy... Seule la production du disque pouvait laisser à désirer tant elle semblait surfaite, la rencontre du funk avec une beautiful laundrette. Pourtant tonton Clinton avait prévenu : " le funk n'est pas seulement un style de musique. C'est une attitude, une odeur, et si ça pue, c'est bien du funk. Lorsque l'on essaye de le nettoyer, il s'évapore ". Aux onze musiciens en quête d'osmose groovissime de nous prouver sur scène qu'ils n'avaient rien perdu du côté roots de l'affaire. Restait plus qu'à apprivoiser l'atmosphère d'un club que l'on imaginait déjà hot au-delà des espérances... Retour sur terre : Gerland, c'était pas l'Amérique, le concert avait lieu au Kao et on avait à peine franchi le pont Mouton qui portait bien son nom. Ceci dit, on peut toujours rêver et l'affiche est bien là pour nous le rappeler.

Laurent Zine