ARCHIVES
2000

JANVIER N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot

FEVRIER N°46
Erik Truffaz
Arthur H
Philippe Vincent
Claire Rengade
Brigitte Giraud
Le Pez Ner

MARS N°47
Dominique Bagouet
Musiques en scène
Ousmane Sow
Gilles Chavassieux
Saïan Supa Crew
Thomas fersen
John Coltrane

AVRIL N°48
Sally Nyolo
Tibet un peuple en sursis
Turak au Laos
Jean Bolcato

MAI N°49
José Bové
Bell Oeil
Idir
Quatuor Hélios
High Tone

JUIN N°51/51
Partage d'exotisme
JAVA
Anthony Braxton
Anna Karina

SEPTEMBRE N°52
Delphine Gaud
Cie Accrorap
Nième Compagnie
Virginie Despentes
Le Peuple de l'Herbe
Bruno Chevillon

OCTOBRE N°53
Maguy Marin
Brooklin Funk Essentials
Gopf
Biennale Internationale de Design
Bernard Lubat
Bob Dylan

NOVEMBRE N°54
Emir Kusturica
Elliott Murphy
Charlie Brozzoni
Planète Comet
Denis Lavant
Glen Gould
Avatarium
Claire Rengade

DECEMBRE N°55
Assassin
David Krakauer
Musée d'Art Contemporain

  JUIN N°50/51  



 

Anthony Braxton

“Il y a des minables, comme Anthony Braxton : tout le monde le considère comme un dieu et il n'est pas foutu de jouer correctement douze mesures de suite. Je sais ce que c'est que la musique, et je vous dis qu'il joue de la merde.”
(Wynton Marsalis, JazzMag 1981)
“Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet”
(La philosophie de Georges Courteline 1917)

L’imbécile aurait (selon John Zorn) fait un très bon dernier disque, sa musique est honnête, sans plus… L’imbécile sera à Vienne le 9 juillet pour un hommage à Louis Armstrong (autre célèbre idiot).
L’idiot sera aussi à Vienne le surlendemain, personne ne parle jamais de ses disques, sa musique est essentielle, pas moins. Le comparer à l’autre imbécile, c’est comme comparer Berlioz à Malher ou Lenny Kravitz à Prince. L’un exploite un héritage, avec talent parfois, sans se découvrir, sans plus… l’autre cherche, se trompe parfois, et trouve aussi : l’indicible, l’inouï, pas moins…
Quand il est question d’art plutôt que de culture.
Anthony Braxton est un cas à part dans l’histoire de la musique noire américaine. S’il vient assurément du jazz, du free (celui de l’AACM du pianiste Muhal Richard Abrams qui participe à son premier disque) il est aussi l’un des rares jazzmen connus et reconnus dans la musique contemporaine au même titre qu’un John Cage. Car Braxton est allé aussi loin dans l’improvisation la plus totale avec Derek Bailey ou Max Roach que dans l’écriture, la composition. Il pratique tous les saxophones et clarinettes sans exceptions et réunit dans son jeu aussi bien Eric Dolphy et Lee Konitz, qu’Ornette Coleman et Paul Desmond. C’est un vrai intellectuel, son intérêt pour la philosophie et son souci de convergence artistique le placent dans la lignée des Cecil Taylor et Bill Dixon, autres grands penseurs de la New Thing. Mais ce travailleur acharné, auteur d’une œuvre gigantesque (For Four Orchestras) a besoin d’espace, sa musique austère de prime abord, explore un monde dont Charlie Parker (est-ce que l’autre imbécile a pris la peine d’écouter son fabuleux Charlie Parker Project ?) et Iannis Xenakis sont les plus beaux continents. L’explorateur attentif y découvrira un lyrisme rare et inoubliable.
Cela devient une tradition, de temps en temps, Jazz à Vienne se fait une grosse peur en tentant de bousculer son cher public… après Georges Russell, Muhal Richard Abrams, Cecil Taylor, Bill Dixon et Ornette Coleman, il ne manquait à son tableau de chasse qu’Anthony Braxton et sa terrible réputation de videur de salle. Avec un ensemble qui comporte huit souffleurs (dont Chris Jonas au ténor) une guitare (Kevin O’Neil) et une rythmique, on peut s’attendre à tout. Il faut s’attendre à tout. Et surtout laisser ses références, ses habitudes, son confort, son Wynton Marsalis à la maison pour être prêt à recevoir, peut-être, une autre musique.

Vincent Domeyne