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2000

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  MARS N°47  



 

Dominique Bagouet
Meublé sommairement

Création 1989. Recréation 2000, par les Carnets Bagouet.
Dominique Bagouet nous a quittés il y a 8 ans. Le souvenir de son travail hante encore et toujours ceux qui il y a 15 ans restaient saisis devant Déserts d'amour, Le crawl de Lucien et surtout Assaï. Jamais la rigueur, la précision du geste, des espaces, des mouvements n'avaient rejoints de manière aussi intense l'émotion au plus profond de soi. L'émotion de l'invisible, l'émotion de la construction chorégraphique. C'est sans doute pour cela qu'il est impossible d'oublier ce chorégraphe, l'un des plus grands en France. Qu'il nous soit permis avec cette recréation et grâce aux Carnets Bagouet de goûter à nouveau à tous les plaisirs de sa danse !
Dominique Bagouet est né en 1951. Après une formation classique, il entre aux Ballets du 20ème siècle de Béjart à Bruxelles, puis revient à Paris où il travaille entre autres avec Carolyn Carlson et part aux USA pour découvrir les techniques américaines, dont celle de Jennifer Muller et Lar Lubovich. En 1976, il remporte le premier prix du concours de Bagnolet avec Chansons de nuit et fonde alors sa propre compagnie. Sous la blafarde l'impose comme chorégraphe et lui donne l'occasion de s'installer à Montpellier pour diriger Le Centre Chorégraphique Régional de Montpellier, ville dans laquelle il crée également le Festival International Montpellier Danse. Jusqu'en 1989, les pièces superbes se succèdent et le chorégraphe dans le même temps s'entoure d'autres artistes comme le musicien Pascal Dusapin pour Le saut de l'ange, Tristan Murail pour Déserts d'amour et la comédienne Nelly Borgeaud pour Meublé sommairement.
A sa mort, les danseurs de sa compagnie et les proches ont décidé de perpétrer son œuvre, de la diffuser et de faire en sorte que d'autres danseurs puissent la danser. Regroupés sous le terme Les Carnets Bagouet, ils font alors un travail de reconstitution à partir de notes, de vidéos, de photos, d'esquisses, de croquis laissés par le chorégraphe. Pour chaque recréation, c'est la mémoire collective ou individuelle qui est sollicitée pour transmettre aux nouveaux interprètes le travail de Bagouet. La direction artistique est faite par d'anciens danseurs de la compagnie et qui ont leur propre chemin chorégraphique. Meublé sommairement avait démarré de manière disloquée, sans lien réel entre la danse, la musique, les interprètes. Puis il y eu la rencontre avec un texte d'Emmanuel Bove Aftalion, Alexandre qui parle d'êtres ordinaires, dont la réalité est décrite d'une manière si immédiate qu'il est impossible d'y voir un côté spectaculaire. Des êtres qui sont à ce point décrits avec précision que leurs comportements deviennent complètement étranges, obsessionnels, bouleversants... et c'est ce tragique devenu extraordinaire qui fascine Bagouet dans son travail chorégraphique. Il est évident pour lui que ce texte est à entendre avec une danse, une musique, avec l'émotion des interprètes sans l'illustration des mots, dans la confrontation mais en laissant toute sa place au texte lui-même. C'est avec la rencontre de ce texte que tout le travail chorégraphique entamé prend son sens.
Meublé sommairement part d'un texte grave mais Dominique Bagouet a su introduire grâce à la danse, de l'humour, de la fantaisie, l'amour de la vie et par-dessus tout la sensualité. Plus qu'un repère de signes, le corps du danseur doit avoir réellement un poids, il doit être plein et garder sa présence sur scène. Il se doit d'être sensuel comme plein de sens...

Martine Pullara