La
musique reste son lieu de prédilection, et si lon parle
souvent de musique à propos d'Arthur H, ce n'est pas pour mettre
de côté les paroles de ses chansons. Après cinq
albums, une année 98 chargée en concert, la France, mais
aussi le Canada et l'Amérique du Nord, le temps de se poser un
peu semblait venu. Mais, cela ne paraît pas faire partie des ses
préoccupations, le repos. Alors il embraye sur d'autres choses,
musique de films, musique de ballet et l'envie de refaire de la scène
émerge rapidement. Quelques dates en solo, petites salles, ils
sont rares les chanteurs qui savent, qui connaissent cette intimité
avec le public. "Ça fait deux ans que je ne tourne plus,
en ce moment je prépare un disque avec des gens différents,
des musiques différentes, donc ça met longtemps à
se monter, et puis entre temps ça me manque beaucoup de faire
de la scène, donc je fais des concerts informels solo à
droite à gauche."
Piano solo, petite salle, on pourrait penser jazz, buf : "Ça
reste de la chanson. Je me sens autant chanteur que musicien, j'ai fait
une musique de film avec les amis, en ce moment je suis en train de
faire une musique de danse, ça participe à mon bonheur
c'est sûr. Dans le cadre du solo, l'envie d'être sur scène
avec un piano, de me laisser aller, même si l'expression n'est
pas très jolie, le mec qui se répand. Je préfère
rester très intime, très proche, très libre. Libre
d'arrêter la chanson, de taper sur le piano, de partir sur autre
chose, de faire un pianissimo, pianissimo. Quand je rejouerai avec les
musiciens ce sera une autre énergie, mais là, j'aime bien
être tout seul avec les spectateurs. Déjà qu'en
couple on est un peu moins libre, si lon fait du triolisme ça
commence à être la galère."
On reparle du futur album : "C'est un peu comme un malade mental
qui aurait le plaisir fou d'être normal. Les disques précédents
étaient un peu oniriques, un peu expérimentaux, là
j'ai envie de faire quelque chose de normal, mais je ne suis pas du
tout sûr d'y arriver. Enfin, normal, je veux dire un disque de
chansons d'amour par exemple. Des chansons d'amour simple, c'est difficile
à écrire. J'essaie de me resserrer sur un rythme qui est
plus personnel, plus intime, qui fait moins appel à différentes
sources. Quand on creuse, on trouve son propre filon, son propre rythme,
ça devrait être des choses que je retrouve naturellement
quand je joue du piano, pas un petit coup de musique orientale, de java,
de ceci, de cela... Je cherche vraiment une musique sensible, personnelle.
C'est pour ça que j'aime bien faire des concerts solo, c'est
le premier jet."
Après le trip-hop végétal de Trouble Fête,
qu'en est-il de la techno, des machines, de la modernité des
ordinateurs : "J'aime bien la pulsion qu'il y a dans la techno
et dans ces musiques, cette pulsion-là m'inspire mais pas la
forme, ni la couleur, ni les instruments d'ailleurs, ordinateurs, sampleurs,
boîtes à rythmes, je n'ai pas envie d'avoir cette couleur-là
qui est effectivement très actuelle, j'ai envie de couleurs plus
chaudes, acoustiques. Le fait de faire de la musique acoustique n'empêche
pas de trafiquer le son, de mettre des effets dessus, d'ouvrir le son,
mais je n'ai pas très envie de travailler avec des machines.
Sur Trouble Fête Nicolas utilisait un sampleur en direct, c'était
considéré comme normal, mais mettre deux ou trois mecs
derrière des ordinateurs en train de faire leur programmation
sur scène, c'est évidemment au niveau du spectacle, nul."
Les musiciens qu'il affectionne, qui le guident. Moondog, musicien américain,
décédé cet automne, quelqu'un dassez barré
: "Oui, barré, mais pour lui il était normal, pour
les autres il était fou. Un univers très personnel, une
musique qui n'appartenait qu'à lui, qui ne pouvait être
qu'une émanation de lui-même, qui tendait vers quelque
chose d'universel. C'est mon but, j'en suis très loin encore,
ça veut dire que l'on a trouvé une musique naturelle,
ça c'est difficile, il faut lutter, travailler, réfléchir..."
Bruno
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