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YANICK LAHENS
Il y a dans ce livre quelque chose qui sourd, loin de la fatalité que certains voudraient poser comme une étiquette sur ce pays. Haïti. “Le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes, dans un crépuscule qui cherchait déjà ses couleurs de fin et de commencement, Port-au-Prince a été chevauchée en moins de quarante secondes par un de ces dieux dont on dit qu’ils se repaissent de chair et de sang. Chevauchée sauvagement avant de s’écrouler cheveux hirsutes, yeux révulsés, jambes disloquées, sexe béant, exhibant ses entrailles de ferraille et de poussière, ses viscères et son sang. Livrée, déshabillée, nue, Port-au-Prince n’était pourtant point obscène. Ce qui le fut, c’est sa mise à nu forcée. Ce qui fut obscène et le demeure, c’est le scandale de sa pauvreté.” C’est avec ces mots que commence Failles, le très beau livre de Yanick Lahens. On avance dans ce récit en cherchant l’issue qui pourrait redonner vie et espoir à ce pays depuis longtemps anéanti, pris dans ces multiples failles. Yanick Lahens sait la souffrance, elle qui ce jour de janvier déambule dans les rues de Port-au-Prince. “Le 12 janvier a forcé le monde, le temps d’une parenthèse, si brève soit-elle, à sortir de l’amnésie, à être haïtien. Et après ?” Yanick Lahens sera à Lyon fin mai, pendant les Assises internationales du roman (du 23 au 29 mai).
Sabine Wespieser Éditeur, 160 pages, 15€
Bruno Pin
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