|

HANAN EL-CHEIKH
Enfin, Hanan el-Cheikh accepte d’écouter l’histoire de sa mère. Elles sont sur le balcon d’un appartement de Beyrouth, au Liban. La vieille dame a en effet vécu, et c’est le moins que l’on puisse dire, une existence qui mérite d’être racontée. Il faut dire que l’autrice a le sentiment d’avoir été abandonnée par sa mère, à l’âge de 7 ans, lors-qu’elle s’est enfuie du foyer familial. La gamine, aujourd’hui adulte, n’a jamais pu accepter cette séparation et lui garde une rancœur. Elle va comprendre, en écoutant enfin sa mère, que cette “petite voix” dont elle fit son guide dès l’enfance et qui, aujourd’hui, probablement, lui dicte ses livres, était la voix maternelle de Kamleh. La voix d’une femme qui aimait ses enfants, nés d’un mariage forcé, dans une famille où elle était battue. La voix de la truculente Kamleh, qui ne voulut pas renoncer à son amour pour Mohammed, le policier… Il est surtout question, bien entendu, de condition féminine, dans une société musulmane chiite, dont on sent bien, à la lecture de ce très beau livre, certains tiraillements : par exemple, lorsque les voisins expriment leur dégoût en apprenant le mariage de l’adolescente, alors qu’il est adoubé par un imam. C’est une belle histoire que nous conte Hanan el-Cheikh, un récit qui nous transporte, depuis le village chiite de Nabatiyeh jusqu’à Beyrouth, au Caire ou en Syrie, et au-delà, en Amérique, dans un XXe siècle aux violents soubresauts.
Toute une histoire, de Hanan el-Cheikh, chez Actes Sud, 331 p., 22,80€
Etienne Faye
|